dimanche, août 23, 2026
AccueilInternationalAfriqueMarrakech le dit d’une voix : celle d’Ouzine — le Mouvement populaire...

Marrakech le dit d’une voix : celle d’Ouzine — le Mouvement populaire se prépare à quelque chose de plus grand que des sièges.

Ouzine à Marrakech : quand le fief du Mouvement populaire devient une plateforme pour conquérir le pouvoir,..De la base électorale au « Maroc de la propriété » : que voulait réellement dire le secrétaire général du Mouvement populaire depuis Marrakech ?

Le choix de Marrakech par Mohamed Ouzine pour tenir, vendredi 21 août, son meeting de communication n’était pas un simple choix géographique. La ville qui a accueilli la rencontre « Let’s Talk » constituait une étape politique et organisationnelle au cœur de la préparation du Mouvement populaire aux prochaines élections législatives, avec la présence de cadres, de militants et de candidats de la région Marrakech-Safi. Surtout, la rencontre intervenait au moment où le parti présentait plusieurs de ses candidats dans la région, transformant le rendez-vous en un véritable test de sa capacité organisationnelle dans un territoire où il entend montrer qu’il aborde la bataille électorale en position d’initiative plutôt que dans l’attente des résultats.

Mais le message sorti de Marrakech ne s’est pas limité à la mobilisation des troupes ou à la présentation des candidats. Ouzine a choisi de placer au-dessus de cette scène organisationnelle un thème politique beaucoup plus large : le logement. C’est à ce moment que son expression sur le passage d’un « Maroc de la location » à un « Maroc de la propriété » prend toute son importance. Elle révèle la manière dont le secrétaire général du Mouvement populaire entend mener la bataille : transformer une préoccupation quotidienne qui touche directement les familles en un thème politique capable de résumer une certaine conception de l’État social.

Le citoyen qui paie son loyer chaque mois ne fait pas face uniquement à un problème immobilier ; il vit aussi avec le sentiment qu’une partie importante de son revenu sert à assurer le présent sans jamais devenir un patrimoine pour l’avenir. C’est pourquoi la proposition consistant à comptabiliser une partie des loyers dans un parcours vers l’accession à la propriété donne à la dépense mensuelle une signification différente : le citoyen paie aujourd’hui, mais construit en même temps un actif qui lui appartiendra demain. C’est précisément là que réside la force politique de l’idée, puisqu’elle déplace le débat du montant de l’aide publique vers la nature de la relation que l’État veut construire entre le citoyen et la propriété.

De ce point de vue, il serait réducteur de résumer le discours de Marrakech à un simple « programme de logement ». Ouzine cherche à présenter son parti comme une formation qui veut passer d’une politique de gestion des déséquilibres à une politique capable de créer un nouvel horizon. Son approche associe ainsi le foncier public, la garantie publique du financement, la réduction du coût de la construction, le logement abordable, le logement social et le financement à long terme. Selon les éléments avancés lors de son intervention, le parcours proposé commencerait par l’inscription, se poursuivrait par l’accès au logement et aboutirait à la propriété, avec un élargissement du public bénéficiaire aux jeunes, aux fonctionnaires et aux ménages à revenu moyen qui ne disposent pas encore de leur propre logement.

C’est précisément ici que le discours politique se transforme en véritable test. L’idée est séduisante, mais sa valeur ne sera pas déterminée par les applaudissements qu’elle suscite. Elle sera mesurée à sa capacité à répondre aux questions difficiles : qui financera le dispositif ? Quelle forme prendra la garantie publique ? Comment sera calculée la part du loyer transformée en droit de propriété ? Que se passera-t-il en cas de perte de revenu ? Et comment protéger le bénéficiaire contre une éventuelle hausse des prix de l’immobilier ? Ces questions ne fragilisent pas la proposition ; elles constituent au contraire le passage obligé qui pourrait transformer une promesse électorale en véritable politique publique.

Si le visage social de la rencontre était donc le logement, son visage politique était beaucoup plus explicite. Ouzine n’est pas venu à Marrakech uniquement pour parler au nom du Mouvement populaire. Il est venu dans l’un de ses terrains électoraux pour présenter ses candidats et montrer que le parti aborde la dernière ligne droite avant le scrutin en misant sur l’organisation, la proximité et les compétences. Les mouvements enregistrés ces dernières semaines dans la région Marrakech-Safi, notamment autour de nouveaux profils et de plusieurs candidatures, témoignent de cette volonté de repositionnement territorial.

C’est pourquoi l’expression de « bataille de la confiance », qu’Ouzine avait déjà placée au centre de son discours sur les prochaines élections, paraît plus importante que la seule « bataille des sièges ». Il avait expliqué en juin que les élections ne constituaient pas, à ses yeux, une simple compétition pour obtenir un nombre déterminé de sièges, mais un examen de la capacité du politique à restaurer la confiance du citoyen, loin des promesses irréalistes et des discours saisonniers. À Marrakech, il a tenté de donner un contenu concret à cette idée : si le politique demande la confiance, il doit être capable d’expliquer au citoyen ce qu’il entend changer dans sa vie quotidienne, du logement au revenu en passant par la stabilité familiale.

C’est peut-être là que réside le message le plus embarrassant pour ses adversaires, sans qu’il soit nécessaire de les attaquer directement. Ouzine cherche à faire sortir le Mouvement populaire de la position d’un parti qui commente et critique pour l’installer dans celle d’une formation qui propose aux électeurs un contrat politique lisible : voici le problème, voici notre solution, voici les mécanismes de mise en œuvre et voici l’horizon dans lequel nous voulons agir. C’est la logique qui accompagne depuis plusieurs mois le discours du parti autour du « nouvel engagement » et de la construction d’une nouvelle offre politique.

Marrakech était donc davantage qu’un lieu de meeting. Elle constituait un message adressé à la fois à l’intérieur du parti et à l’extérieur : la direction est présente sur le terrain, les candidats sont en première ligne et les préoccupations sociales sont placées au cœur du discours. Le principal enseignement de cette rencontre du 21 août n’est ainsi pas que Mohamed Ouzine a parlé de location ou d’accession à la propriété. C’est qu’il a tenté de faire du logement la preuve d’un passage du discours d’opposition à celui d’un parti qui affirme être prêt à assumer la responsabilité de la décision.

Si ce discours fonctionne, la valeur politique d’Ouzine ne résidera pas uniquement dans la promesse de permettre aux Marocains de devenir propriétaires de leur logement. Elle résidera dans sa capacité à faire apparaître l’élection comme un choix entre différentes manières de construire l’avenir. S’il échoue, l’idée restera un beau slogan de campagne. Entre ces deux possibilités se trouve la distance que devra trancher le scrutin du 23 septembre, et non les tribunes des meetings.

Marrakech, dans cette lecture, n’était donc pas une étape ordinaire d’une tournée électorale. C’était une plateforme de test : le Mouvement populaire peut-il transformer sa présence organisationnelle en force électorale, ses propositions sociales en véritable offre politique, et Mohamed Ouzine, secrétaire général d’un parti aujourd’hui dans l’opposition, en responsable politique demandant aux Marocains de lui donner la possibilité de participer à la fabrication de la décision ?

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus

Recent Comments