lundi, août 24, 2026
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L’USFP face à l’épreuve de l’argent et de l’investiture : quand le financement de la campagne interroge le sens même du parti

L’affaire est partie d’un document sur lequel des candidates auraient été invitées à inscrire le montant qu’elles pouvaient s’engager à apporter au financement de leur campagne. En quelques jours, elle s’est transformée en démission d’une dirigeante du bureau politique, en rupture annoncée d’une autre avec le parti, et en menace de recours devant la justice.

Entre ce document et la décision politique, il y a bien plus qu’un chiffre : 1,6 million de dirhams.

Le 20 août, Myriam Jamal Idrissi, avocate, membre du Conseil national de l’USFP et candidate à la tête de la liste régionale des femmes dans la région Casablanca-Settat, a adressé une correspondance au premier secrétaire, Driss Lachguar, demandant l’ouverture d’une enquête sur ce qu’elle a présenté comme des témoignages concordants de candidates reçues par la commission chargée de statuer sur les candidatures.

Selon son récit, il aurait été demandé à chaque candidate d’indiquer la somme financière à laquelle elle s’engageait pour la campagne. Les montants évoqués dans les témoignages qui lui seraient parvenus auraient oscillé entre 1,4 et 1,6 million de dirhams.

Mais Myriam Jamal Idrissi n’a pas présenté ces chiffres comme des faits qu’elle aurait elle-même constatés dans des documents financiers. Elle les a rapportés comme des informations qui lui étaient parvenues et dont elle demandait précisément la vérification.

La distinction est essentielle.

Parler de « vente des investitures » suppose d’établir un lien direct entre l’argent et l’octroi de l’investiture. À ce stade, les éléments publiquement disponibles établissent l’existence d’une accusation concernant une demande de contribution financière, mais pas l’existence démontrée d’une transaction électorale.

La différence est celle qui sépare une accusation nécessitant une enquête d’un jugement définitif.

L’argent existe dans les élections. Mais où commence la ligne rouge ?

La contribution financière à une campagne électorale n’est pas, en soi, un phénomène étrange ou illégal. Le cadre juridique marocain reconnaît différentes ressources financières aux partis politiques et encadre leur financement, tout comme il organise la contribution de l’État au financement des campagnes électorales.

Les élections législatives à venir se déroulent d’ailleurs dans un environnement où l’argent occupe nécessairement une place. L’État a prévu une contribution publique destinée au financement des campagnes électorales des partis, ainsi qu’un dispositif spécifique pour certaines listes de jeunes.

Le débat ne peut donc pas être construit autour de l’idée que « l’argent n’a pas sa place dans une élection ».

Il y a sa place. Elle est encadrée.

La question change toutefois de nature lorsque l’argent cesse d’être un moyen de financer la campagne après la désignation du candidat et devient un élément de comparaison entre les candidats avant même que l’investiture ne soit accordée.

C’est précisément le cœur de l’objection formulée par Myriam Jamal Idrissi.

Dans sa correspondance, elle s’interroge sur la nature juridique et organisationnelle de ces contributions et sur la possibilité qu’un engagement financier puisse devenir, dans la pratique, une condition préalable à l’investiture.

C’est ici que se trouve la question qui mérite véritablement une enquête.

Non pas : un candidat peut-il financer la campagne de son parti ?

Mais : le niveau de contribution financière a-t-il été utilisé comme critère pour départager les candidates ?

Si la réponse était oui, la nature de l’affaire changerait radicalement.

Le parti affirme que la procédure n’a pas été contestée

De son côté, la direction de l’USFP n’a pas traité l’affaire comme un simple malentendu susceptible d’être dissipé.

Lors de sa réunion du 22 août, le bureau politique a approuvé à l’unanimité les résultats des commissions chargées de statuer sur les candidatures régionales. Il a affirmé que la procédure spécifique mise en place avait été annoncée aux militantes et militants et qu’elle n’avait fait l’objet d’aucun recours depuis son lancement.

La direction est ensuite montée d’un cran.

Elle a annoncé l’acceptation de la démission de Raja El Bakali Tahiri et affirmé que Myriam Jamal Idrissi avait renoncé à son appartenance au parti. Elle l’a accusée de remettre en cause les décisions des commissions et de diffuser des « allégations mensongères » portant atteinte à la crédibilité des institutions du parti, tout en se réservant le droit de saisir la justice.

L’affaire est ainsi devenue une confrontation entre deux récits.

Le premier affirme que l’argent aurait pu pénétrer au cœur du processus de sélection des candidates.

Le second affirme que la procédure était connue, que les commissions ont travaillé dans le respect de ses règles et que la contestation est intervenue après l’annonce des résultats.

Mais il manque encore au dossier l’élément le plus important : une vérification indépendante de la nature de la demande financière, de l’identité de ceux qui l’auraient formulée, de son objectif réel et de son éventuel lien avec la décision d’investiture.

Sans cette pièce, il serait journalistiquement imprudent de passer de la « suspicion financière » à la « vente des investitures ».

La démission de Raja El Bakali ouvre un autre dossier

Avant même que l’affaire Myriam Jamal Idrissi ne prenne une dimension publique, Raja El Bakali Tahiri avait annoncé, le 20 août, sa démission du bureau politique et de l’organisation féminine du parti.

Dans sa lettre, elle critiquait la manière dont les candidatures étaient gérées et mettait en cause la transparence du processus ainsi que l’absence de clarification sur les critères réellement retenus pour sélectionner les candidates.

Cette démission ne constitue pas, elle non plus, une preuve de l’existence d’un système financier conditionnant les investitures.

Mais elle donne à l’affaire une dimension qui dépasse le cas individuel.

Lorsque, dans le même moment, des critiques portant sur la transparence et les critères de sélection croisent une accusation distincte concernant l’argent, le problème qui apparaît devant le parti devient celui de la confiance dans la procédure de sélection.

C’est politiquement plus lourd qu’un simple désaccord autour du nom d’une candidate.

Un parti peut expliquer pourquoi il a choisi tel candidat plutôt qu’un autre. Il peut défendre la décision d’une commission.

Il lui est beaucoup plus difficile de convaincre ses militants et l’opinion publique de l’équité d’une procédure lorsque la contestation porte sur les critères eux-mêmes.

Qu’est-ce qui a changé dans le sens de l’investiture ?

L’investiture partisane n’est pas simplement un document permettant à une personne de participer à une élection.

Elle signifie, en principe, que le parti considère cette personne comme l’un de ses représentants politiques et qu’il accepte d’engager derrière elle une partie de son organisation, de son identité et de son crédit électoral.

C’est précisément pour cette raison que la question devient sensible lorsque la capacité financière entre au premier plan.

Un candidat disposant de ressources importantes peut naturellement consacrer davantage de moyens à sa campagne. C’est une réalité électorale qui ne concerne pas un seul parti.

Mais si la capacité à mobiliser de l’argent devient une condition préalable à l’investiture, la nature même de la compétition change.

On ne départage plus seulement des candidats en fonction de leur projet politique, de leur implantation ou de leur capacité électorale.

On introduit un autre filtre : leur capacité à financer la compétition.

Les éléments disponibles ne permettent pas, à ce stade, d’affirmer que l’USFP a officiellement adopté un tel critère.

Mais l’apparition d’une accusation de cette nature au sein même du processus de sélection impose une question organisationnelle à laquelle les communiqués politiques ne peuvent pas, à eux seuls, répondre :

quels étaient exactement les critères écrits retenus par les commissions ? Et la capacité financière figurait-elle, d’une manière ou d’une autre, parmi les éléments d’évaluation ?

Si la réponse est non, la publication ou la clarification de ces critères pourrait permettre de lever une grande partie du doute.

S’il existe en revanche un critère financier, le parti devra expliquer sa base juridique et organisationnelle, ainsi que les limites de son application.

Du parti des militants au parti des candidats ?

C’est ici que l’affaire touche à quelque chose de plus ancien que les élections du 23 septembre.

L’USFP qui porta Abderrahmane El Youssoufi à la tête du gouvernement d’alternance en 1998, après avoir remporté les élections législatives de 1997, porte un héritage politique qui rend le débat sur les investitures particulièrement sensible.

Cet héritage reposait notamment sur l’idée d’un parti qui construisait ses représentants à partir de son organisation, de son engagement militant, de sa compétence et de son implantation sociale.

Les partis politiques évoluent aujourd’hui dans un environnement différent.

La compétition électorale est davantage liée à la capacité de mobiliser des voix, à l’implantation locale, aux réseaux et à la capacité matérielle de mener une campagne coûteuse.

Ce changement ne concerne pas uniquement l’USFP.

Mais il rend plus visible, dans son cas, la distance entre son image historique et les contraintes de la compétition électorale contemporaine.

À mesure que l’investiture devient liée à la capacité de mener une campagne coûteuse, le parti risque progressivement de ne plus seulement fabriquer ses propres candidats, mais de rechercher des candidats capables de financer leur propre présence électorale.

Cela ne signifie évidemment pas qu’un candidat fortuné est nécessairement un « parachuté », ni que toute personne disposant de moyens financiers achète sa place en politique.

Une telle conclusion serait excessive.

Mais elle place les partis devant une question devenue difficile à éviter :

l’argent finance-t-il désormais la politique, ou commence-t-il à déterminer qui peut réellement accéder à la politique à travers le parti ?

1,6 million de dirhams : un chiffre qui a besoin d’un document

C’est le chiffre de 1,6 million de dirhams qui a concentré l’attention.

Mais un chiffre, en lui-même, ne prouve rien.

Il représente une somme considérable. Il ne devient cependant une preuve de vente d’investiture que si l’on peut établir son origine, la manière dont elle a été demandée, l’identité de celui qui l’a demandée, la nature exacte de l’engagement et surtout son rapport avec la décision d’investiture.

Ce ne sont pas des détails techniques.

Ils constituent le cœur de l’affaire.

Si le montant correspondait à une estimation personnelle du budget qu’une candidate entendait consacrer à sa campagne, nous serions face à une réalité.

S’il s’agissait d’un engagement financier écrit demandé par le parti aux candidates, nous serions face à une autre réalité, qui appellerait une explication juridique et organisationnelle précise.

Mais si l’on démontrait qu’une somme déterminée constituait la condition pour obtenir l’investiture, alors l’affaire changerait complètement de nature.

À ce stade, les éléments publics ne permettent pas d’aller jusque-là.

La véritable crise pourrait être celle de la transparence

C’est pourquoi qualifier l’USFP de « boutique politique » serait prématuré, et même potentiellement trompeur.

Cette expression tranche la question avant que les faits ne soient établis.

Or le dossier est plus complexe.

Il concerne un parti historique qui se prépare à une élection dans un contexte où le coût de la politique a augmenté, et qui se retrouve sommé d’expliquer la manière dont il choisit ses candidats, alors que des dirigeantes de son propre camp affirment que l’argent et des critères non déclarés auraient pénétré le processus de sélection.

La direction, de son côté, dispose d’une ligne de défense claire : une procédure avait été annoncée, des commissions ont travaillé et des décisions ont été adoptées. Dans cette logique, celles et ceux qui ont participé au processus ne peuvent pas simplement en contester les résultats une fois ceux-ci connus.

Mais cette réponse ne règle pas tout.

Dire qu’une procédure n’a pas été contestée depuis son lancement ne suffit pas à démontrer que toutes les pratiques intervenues dans son cadre étaient conformes aux règles annoncées.

De la même manière, contester les résultats d’une commission ne démontre pas automatiquement que les accusations portées contre elle sont exactes.

Entre les deux se trouve un espace qui nécessite des documents, pas davantage de communiqués.

Le meilleur test de crédibilité pour l’USFP pourrait finalement être assez simple : rendre publics, dans les limites prévues par la loi et dans le respect des droits des personnes concernées, les critères retenus par les commissions, expliquer la place donnée aux contributions financières et préciser si une quelconque somme a réellement été prise en compte dans l’évaluation des candidates ou dans la décision d’investiture.

Le débat pourrait alors passer des accusations de « vente des investitures » aux faits.

Car le principal risque pour un parti portant l’héritage historique de l’USFP ne réside peut-être pas dans le chiffre de 1,6 million de dirhams.

Il réside dans quelque chose de plus difficile à mesurer : le moment où l’argent, même sans devenir officiellement le prix d’une investiture, pourrait devenir la condition tacite pour avoir les moyens d’entrer dans la compétition politique à travers le parti.

À ce moment-là, l’affaire ne serait plus un différend entre des candidates et une commission.

Elle deviendrait une question sur le parti que l’USFP veut être dans les prochaines élections : un parti qui tire la valeur de ses candidats de son organisation, de son histoire, de ses convictions et de leur capacité politique, ou un parti qui doit désormais vérifier, avant de demander à l’électeur de choisir son candidat, si celui-ci possède les moyens financiers nécessaires pour atteindre l’urne.

Cette question ne sera tranchée ni par les communiqués du bureau politique, ni par les démissions, ni par le chiffre de 1,6 million de dirhams.

Elle le sera par les documents.

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