lundi, août 31, 2026
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Lekjaa à Ajlammous… quand le PAM met son « contrat politique » à l’épreuve de la montagne

À Ajlammous, la rencontre n’avait pas tout à fait les allures d’une étape électorale parmi d’autres, comme celles qui se multiplient à l’approche du scrutin du 23 septembre. Le lieu impose au discours politique une autre forme d’épreuve : que signifie parler d’un « Maroc à une seule vitesse » depuis une région qui connaît, comme tant d’autres territoires montagneux, la distance qui peut séparer une décision prise au centre de son impact sur la vie quotidienne ?

Fouzi Lekjaa a choisi de commencer par l’histoire avant d’en venir à la politique. Il a rendu hommage aux tribus Zayane et aux différentes tribus de la province de Khénifra, rappelant leurs sacrifices humains et matériels dans la résistance au colonialisme et dans la défense de l’unité nationale. Puis il a exposé ce que le Parti Authenticité et Modernité entend porter pour la prochaine étape : préserver le pouvoir d’achat, renforcer l’employabilité des jeunes, améliorer l’éducation et la santé et réduire les disparités territoriales.

Mais l’essentiel n’était pas dans cette liste de priorités. Ces dossiers occupent depuis longtemps une place centrale dans le discours public marocain. Ce qui mérite davantage d’attention, c’est la manière dont Lekjaa les a cette fois associés à une formule plus engageante : un programme sur cinq ans, assorti de chiffres, de délais et, au bout du compte, d’une obligation de rendre des comptes.

C’est là que commence véritablement l’histoire.

Le parti a annoncé que son programme électoral serait présenté le 1er septembre. La rencontre d’Ajlammous intervient donc à quelques heures de la publication officielle du document censé transformer ces grandes orientations en engagements mesurables.

Dans ses précédentes interventions, Lekjaa avait déjà insisté sur la nécessité de dépasser les discours généraux pour proposer des réponses concrètes aux questions du pouvoir d’achat, de la santé, de l’éducation et de l’emploi.

La portée de son intervention à Ajlammous ne pourra donc être pleinement appréciée qu’à la lumière des chiffres qui seront dévoilés.

Car affirmer qu’Ajlammous mérite les mêmes opportunités de développement que Khénifra, Béni Mellal ou Rabat relève d’une évidence politique. Mais cela ne répond pas encore à la question la plus difficile : comment mesure-t-on concrètement l’égalité entre les territoires ?

Par le nombre d’hôpitaux ? La qualité des routes ? Le taux de scolarisation ? L’emploi ? Les transports ? L’investissement privé ? Le revenu des ménages ? Ou encore la capacité des jeunes à rester dans leur région au lieu de considérer le départ comme la seule perspective réaliste ?

C’est précisément là que se situe la frontière entre le discours sur le développement et un véritable programme politique.

Lekjaa est particulièrement exposé à cette exigence. En tant que ministre délégué chargé du Budget, il se trouve au cœur des mécanismes de programmation et de financement de l’action publique. Dès lors, lorsqu’il affirme que la politique doit passer du diagnostic à l’exécution, la question du critère de réussite devient inévitable.

Quels résultats faudra-t-il obtenir dans cinq ans pour considérer que l’engagement aura été tenu ?

La question prend une importance particulière lorsqu’il évoque ce qu’il appelle un « Maroc à deux vitesses ». Les disparités sociales et territoriales ne constituent plus une découverte du débat public marocain. Elles sont devenues l’un de ses dossiers récurrents.

À Ajlammous, Lekjaa a également cherché à placer le PAM dans une relation différente avec les habitants. Il a rappelé que le parti ne dispose d’aucun conseiller communal dans cette commune et qu’il a néanmoins choisi d’aller à la rencontre de la population, d’écouter ses préoccupations et de présenter son projet.

Le message est évidemment électoral. Mais il dépasse aussi, dans sa formulation, la simple demande de voix.

Le parti tente de présenter le citoyen non seulement comme un électeur, mais comme un interlocuteur dans la définition des choix publics.

Cela constitue aussi une épreuve pour le PAM lui-même.

Car le citoyen qui entend aujourd’hui parler d’un « contrat politique de cinq ans » n’aura pas besoin, dans cinq ans, de se souvenir des discours. Il regardera les résultats.

L’école s’est-elle améliorée ? L’accès aux soins est-il devenu plus facile ? Les jeunes disposent-ils réellement de parcours de formation et d’insertion ? La pression sur les ménages a-t-elle diminué ? Et surtout : l’écart entre les territoires les mieux équipés et les zones montagneuses s’est-il effectivement réduit ?

Dans cette perspective, le pouvoir d’achat, la jeunesse et les disparités territoriales apparaissent moins comme trois dossiers séparés que comme les différentes dimensions d’un même problème.

Une famille confrontée à la hausse du coût de la vie n’attend pas un nouveau diagnostic. Un jeune qui quitte l’école a besoin d’un parcours concret de formation et d’insertion. Et l’habitant d’une zone montagneuse n’a pas seulement besoin qu’on lui rappelle que sa région appartient au « même Maroc » ; il a besoin de le constater dans la route, le dispensaire, l’école, les transports et les possibilités d’emploi.

C’est pourquoi la promesse des « chiffres et des délais » pourrait finalement avoir davantage de poids que n’importe quel slogan de campagne.

Il y a aussi une dimension politique dans le choix de ces territoires montagneux à ce moment précis.

Depuis son arrivée au Parti Authenticité et Modernité, Lekjaa cherche progressivement à donner à son engagement partisan une dimension qui dépasse la simple présentation d’un programme électoral. Il veut montrer que son passage vers l’action politique ne répond pas à la recherche d’un poste, mais à la volonté de contribuer au débat public et à la construction de propositions.

Dans le même temps, le PAM cherche à élargir son assise électorale et à reconquérir la confiance dans plusieurs territoires.

Ajlammous apparaît ainsi comme une étape révélatrice : un parti qui demande la confiance des électeurs, tout en affirmant vouloir d’abord leur expliquer ce qu’il compte faire et surtout comment il compte le faire.

L’équation paraît simple. Elle ne l’est pas.

Les partis marocains ne manquent ni de programmes, ni de diagnostics, ni de propositions. Ce qui fait souvent défaut à la politique, c’est la transformation de l’engagement en résultats suffisamment concrets pour que le citoyen puisse les constater et, surtout, en demander des comptes.

Lorsque Lekjaa parle d’un « contrat politique » de cinq ans, il élève lui-même le niveau de l’exigence.

Un contrat suppose un engagement.
L’engagement suppose des indicateurs.
Et les indicateurs permettent, au terme du délai fixé, de distinguer la promesse du résultat.

Le 1er septembre, avec la présentation du programme électoral du PAM, le discours devra donc céder la place au document. Après les élections, si le parti accède aux responsabilités, le document devra à son tour céder la place à l’action.

Ajlammous, présentée comme l’un des territoires qui ne devraient plus avancer à une « deuxième vitesse », pourrait alors devenir l’un des endroits où la crédibilité de cette promesse sera mesurée.

Car un Maroc à une seule vitesse ne commence pas par un slogan. Il commence précisément là où certains territoires ont encore le sentiment d’avancer moins vite que les autres.

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