mercredi, juin 24, 2026
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« École, université et médicaments : le RNI ouvre-t-il le chantier de l’État social ou celui de la reconquête de la confiance des Marocains avant 2026 ? »

En politique, la valeur des promesses ne se mesure pas à leur nombre, mais à leur capacité à convaincre les citoyens que l’avenir peut être meilleur que le présent. Lorsque le Rassemblement National des Indépendants (RNI) choisit de placer l’éducation et la santé au cœur de ses nouveaux engagements, il ne présente pas simplement une série de mesures techniques ou de projets sectoriels. Il ouvre en réalité un débat beaucoup plus vaste sur l’avenir de l’État social au Maroc et sur la capacité des institutions publiques à restaurer la confiance de larges franges de la population qui continuent de percevoir l’école publique et l’hôpital public comme les symboles d’une crise persistante plutôt que comme des espaces d’espoir.

C’est dans cette perspective que s’inscrivent les déclarations de Nabila Rmili, membre du bureau politique du parti, lors d’une rencontre organisée à Oujda. Ces annonces confirment que l’éducation et la santé demeureront parmi les priorités stratégiques du RNI dans les années à venir. Toutefois, l’importance de ces engagements ne réside pas uniquement dans leur contenu ; elle tient également à leur timing politique. Ils interviennent à un moment où les interrogations se multiplient quant au bilan du gouvernement et à sa capacité réelle à transformer le concept de « l’État social » en une réalité tangible ressentie par les citoyens dans leur quotidien.

Lorsque le parti évoque la généralisation des « Écoles de l’Excellence » à l’horizon 2027 dans l’enseignement primaire, avant leur extension au collège puis au lycée dans les années suivantes, il se place lui-même devant un test majeur. Depuis plusieurs années, les rapports nationaux et internationaux alertent sur les difficultés structurelles du système éducatif marocain. Ces difficultés ne concernent pas seulement les résultats scolaires ou les taux de décrochage, mais également les profondes disparités territoriales entre les centres urbains et les zones rurales, ainsi qu’entre les établissements bien équipés et ceux qui manquent encore des infrastructures les plus élémentaires.

Dans ce contexte, l’accent mis sur la généralisation du transport scolaire et des cantines revêt une importance particulière. Les obstacles à la réussite scolaire dans le monde rural n’ont jamais été exclusivement pédagogiques. Ils sont souvent d’ordre social et économique. La longue distance séparant l’enfant de son école ou l’absence d’une alimentation équilibrée au sein de l’établissement ont conduit des milliers d’élèves à abandonner prématurément leurs études. Dans de nombreuses régions, ces facteurs sont devenus des causes directes du décrochage scolaire.

Mais une question fondamentale demeure : le transport et la restauration scolaire suffiront-ils à eux seuls à résoudre la crise de l’éducation ? Ou bien le problème est-il plus profond, touchant également à la qualité de l’enseignement, à la formation des enseignants et à la capacité de l’école à redevenir un véritable ascenseur social ? Les expériences internationales les plus réussies montrent que la réforme de l’éducation ne se limite jamais à la construction d’infrastructures ; elle repose avant tout sur la création d’un écosystème capable de produire à la fois savoir, compétences et valeurs.

Dans la même logique, le projet visant à porter le nombre d’universités de 12 à 27 reflète une prise de conscience croissante de l’importance de la justice territoriale dans l’accès à l’enseignement supérieur. Aujourd’hui encore, de nombreuses familles marocaines supportent des charges financières considérables parce que leurs enfants sont contraints de poursuivre leurs études dans des villes éloignées de leur lieu de résidence. Le rapprochement de l’université des citoyens constitue donc un enjeu social autant qu’économique.

Cependant, construire de nouvelles universités soulève à son tour des interrogations essentielles. Le véritable défi ne réside pas uniquement dans l’augmentation du nombre d’établissements, mais dans leur capacité à produire de la connaissance, à promouvoir la recherche scientifique et à répondre aux besoins réels de l’économie nationale. Comme de nombreux pays émergents, le Maroc fait face à un paradoxe persistant : l’augmentation du nombre de diplômés ne s’est pas toujours accompagnée d’une réduction significative du chômage des jeunes qualifiés.

Dans le domaine de la santé, les défis apparaissent encore plus complexes et plus sensibles. L’engagement du parti à poursuivre la création des groupements sanitaires territoriaux, à renforcer les infrastructures médicales et à généraliser les centres hospitaliers universitaires s’inscrit dans la continuité des grandes réformes engagées ces dernières années, notamment celles liées à la généralisation de la protection sociale et de la couverture médicale.

Ces promesses prennent une résonance particulière dans un contexte où de nombreuses régions continuent de souffrir d’un accès limité aux soins spécialisés et aux équipements médicaux modernes. Dans ce cadre, le développement de la télémédecine apparaît moins comme une simple innovation technologique que comme une tentative de corriger des inégalités territoriales profondes qui affectent depuis longtemps l’accès aux soins.

Mais l’annonce qui a probablement suscité le plus d’attention concerne la révision des prix des médicaments et la réduction du coût des traitements pour les ménages marocains. La facture sanitaire constitue aujourd’hui l’un des sujets les plus sensibles dans le débat public, notamment pour les classes moyennes et modestes qui voient une part importante de leurs revenus absorbée par les dépenses médicales.

Certes, plusieurs réformes ont déjà été engagées au cours des dernières années afin de réduire le prix de certains médicaments et d’élargir la couverture sanitaire. Toutefois, la question demeure entière : comment concilier la protection du pouvoir d’achat des citoyens avec la nécessité de préserver les investissements dans l’industrie pharmaceutique nationale ? Le succès de cet engagement ne sera pas jugé à l’aune des déclarations politiques, mais à travers son impact concret dans les pharmacies, les hôpitaux et les budgets familiaux.

Sous un angle plus politique, les déclarations de Mohamed Oujar visent à donner une dimension philosophique et stratégique à ces engagements. Selon lui, l’État social ne saurait être réduit à une logique d’assistance financière. Il repose avant tout sur la garantie de services publics performants, accessibles et équitables. Cette vision rejoint les grandes orientations du Maroc contemporain, où l’amélioration des services publics est devenue un pilier central du projet national de développement.

Cependant, le véritable défi ne réside ni dans la formulation des programmes ni dans la multiplication des promesses. Il consiste à convaincre les citoyens que ces engagements sont réalisables. Les Marocains ne jugent plus les partis à travers leurs discours, mais à travers les résultats qui transforment concrètement leur quotidien : une meilleure école, un hôpital plus efficace, des médicaments plus accessibles et une répartition plus équitable des opportunités entre les territoires.

C’est là que se situe la principale équation politique. Tous les partis parlent d’éducation, de santé et de justice territoriale. Ce qui distingue une expérience politique d’une autre, c’est sa capacité à transformer ces ambitions en indicateurs mesurables et en améliorations perceptibles dans la vie des citoyens. Pour le RNI, le défi ne consiste donc pas uniquement à annoncer de nouveaux engagements, mais à démontrer que les promesses formulées aujourd’hui peuvent devenir les réalisations de demain.

Au fond, le débat dépasse largement les Écoles de l’Excellence, les hôpitaux universitaires ou les prix des médicaments. Il touche à une question plus profonde : celle de l’avenir du contrat social entre l’État et les citoyens. Le jour où l’école publique redeviendra un espace de promotion sociale et où l’hôpital public inspirera confiance plutôt qu’inquiétude, le Maroc pourra véritablement affirmer avoir réussi le pari de l’État social. D’ici là, toutes les stratégies, aussi ambitieuses soient-elles, resteront confrontées à la même interrogation que se posent les Marocains : quand les promesses deviendront-elles une réalité visible dans leur vie quotidienne ?

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