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Akhannouch découvre Greenwich au bout du chemin… Pourquoi le gouvernement a-t-il attendu cinq ans pour entendre ce que les Marocains disaient depuis le début ?

En politique comme dans la vie, l’importance d’une décision ne réside pas uniquement dans son contenu, mais aussi dans le moment où elle est prise. C’est pourquoi l’annonce du retour du Maroc à l’heure légale de Greenwich a rapidement dépassé le simple cadre d’un ajustement horaire pour devenir un sujet de réflexion plus profond sur la relation entre l’État, la société et le temps politique.

Au cœur de ce débat, les propos de Mohamed Ouzzine ont retenu l’attention. Sans s’opposer au principe du retour à Greenwich, il a salué une décision qu’il considère préférable à l’inaction, rappelant ce célèbre adage français selon lequel « mieux vaut tard que jamais ». Mais derrière cette formule consensuelle se cache une interrogation plus dérangeante : pourquoi a-t-il fallu tant d’années pour parvenir à une conclusion que des millions de Marocains défendaient déjà depuis longtemps ?

Depuis l’instauration quasi permanente de l’heure supplémentaire en 2018, la controverse n’a jamais réellement cessé. Des enfants quittant leur domicile dans l’obscurité des matinées hivernales, des ouvrières agricoles et industrielles commençant leur journée avant le lever du soleil, des familles confrontées quotidiennement aux difficultés d’adaptation biologique et psychologique : autant de réalités qui ont nourri un débat public continu. Ce n’était ni un phénomène marginal ni une polémique passagère, mais une question profondément ancrée dans le vécu quotidien des citoyens.

Lorsque Mohamed Ouzzine évoque un « temps mort », il ne parle pas uniquement d’un calendrier administratif. Il pointe également un moment politique particulier. Car le gouvernement qui affirme aujourd’hui avoir évalué les effets du système horaire est le même qui a dirigé le pays pendant plusieurs années sans remettre fondamentalement en question cette orientation. Dès lors, une contradiction apparaît : si les nouvelles évaluations démontrent les limites des bénéfices attendus, pourquoi cette conclusion n’a-t-elle pas émergé plus tôt ?

La portée du débat dépasse largement la question de l’heure. Elle touche à la manière dont les politiques publiques sont conçues, évaluées et corrigées. Une démocratie mature ne se mesure pas à sa capacité à éviter les erreurs, mais à son aptitude à les reconnaître lorsqu’elles apparaissent. Toutefois, lorsque cette reconnaissance intervient après plusieurs années de contestation sociale, elle soulève inévitablement des interrogations sur les mécanismes d’écoute et de réactivité institutionnelle.

Sur le plan économique, l’heure supplémentaire avait été justifiée par des considérations liées à la consommation énergétique et à la synchronisation avec certains partenaires économiques. Pourtant, l’expérience a montré qu’une politique publique ne peut être évaluée uniquement à travers des indicateurs techniques ou financiers. La qualité de vie, l’équilibre psychologique, le confort des familles et le rythme naturel des citoyens constituent également des critères essentiels dans l’appréciation d’une décision publique.

Ainsi, le retour à Greenwich apparaît moins comme la fin d’un débat que comme le début d’une réflexion plus vaste sur la philosophie même de la décision publique au Maroc. Les gouvernements réagissent-ils lorsque les besoins sociaux émergent, ou seulement lorsque le coût politique de l’inaction devient supérieur à celui du changement ?

Les Marocains accueilleront probablement avec soulagement la disparition progressive des matinées plongées dans l’obscurité. Les souvenirs des campagnes réclamant le changement d’heure s’estomperont peut-être avec le temps. Mais une question demeurera : si le gouvernement reconnaît aujourd’hui, même implicitement, les limites de cette expérience, combien d’autres décisions attendent encore le même exercice de lucidité ?

Car la véritable leçon de cette affaire n’est pas liée aux aiguilles d’une montre. Elle concerne la capacité des institutions à entendre la société avant que le temps lui-même ne vienne démontrer que les citoyens avaient vu juste depuis le début.

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