mardi, septembre 1, 2026
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Ils ont les ministères… mais ont-ils les voix du peuple ? 15 ministres face à l’épreuve du 23 septembre

Il y a une phrase qui revient dans le débat public marocain avec une fréquence qui dépasse largement les déclarations des partis : « Nous, les citoyens, nous n’avons ni chance ni véritable possibilité, parce qu’eux ont le droit, l’argent, le pouvoir… Et nous, nous n’avons que Dieu, qui vaut mieux que tout ce qu’ils possèdent. »

La formule peut sembler n’être qu’une expression de colère ou de frustration électorale. Mais elle résume en réalité un problème plus vaste qu’une circonscription ou qu’un destin partisan. Lorsque des ministres descendent eux-mêmes sur le terrain électoral, avec derrière eux des appareils politiques, une expérience gouvernementale, une visibilité publique et un capital politique, la véritable question n’est plus seulement de savoir qui remportera le scrutin du 23 septembre. Elle devient plus fondamentale : comment le citoyen évalue-t-il le bilan d’un gouvernement lorsque ceux qui l’ont dirigé ou incarné deviennent eux-mêmes l’objet du vote ?

Les élections législatives du 23 septembre sont déjà entrées dans une nouvelle phase avec l’ouverture, le 31 août, du dépôt des candidatures. Dès le premier jour, le ministère de l’Intérieur annonçait le dépôt électronique de 702 listes présentées par 27 partis, couvrant les circonscriptions locales et régionales.

Mais le chiffre le plus révélateur se trouve à l’intérieur même de la majorité gouvernementale.

À ce stade, 15 membres du gouvernement actuel se présentent aux élections, dont six sous les couleurs du Parti authenticité et modernité (PAM), cinq du Rassemblement national des indépendants (RNI) et quatre du Parti de l’Istiqlal.

Rapporté aux 26 membres du gouvernement actuellement affiliés à ces formations politiques, cela représente environ 57,7 %.

Ce n’est pas un détail.

Parmi les personnalités qui vont solliciter directement les électeurs figurent Fatima Zahra Mansouri, Abdellatif Ouahbi, Mohamed Mehdi Bensaid, Azzeddine El Midaoui, Adib Benbrahim et Hicham Sabri pour le PAM ; Mustapha Baitas, Ahmed El Bouari, Karim Zidane, Lahcen Saadi et Zakia Driouich pour le RNI ; ainsi que Nizar Baraka, Ryad Mezzour, Abdessamad Kayouh et Omar Hejira pour l’Istiqlal.

Ce qui se joue ici dépasse donc largement une simple présence ministérielle sur des listes électorales.

Pour un ministre, le passage du gouvernement à la circonscription change complètement la nature du rapport avec le public.

Au gouvernement, il dispose d’une tribune nationale. Ses décisions, ses déclarations et ses projets lui donnent une visibilité quotidienne. Son statut politique lui permet d’occuper le centre de l’attention médiatique.

Dans sa circonscription, en revanche, il redevient un candidat.

La notoriété nationale ne se transforme pas automatiquement en suffrages. Un bilan gouvernemental ne garantit pas davantage une adhésion locale. Et l’appartenance à la majorité ne signifie pas nécessairement que l’électeur d’une circonscription donnée votera en fonction d’une appréciation globale de l’action gouvernementale.

C’est pourquoi le scrutin du 23 septembre constitue pour ces ministres un double examen : celui de la personne et celui de la majorité à laquelle elle appartient.

La répartition des candidatures à l’intérieur de la majorité mérite, elle aussi, d’être observée.

Le PAM aligne six membres du gouvernement, parmi lesquels sa coordinatrice nationale Fatima Zahra Mansouri, le ministre de la Justice Abdellatif Ouahbi, le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication Mohamed Mehdi Bensaid et le ministre de l’Enseignement supérieur Azzeddine El Midaoui.

Le RNI engage cinq membres, dont le porte-parole du gouvernement Mustapha Baitas, le ministre de l’Agriculture Ahmed El Bouari et le ministre délégué chargé de l’Investissement Karim Zidane.

L’Istiqlal, pour sa part, présente quatre membres du gouvernement, dont son secrétaire général Nizar Baraka.

Cette concentration de figures gouvernementales dans la compétition électorale révèle surtout le niveau du pari pris par les partis de la majorité.

Ils ne présentent pas seulement des candidats.

Ils exposent une partie de leur bilan.

Et c’est là que le risque politique apparaît.

Si la majorité de ces ministres l’emporte, les partis au pouvoir pourront y voir un renouvellement de confiance accordé à une partie de l’équipe qui a dirigé le pays durant la législature.

Si, à l’inverse, plusieurs d’entre eux sont battus, il sera plus difficile de réduire ces défaites à de simples accidents électoraux locaux, surtout lorsqu’elles concerneront des dirigeants de partis ou des ministres occupant des portefeuilles importants.

Il faut toutefois éviter une conclusion trop rapide.

Une défaite électorale ne signifie pas nécessairement que l’électeur rejette l’action gouvernementale d’un ministre. De la même manière, une victoire ne constitue pas automatiquement une approbation de son bilan ministériel.

La circonscription possède sa propre logique.

Les réseaux locaux, les rapports de proximité, les équilibres sociaux, la force de l’organisation partisane et les considérations personnelles peuvent peser lourdement dans le choix de l’électeur.

Les élections marocaines ne sauraient donc être réduites à un référendum national sur le gouvernement.

Mais les résultats fourniront malgré tout un indicateur politique difficile à ignorer.

Le ministre de la Justice reviendra à Taroudant-Nord. Le ministre de l’Équipement et de l’Eau se présente à Larache. Le ministre de l’Industrie et du Commerce à Benslimane. Le ministre du Transport et de la Logistique à Taroudant-Sud. Le ministre de l’Enseignement supérieur à Rhamna.

Des responsables que le citoyen a l’habitude de voir dans les institutions de l’État vont désormais se retrouver face à lui dans une compétition où une seule chose compte au bout du compte : le bulletin de vote.

Une autre particularité mérite d’être relevée : Fouzi Lekjaa, qui a officiellement rejoint le PAM et son bureau politique le 25 juillet, ne sera finalement pas candidat. Son nom avait pourtant été évoqué dans le contexte d’une éventuelle candidature à Berkane.

Cette absence rappelle qu’une recomposition politique et une candidature électorale ne répondent pas nécessairement à la même logique.

Il serait donc hasardeux de transformer le retrait de Lekjaa en message politique définitif. Les faits permettent seulement de constater qu’il a rejoint le parti sans entrer, pour cette échéance, dans la compétition électorale.

D’autres membres du gouvernement ont également choisi de ne pas se présenter.

Le scrutin ne constituera donc pas un test électoral de l’ensemble du gouvernement, mais il concernera une partie substantielle de son équipe, notamment des responsables de secteurs aussi sensibles que la justice, l’agriculture, l’équipement, le transport, l’industrie, l’enseignement supérieur, la jeunesse, le logement et l’investissement.

C’est précisément ici que revient la phrase du départ.

« Nous n’avons ni chance ni possibilité parce qu’eux ont l’argent et le pouvoir. »

Il serait excessif de transformer cette phrase en constat établi sur le fonctionnement de l’élection. Mais il serait tout aussi imprudent de ne pas entendre ce qu’elle révèle d’un sentiment politique.

Une élection ne devient pas équitable simplement parce qu’une urne est installée.

L’égalité des chances se joue bien avant le jour du vote : dans l’accès aux électeurs, dans la capacité des candidats à faire campagne, dans la transparence du financement, dans la force des organisations politiques, dans l’absence de pressions et de pratiques de dépendance, mais aussi dans la conviction du citoyen que son vote peut réellement modifier quelque chose.

Rien, dans les données disponibles, ne permet d’affirmer que la candidature de ministres rend en elle-même le processus électoral inéquitable. Mais leur forte présence donne une actualité particulière à la question de l’égalité des chances.

Le ministre arrive dans la compétition avec le capital symbolique de sa fonction.

Le parti arrive avec son organisation.

Le candidat local arrive avec ses réseaux et ses relations.

Le citoyen, lui, arrive avec une seule voix.

C’est cette disproportion apparente que le scrutin devra, au moins politiquement, mettre à l’épreuve.

Il ne s’agit évidemment pas d’interdire à un ministre de se présenter. Dans une démocratie, celui qui exerce une responsabilité publique doit pouvoir retourner devant les électeurs.

Mais une démocratie suppose aussi que la valeur du bulletin ne dépende pas de la puissance politique, financière ou institutionnelle de celui qui le sollicite.

C’est pourquoi le véritable enjeu du 23 septembre ne se résume pas à une confrontation entre le PAM, le RNI et l’Istiqlal, ni même entre les ministres et leurs adversaires.

Il touche à quelque chose de plus profond : le sens même de la confiance politique.

Un ministre peut-il transformer son bilan gouvernemental en suffrages ?

Un parti peut-il convaincre l’électeur que la poursuite de son expérience au pouvoir mérite d’être renouvelée ?

Et surtout, le citoyen qui répète qu’il ne possède ni argent, ni pouvoir, ni réseaux peut-il encore avoir le sentiment qu’il détient quelque chose que personne ne peut lui retirer : une voix capable de compter ?

La réponse ne se trouvera pas dans les discours de campagne.

Elle apparaîtra dans les urnes.

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