MIDALIYA » n’arrive pas sur la scène musicale comme une simple nouvelle chanson. Derrière la rencontre entre Khawla Benamrane et Lazaro se dessine une autre dynamique, au moins aussi intéressante que la dimension musicale : celle d’une relation plus directe entre l’artiste et la marque, où la voix, l’image et la présence auprès du public deviennent les éléments d’un même projet.
Sorti aujourd’hui, le titre réunit Khawla Benamrane et Lazaro dans leur première collaboration artistique. Lazaro en signe les paroles et la composition, tandis que Karim Loukili assure l’arrangement, le mixage et le mastering. Le morceau adopte une écriture musicale contemporaine, portée par la darija marocaine et par un vocabulaire proche des usages et des sensibilités du public jeune.

Mais l’intérêt de « MIDALIYA » ne réside pas uniquement dans la combinaison de deux voix.
Le titre est produit par « KER FACTOR », sous la supervision de Hind El Alami, au moment même où Khawla Benamrane est choisie comme visage médiatique de la marque. Selon les déclarations publiées au nom de Khalid Jennabi, président-directeur général de l’entreprise, ce choix ne repose pas uniquement sur le parcours musical de l’artiste, mais également sur sa présence, sa capacité à renouveler son image et ses apparitions, notamment dans le domaine de la coloration capillaire, secteur dans lequel la marque entend renforcer sa présence.
C’est précisément là que commence l’histoire qui dépasse la chanson.
Dans l’industrie artistique actuelle, l’artiste ne vend plus seulement une voix, pas plus que la marque ne se contente de présenter un produit au public. La relation est devenue plus complexe : l’artiste apporte à la marque une part de sa notoriété, de son image et de son audience, tandis que la marque offre à l’artiste un espace supplémentaire de visibilité, au-delà de la seule scène musicale.
Le choix de Khawla Benamrane apparaît ainsi cohérent avec la logique commerciale du partenariat. Elle dispose déjà d’une présence établie auprès du public, tout en ayant une forte capacité à travailler son image et son apparence, précisément sur un terrain qui rejoint l’univers du produit porté par « KER FACTOR ».
La collaboration ne semble donc pas détachée de la chanson, même si « MIDALIYA » demeure, en elle-même, une œuvre musicale.
Le titre devient une pièce d’un dispositif plus large : une voix qui atteint le public, un clip qui construit l’image, une artiste qui porte la marque auprès de son audience et une entreprise qui donne au projet artistique des moyens supplémentaires de visibilité.
Lazaro entre, lui, dans cette équation par une autre porte. Il n’est pas seulement l’interprète qui accompagne Khawla Benamrane. Il porte également la signature des paroles et de la composition, ce qui inscrit sa présence dans le cœur créatif du morceau. Lyrics-Arabic
Cela donne à « MIDALIYA » un équilibre entre deux dimensions : la notoriété et la présence de Khawla Benamrane d’un côté, et l’univers d’écriture et de composition propre à Lazaro de l’autre.
Même le contenu de la chanson s’inscrit dans cette logique. Le texte évolue autour de l’amour, de la jalousie et des relations sentimentales, à travers des expressions proches du langage quotidien, tandis que la production musicale contemporaine et le travail visuel donnent au morceau une forme adaptée aux usages des plateformes numériques.
C’est un élément essentiel pour comprendre le projet.
La chanson marocaine actuelle ne se mesure plus uniquement à ce qui se passe après son passage à la radio ou à la télévision. Son succès se construit également à travers sa capacité à produire une image identifiable, un extrait facilement partageable et un univers susceptible de rester dans la mémoire du public numérique.
Le clip devient alors le prolongement du morceau, et non plus seulement son accompagnement visuel.
De ce point de vue, « MIDALIYA » ressemble davantage à un projet global, à la croisée de la musique, de l’image, du marketing personnel et de l’identité de marque.
Cela ne signifie pas que la dimension artistique devient secondaire. Au contraire, c’est précisément là que commence le véritable test : cette rencontre entre art et marketing est-elle capable de produire une chanson qui puisse vivre au-delà de sa campagne promotionnelle ?
C’est le temps qui permettra d’y répondre.
Une marque peut offrir à une chanson une visibilité initiale. Un artiste peut donner à un produit un visage connu. Une production peut apporter au projet une image plus travaillée. Mais, au bout du compte, ce qui demeure est l’œuvre elle-même et sa capacité à toucher le public sans rester prisonnière du message commercial qui a accompagné son lancement.
Pour l’instant, les éléments sont clairement réunis : une nouvelle sortie, une première collaboration entre deux artistes aux univers différents et une production associée à une marque qui a parallèlement choisi de faire de Khawla Benamrane l’un de ses visages médiatiques. Plusieurs médias marocains ont aujourd’hui relayé ces mêmes éléments autour du titre et de sa production.
Mais « MIDALIYA » pourrait être davantage qu’un nouveau titre lancé dans le paysage musical marocain.
Elle reflète aussi une transformation plus large de l’industrie du divertissement : les frontières entre l’artiste, la publicité et le produit médiatique deviennent moins étanches. L’artiste n’est plus nécessairement seulement celui qui chante, et la marque n’est plus seulement un nom apposé sur un produit. Tous deux cherchent désormais à se rejoindre là où se trouve le véritable espace de rencontre : le public.
Dans cette équation, « KER FACTOR » n’a pas choisi Khawla Benamrane uniquement pour chanter, mais aussi pour devenir une composante de l’identité médiatique de la marque. Khawla Benamrane, de son côté, entre dans une nouvelle étape de son parcours à travers un partenariat qui lui ouvre une autre fenêtre sur le public.
Quant à « MIDALIYA », elle reste le véritable point d’épreuve.
La chanson réussira-t-elle d’abord comme œuvre artistique, avant que son partenariat commercial ne devienne une valeur ajoutée ? Ou bien la dimension marketing restera-t-elle celle qui impose son rythme au projet ?
La réponse ne viendra pas des annonces de lancement.
Elle viendra du public, lorsque l’éclat des premiers jours se dissipera et qu’il ne restera de la chanson que ce qui mérite réellement d’être écouté une nouvelle fois.


