Dans son document intitulé « Mobilisation nationale pour l’intégrité des élections et le renforcement de la confiance dans les institutions », le professeur Abdelrahim Rmah place les élections législatives prévues le 23 septembre 2026 au-delà de leur dimension strictement technique. Il les inscrit dans un espace beaucoup plus profond : celui de la relation entre le citoyen et l’État, entre la qualité du choix et la qualité des institutions, entre l’intégrité des urnes et l’avenir de la démocratie marocaine.
Rmah ne parle pas, au fond, d’une journée électorale qui s’achèverait avec la fermeture des bureaux de vote et l’annonce des résultats. Il parle de quelque chose de plus vaste : la confiance.
C’est précisément là que réside l’intérêt de sa réflexion.
L’idée centrale développée par Abdelrahim Rmah est claire : les élections ne sont pas seulement un mécanisme périodique de renouvellement du Parlement. Elles constituent aussi un test de maturité de la société, de crédibilité des institutions et de capacité de l’État à protéger la libre volonté du citoyen.
Il inscrit cette réflexion dans l’histoire de l’expérience parlementaire marocaine depuis 1963 et dans le processus de consolidation institutionnelle et constitutionnelle, notamment depuis la Constitution de 2011. Mais il refuse, en même temps, que les acquis institutionnels deviennent un prétexte pour considérer que l’essentiel est déjà accompli.
Autrement dit, Rmah pose une question qui déplace le débat :
avons-nous seulement des institutions, ou avons-nous des institutions auxquelles le citoyen fait réellement confiance ?
De l’intégrité des urnes à la crise de confiance
L’une des forces de la réflexion d’Abdelrahim Rmah est précisément de ne pas réduire l’intégrité électorale à l’administration, à la justice ou aux partis politiques.
Il élargit la responsabilité.
L’État, les partis, la société civile, les médias, l’université, les acteurs économiques et sociaux, mais aussi le citoyen lui-même sont concernés.
Et cette conception soulève une question politique et sociale fondamentale :
si les élections appartiennent à toute la société, pourquoi la responsabilité de leur intégrité devrait-elle incomber au seul État ?
Dans la logique développée par Rmah, la démocratie ne se construit pas uniquement par le droit. La loi fournit le cadre, mais c’est la société qui donne à ce cadre sa substance.
Si le citoyen accepte de vendre son vote, si le candidat est prêt à utiliser l’argent pour acheter des voix, si le parti privilégie la logique électorale au détriment de la qualité de ses candidats, si les médias se contentent de l’émotion au lieu de l’explication, et si la société civile reste éloignée de sa fonction de sensibilisation, alors même le meilleur dispositif juridique ne suffira pas à construire une démocratie solide.
Ainsi, l’intégrité électorale devient le miroir de l’intégrité de l’ensemble de la société politique.
Rmah ne demande pas seulement : qui gagnera ? Il demande : comment arriverons-nous au vainqueur ?
Dans sa réflexion, Abdelrahim Rmah s’arrête sur cette obsession qui précède souvent les élections : qui arrivera en tête ? Quel parti remportera le plus de sièges ? Qui dirigera le prochain gouvernement ?
Il ne nie évidemment pas la légitimité de ces interrogations. Mais il estime, dans l’esprit de sa démarche, que leur omniprésence risque de masquer la question essentielle :
le chemin qui mène au résultat sera-t-il lui-même intègre ?
C’est là une correction importante des priorités du débat public.
Une élection n’est pas une compétition sportive où seul compte le classement final. C’est un processus politique dans lequel la manière d’obtenir le résultat participe à la légitimité du résultat lui-même.
Un parti peut remporter le plus grand nombre de sièges. Mais une question demeurera : comment les a-t-il obtenus ? Dans quelles conditions ? Avec quel niveau de concurrence ? Avec quels programmes ? Avec quels candidats ? Et avec quel respect de la liberté de choix de l’électeur ?
C’est pourquoi, au cœur de la réflexion de Rmah, la qualité des institutions commence par la qualité du choix.
Et c’est probablement l’une des idées les plus sensibles de son document.
Car elle renvoie aussi la responsabilité vers le citoyen.
Le citoyen n’est pas simplement un chiffre dans un taux de participation
La participation électorale est généralement présentée comme un chiffre.
Mais Abdelrahim Rmah lui donne une signification politique et sociale plus large.
La participation ne représente pas seulement le nombre de personnes qui déposent un bulletin dans une urne. Elle mesure aussi, indirectement, le sentiment du citoyen que l’institution le concerne, que sa voix compte et que sa participation peut réellement influencer la décision publique.
Une question s’impose alors :
l’abstention est-elle uniquement le produit d’un déficit de conscience politique, ou peut-elle aussi traduire, dans certains cas, une crise de confiance ?
La réflexion de Rmah conduit clairement vers cette interrogation.
Lorsque le citoyen a le sentiment que son choix ne change rien, il peut s’éloigner de la politique. Lorsqu’il estime que les institutions ne répondent pas à ses préoccupations, sa motivation à participer diminue. Et lorsque l’argent ou l’influence semblent plus puissants que le programme et la compétence, il devient difficile de convaincre le citoyen que le processus électoral lui offre réellement une liberté de choix.
C’est pourquoi l’augmentation de la participation ne peut être réduite à une campagne de sensibilisation lancée quelques semaines avant le scrutin.
Elle commence par la reconstruction de la relation entre le citoyen et l’institution.
Aux partis : le problème n’est pas seulement celui des programmes
Abdelrahim Rmah adresse également un message clair aux partis politiques.
Dans sa conception, le parti n’est pas une simple machine électorale destinée à conquérir des sièges. Il est une institution qui encadre les citoyens, produit des élites, élabore des programmes et participe à la conception des politiques publiques.
Dès lors, le véritable test d’un parti commence avant même la campagne électorale.
Dispose-t-il d’un programme porteur d’une identité politique claire ?
Ce programme correspond-il réellement à sa ligne et à ses références ?
Choisit-il des candidats capables de défendre ce programme ?
Et le candidat qui entre au Parlement peut-il devenir autre chose qu’un simple nom sur une liste électorale : un député capable de légiférer, de contrôler l’action gouvernementale et d’assumer la responsabilité de représenter les citoyens ?
Ces interrogations placent le choix des candidats au même niveau d’importance que le programme lui-même.
Et c’est ici que la réflexion de Rmah touche à l’un des points les plus sensibles de la vie politique :
on ne peut pas demander au citoyen de faire un choix de qualité si les choix qui lui sont proposés ne correspondent pas toujours au niveau de compétence et de responsabilité qu’exige le Parlement.
Un Parlement fort ne commence donc pas dans l’hémicycle.
Il commence dans les partis, au moment où les listes sont constituées et où les noms sont choisis.
Au responsable public : l’intégrité ne se limite pas à l’organisation administrative
La réflexion de Rmah adresse également un message aux responsables publics et aux institutions.
Si l’État est appelé à organiser des élections intègres, sa responsabilité ne s’arrête pas à la mise en place des bureaux, des listes, des fonctionnaires et des mécanismes juridiques.
Il existe une responsabilité plus profonde : protéger la confiance dans le processus lui-même.
Cela signifie que le citoyen doit non seulement voir la loi exister, mais sentir qu’elle s’applique à tous, que les règles de la compétition sont les mêmes pour chacun, que les infractions ne deviennent pas une composante ordinaire du jeu électoral et que les recours trouvent effectivement leur chemin vers les institutions compétentes.
Dans cette lecture, le responsable public n’est pas évalué uniquement sur sa capacité à administrer une opération électorale.
Il l’est aussi sur sa capacité à protéger le sens politique et moral de l’élection.
Car il existe une différence considérable entre des élections bien organisées et des élections dont le citoyen croit réellement à l’intégrité.
Et la femme marocaine ? Rmah lui attribue un rôle qui dépasse l’urne
Lorsqu’il évoque les femmes, les jeunes, les élèves et les étudiants, Abdelrahim Rmah leur attribue une place qui dépasse celle de simples électeurs ou candidats.
Il voit notamment dans la femme marocaine un acteur de la production de la culture démocratique au sein de la société.
Cette approche mérite attention.
La femme, dans la logique de Rmah, peut contribuer à façonner la conscience au sein de la famille, à alimenter la discussion quotidienne autour du choix politique et à transmettre aux nouvelles générations l’idée que l’élection n’est pas un marché de bénéfices immédiats.
La femme devient ainsi partie prenante d’une bataille qui dépasse largement le scrutin.
C’est une bataille pour redéfinir la citoyenneté au sein de la famille et de la société.
Car lorsque le père ou la mère expliquent à leur enfant le sens du libre choix, lorsque la famille refuse l’argent électoral et lorsque le critère de sélection devient la compétence, l’intégrité et la capacité à servir l’intérêt général, la démocratie a déjà commencé avant même l’arrivée au bureau de vote.
C’est l’un des messages forts que l’on peut tirer de la réflexion de Rmah :
la démocratie ne commence pas dans l’urne. Elle commence dans la maison.
Les jeunes : d’une masse électorale à une force de renouvellement des élites
Les jeunes occupent également une place particulière dans la réflexion de Rmah.
Il ne les considère pas seulement comme une masse électorale susceptible d’être courtisée. Il les envisage comme une force capable de contribuer à la transformation de la vie politique.
La différence est essentielle.
Les jeunes, qui vivent les mutations numériques, sociales et économiques avec une rapidité particulière, disposent également d’une capacité nouvelle à produire du discours politique, à vérifier l’information, à combattre les fake news et à participer au débat public.
Mais une question stratégique découle de cette réflexion :
la politique marocaine est-elle réellement prête à accueillir les jeunes comme des partenaires de la décision, et non simplement comme un public électoral ?
La question dépasse largement les élections de 2026.
Elle concerne le renouvellement des élites et la capacité des institutions partisanes à faire émerger une nouvelle génération de responsables.
Le développement commence aussi dans l’urne
C’est ici que la réflexion d’Abdelrahim Rmah rejoint un contexte beaucoup plus large.
Les élections ne sont pas séparées du développement.
Le Parlement qui sera élu le 23 septembre 2026 participera à un système institutionnel appelé à traiter des dossiers économiques, sociaux et de développement majeurs. La qualité du choix électoral aura donc nécessairement des conséquences, directes ou indirectes, sur la qualité de la législation, du contrôle et des politiques publiques.
C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre le lien établi par Rmah entre élections et transformations économiques et sociales.
Le développement ne se résume pas aux infrastructures, aux investissements et aux grands projets.
Le développement a également besoin d’institutions capables de légiférer, de contrôler et de demander des comptes.
La qualité du député devient alors une question de développement, et non simplement une question partisane.
D’où cette question stratégique :
choisissons-nous celui qui sait gagner une élection, ou celui qui saura exercer une responsabilité après l’avoir gagnée ?
L’argent électoral : lorsque la précarité devient un instrument politique
L’un des aspects les plus directement liés à la réalité sociale dans la réflexion de Rmah est sa dénonciation de l’argent électoral et de l’exploitation de la vulnérabilité sociale.
Il ne traite pas l’achat des voix comme une simple infraction électorale.
Il y voit un danger qui atteint le fondement même de la relation entre le citoyen et l’institution.
Car lorsque l’argent achète une voix, il n’achète pas seulement un bulletin.
Il achète une partie de la décision publique.
Et si un candidat accède à une institution en dépensant de l’argent de manière illégitime, une autre question surgit ensuite : comment cherchera-t-il à récupérer ce qu’il a dépensé ?
La réflexion passe alors de l’élection à la gouvernance.
De l’achat du vote à la possibilité de la corruption.
De la campagne électorale à la manière de gérer les affaires publiques.
C’est cette chaîne qui fait de la lutte contre l’argent électoral une question à la fois économique, sociale, institutionnelle et morale.
Rmah aborde également avec prudence certaines pratiques telles que les « zaroud », sans transformer ces phénomènes en jugement global sur le monde rural. Ce qui importe, dans son approche, c’est le comportement qui porte atteinte à la liberté de l’électeur, où qu’il se produise.
Le problème n’est donc ni le village ni la ville.
Le problème commence lorsque la vulnérabilité sociale devient un outil d’influence sur la décision politique.
Les médias face à une autre forme d’épreuve
Dans la vision portée par Rmah, les médias et les élites intellectuelles ont une responsabilité qui dépasse la simple transmission de l’information.
Le média doit expliquer, enquêter, comparer et permettre au citoyen de comprendre ce que signifie voter pour tel ou tel programme, quelles sont les compétences du Parlement, ce qu’un député peut réellement faire et ce qui ne relève pas de ses attributions.
Cette responsabilité devient particulièrement importante à l’approche des élections de 2026.
L’électeur qui ignore les compétences de l’institution pour laquelle il vote peut se laisser convaincre par des promesses qui ne relèvent même pas du mandat parlementaire.
Celui qui ne lit pas les programmes risque de voter pour une image, un slogan ou une relation personnelle.
À l’inverse, un média qui explique, vérifie et compare contribue à faire passer le citoyen du vote émotionnel au vote éclairé.
À l’ère des plateformes numériques et de la désinformation, cette responsabilité devient encore plus lourde.
Les Marocains du monde : la démocratie ne s’arrête pas aux frontières
Les Marocains du monde trouvent également leur place dans la réflexion de Rmah.
Il ne les considère pas seulement comme une ressource économique ou sociale, mais comme une composante de la communauté nationale porteuse d’expériences différentes en matière de gouvernance, d’institutions et de pratiques démocratiques.
Une question plus large apparaît alors :
comment le Maroc peut-il transformer l’expérience des Marocains du monde en capital institutionnel et intellectuel au service du débat national ?
La diaspora ne devrait pas être uniquement sollicitée lors des rendez-vous symboliques ou nationaux. Elle peut aussi constituer un pont vers l’expérience, la comparaison et l’expertise.
La citoyenneté devient alors une notion plus large que la seule géographie.
De « l’élection intègre » à une « société électoralement intègre »
Au fond, la réflexion d’Abdelrahim Rmah nous conduit vers une idée qui dépasse même le titre de son document.
Il parle de l’intégrité des élections, mais il parle surtout de l’intégrité de la culture politique qui entoure les élections.
On ne peut demander à l’État de protéger seul l’urne alors qu’une partie de la société accepte l’achat des voix.
On ne peut demander aux partis de présenter des candidats de qualité alors que certains électeurs évaluent encore le candidat à partir de l’avantage immédiat qu’il peut procurer.
On ne peut demander aux médias de combattre la désinformation alors que la fausse information circule parfois plus vite que l’information vérifiée.
On ne peut demander aux jeunes de participer alors qu’ils peuvent avoir le sentiment que les institutions politiques ne les écoutent pas suffisamment.
Et l’on ne peut parler de développement sans parler de la qualité des institutions appelées à concevoir et contrôler les politiques publiques.
La question que la réflexion de Rmah nous oblige finalement à poser n’est donc pas seulement :
comment garantir des élections intègres ?
Mais plutôt :
comment construire une société pour laquelle l’intégrité électorale devient une valeur collective et non simplement une obligation juridique ?
La question que Rmah laisse ouverte
Dans son document, Abdelrahim Rmah avance notamment l’idée d’un « Pacte national pour l’intégrité des élections », fondé sur une conviction : la démocratie ne se protège pas uniquement le jour du scrutin. Elle se construit quotidiennement dans la famille, l’école, l’université, le parti, le syndicat, l’association, les médias et dans tous les espaces où le citoyen exerce sa responsabilité.
C’est précisément ici que sa réflexion dépasse le cadre des élections.
Elle propose, au fond, de redéfinir la responsabilité démocratique.
L’État est responsable.
Le parti est responsable.
Les médias sont responsables.
La société civile est responsable.
La femme est responsable.
Les jeunes sont responsables.
Les acteurs économiques et sociaux sont responsables.
Et le citoyen lui-même est responsable.
Mais cela conduit à la question la plus difficile :
sommes-nous capables de transformer toutes ces responsabilités dispersées en un nouvel engagement national autour de la confiance ?
Et les élections du 23 septembre 2026 peuvent-elles devenir davantage qu’une simple échéance constitutionnelle ?
Peuvent-elles être l’occasion de mesurer autre chose que le taux de participation et le nombre de sièges ?
Par exemple, le niveau de confiance du citoyen dans son vote.
La confiance dans le candidat.
La confiance dans le parti.
Et la confiance dans l’institution qui sortira des urnes.
Car un État fort n’a pas seulement besoin d’institutions qui existent.
Il a besoin d’institutions dont le citoyen reconnaît la légitimité, l’efficacité et la capacité à le représenter.
C’est finalement là que réside la véritable portée de la réflexion d’Abdelrahim Rmah.
Il ne propose pas simplement une liste de mesures techniques destinées à organiser les élections. Il ne se limite pas non plus à appeler à la participation.
Il place devant la société marocaine une question plus vaste :
si les élections constituent le moment où nous choisissons une partie de ceux qui participeront à la construction de notre avenir, qui est responsable de protéger ce choix ?
La réponse de Rmah est claire : tout le monde.
Mais la force de cette réponse réside ailleurs.
« Tout le monde » ne signifie pas que la responsabilité doit être tellement dispersée qu’elle finit par disparaître. Cela signifie que chaque acteur doit connaître sa place, son rôle et les limites de sa responsabilité.
C’est pourquoi les élections du 23 septembre 2026, dans la lecture ouverte par Abdelrahim Rmah, ne devraient pas être uniquement une bataille entre partis pour conquérir des sièges.
Elles peuvent devenir une occasion pour la société marocaine de mesurer sa propre capacité à protéger son vote, à choisir ses élites et à construire une relation plus confiante avec ses institutions.
Car une élection intègre ne commence pas lorsque les urnes sont ouvertes. Elle commence lorsque le citoyen est convaincu que sa voix mérite d’être protégée et que l’institution à laquelle il la confie mérite sa confiance.
C’est précisément à cet endroit que l’élection cesse d’être une simple échéance constitutionnelle pour devenir un projet de société.
Et c’est là, au fond, que se trouve la portée de l’idée que le professeur Abdelrahim Rmah a choisi de mettre sur la table.


