vendredi, septembre 11, 2026
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Lekjaa met le RNI face à son bilan à Boulemane : « Excusez-vous auprès de la population… Qu’avez-vous fait pendant cinq ans ? »

À Missour, Fouzi Lekjaa n’a pas eu besoin de chercher très loin sa matière électorale. Il l’a trouvée dans les routes, dans l’eau, dans l’assainissement et dans ces services de base dont les habitants savent mieux que quiconque s’ils fonctionnent ou non.

Lors d’un meeting organisé vendredi 11 septembre par le Parti authenticité et modernité, Lekjaa est revenu sur les élections de 2021, mais pas pour en rappeler les promesses. Il a voulu faire des cinq années séparant deux scrutins un objet de reddition des comptes.

Le message était direct : ceux qui ont assumé la responsabilité de la gestion des collectivités doivent présenter leur bilan avant de demander aux citoyens de renouveler leur confiance.

Et Lekjaa n’est pas resté dans les généralités. Il a parlé des collectivités de la province de Boulemane, de l’eau potable, de l’assainissement, des routes et des services essentiels. Puis il a posé une question simple : qu’est-ce qui a réellement été réalisé après plusieurs années de gestion ?

C’est à partir de là qu’est venue son invitation à ceux qui, selon lui, ont manqué à leurs engagements de 2021, à présenter leurs excuses à la population. C’est probablement le passage le plus offensif de son intervention à Missour.

Dans son récit, l’enjeu n’est donc plus seulement une compétition entre programmes électoraux. Il s’agit de comparer ce qui avait été promis au citoyen il y a cinq ans avec ce qu’il a effectivement trouvé sur le terrain.

Mais cette manière de poser la question comporte aussi une difficulté.

Le bilan d’une collectivité ne se résume pas toujours au parti qui préside son conseil.

Les communes travaillent dans un système institutionnel, financier et juridique où se croisent les compétences des collectivités, de l’État, des régions et de plusieurs établissements publics. Attribuer chaque retard dans l’eau, l’assainissement ou les routes à une seule responsabilité politique nécessite donc, dans chaque cas, de regarder qui décide, qui finance, qui exécute et dans quel délai.

Lekjaa a néanmoins choisi de placer la responsabilité au premier plan.

Ce choix s’inscrit dans la logique que le PAM cherche à défendre pendant cette campagne : la clarté, l’engagement et la reddition des comptes. Le parti veut se présenter comme une formation qui ne demande pas simplement un vote sur la base de promesses, mais qui accepte de revenir devant les citoyens avec un bilan mesurable.

Boulemane devient alors un terrain concret pour éprouver ce discours.

L’eau, par exemple, n’a pas besoin d’un programme électoral de plusieurs centaines de pages pour que le citoyen comprenne ce qu’elle signifie.

Elle arrive au robinet ou elle n’y arrive pas.

L’assainissement obéit à la même logique. Une route qui relie un douar au centre de la commune ne nécessite pas de grands discours pour que ses habitants sachent si elle existe, si elle est praticable ou si elle attend encore d’être réhabilitée.

C’est ce qui explique probablement le choix de Lekjaa de s’attarder sur ces dossiers. Il ramène la campagne à des choses que les citoyens peuvent vérifier eux-mêmes.

Mais il ne s’est pas limité à critiquer la gestion locale.

Après les problèmes quotidiens, il a déplacé la discussion vers ce que la province pourrait devenir sur le plan économique.

Dans sa lecture, Boulemane ne souffre pas uniquement d’un déficit de services. Elle souffre aussi d’un déficit de connexion avec les grands axes économiques, qui empêche une partie de ses potentialités de se transformer en investissements, en activité et en emplois.

C’est à ce moment que Guercif et le port de Nador West Med sont entrés dans son discours.

L’idée d’une meilleure connexion de Boulemane aux grands corridors économiques n’est pas totalement nouvelle. L’autoroute Guercif–Nador s’inscrit déjà dans un chantier d’infrastructures plus large, destiné à renforcer la connexion de l’Oriental avec le complexe portuaire de Nador West Med. La Banque africaine de développement a notamment approuvé un financement de 200 millions d’euros pour le projet, dont le tracé atteint environ 104 kilomètres.

Nador West Med n’est par ailleurs plus seulement un nom sur une carte. Le projet est associé à un ensemble d’infrastructures routières, industrielles et logistiques censées renforcer l’ouverture économique de l’Oriental.

Lekjaa lui-même avait participé, en décembre 2025, à une visite gouvernementale consacrée notamment au chantier du port et à l’autoroute Nador–Guercif.

Lorsqu’il parle aujourd’hui de Boulemane, de Guercif et de Nador, il ne présente donc pas nécessairement un projet isolé du reste de la politique d’infrastructure régionale.

La vraie question devient plutôt celle-ci : cette connexion peut-elle réellement atteindre la province, puis transformer le désenclavement en investissements, en débouchés commerciaux et en emplois ?

C’est là que la campagne change encore d’échelle.

Au départ, Lekjaa demande des comptes sur la gestion de l’eau, de l’assainissement et des routes.

Ensuite, il parle du raccordement de la province aux grands circuits économiques.

Entre les deux, il y a une différence importante : la gestion du quotidien d’un côté, et la capacité à préparer l’économie locale de l’autre.

Dans les deux cas, le PAM cherche à défendre la même idée : juger la politique à partir de ses résultats.

Même lorsqu’il est revenu sur le programme social du parti, Lekjaa est resté dans cette logique. Il a évoqué une pension minimale portée à 3 000 dirhams, la révision des critères de ciblage de l’aide sociale et la possibilité d’augmenter progressivement certaines allocations destinées aux ménages jusqu’à 1 000 dirhams à l’horizon 2030.

Ce sont des engagements politiques. Ce ne sont pas encore des résultats.

La distinction est essentielle.

Un programme électoral peut inscrire un chiffre. Le citoyen, lui, finira par juger ce qui sera effectivement arrivé dans son foyer.

C’est précisément ce qui rend le discours de Missour intéressant : s’il demande aujourd’hui aux autres de rendre des comptes sur leurs promesses, le PAM crée aussi, volontairement ou non, les critères auxquels il pourra être confronté demain s’il accède aux responsabilités.

C’est probablement pour cela que Lekjaa a autant insisté sur la confiance et la responsabilité.

Il demande au citoyen de donner une chance au PAM, tout en fixant un principe de lecture pour l’après-élection : qu’est-ce qui aura été réalisé ?

Son appel à « ouvrir une nouvelle page » avec les habitants de la province prend alors tout son sens électoral. Il ne suffit plus de dénoncer ce qui n’a pas fonctionné. Il faut convaincre que l’alternative proposée peut produire un résultat différent.

Le 23 septembre sera le premier test.

Pas le dernier.

Car si l’eau, l’assainissement et les routes servent aujourd’hui à demander des comptes à ceux qui ont géré depuis 2021, ces mêmes dossiers pourront demain devenir les dossiers sur lesquels les nouveaux responsables seront eux-mêmes jugés.

C’est ce qui donne à l’intervention de Missour une portée qui dépasse le simple affrontement électoral avec les adversaires du PAM.

Lekjaa n’a pas seulement dit aux habitants de Boulemane : regardez ce que les autres ont fait.

Il leur a aussi dit, en substance : jugez-nous sur ce que nous vous promettons aujourd’hui.

Et à partir de là, les 3 000 dirhams pour les retraités, les 1 000 dirhams pour certaines familles, la connexion avec Nador West Med, l’eau, l’assainissement et les routes cessent d’être de simples chiffres ou des thèmes de campagne.

Ils deviennent, si la responsabilité politique change de mains, un nouveau cahier des comptes.

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