mercredi, juin 10, 2026
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Comité Olympique Marocain : fabrique-t-il des champions ou gère-t-il des réunions ? La question des résultats hante son Assemblée générale

Dans les salles feutrées des grands hôtels, le sport marocain semble toujours afficher son meilleur visage. Rapports moraux et financiers, projets de budgets, conventions d’accompagnement, programmes de formation, commissions techniques, gouvernance, évaluation et encadrement : tout donne l’impression d’une machine parfaitement organisée. Pourtant, dès que l’on quitte les salles de réunion pour revenir aux terrains, aux salles d’entraînement et aux centres de formation, une autre question surgit avec insistance : où sont les résultats ?

Cette interrogation revient avec une acuité particulière à l’occasion de l’Assemblée Générale Ordinaire du Comité National Olympique Marocain, tenue le 6 juin 2026 dans un hôtel de la Marina de Salé. Officiellement, l’ordre du jour portait sur l’examen des rapports moral et financier de l’exercice 2025, la présentation du rapport du commissaire aux comptes, l’étude du budget prévisionnel pour 2026 ainsi que la désignation du contrôleur des comptes. Le tout dans un contexte marqué par les préparatifs des prochaines échéances olympiques et par la signature de conventions d’accompagnement avec plusieurs fédérations sportives nationales.

À première vue, il s’agit d’un exercice institutionnel classique. Mais derrière les chiffres, les procédures et les présentations administratives, une interrogation plus profonde s’impose : quelle est aujourd’hui la véritable valeur ajoutée du Comité Olympique Marocain pour les fédérations sportives et, au-delà, pour l’ensemble du système sportif national ?

Au cours des dernières années, le Comité a multiplié les initiatives dans le domaine de la formation et de l’accompagnement technique. Ses structures ont participé à plusieurs programmes destinés aux cadres sportifs et sont intervenues dans certains mécanismes liés à la préparation des équipes nationales. Mais une question fondamentale demeure : la formation est-elle devenue une finalité en soi ou demeure-t-elle un simple outil destiné à produire des champions et des résultats ?

Dans toute politique sportive moderne, la formation ne peut être efficace que si elle repose sur des fondations solides. Former des cadres sans disposer d’une base sportive suffisamment développée revient à construire les étages supérieurs d’un immeuble dont les fondations restent fragiles. Comment parler d’excellence lorsque certaines fédérations peinent encore à organiser des compétitions régulières et structurées ? Comment évoquer la gouvernance sportive alors que plusieurs disciplines souffrent toujours d’un déficit organisationnel chronique ? Comment promouvoir l’encadrement scientifique lorsque des milliers d’enfants marocains n’ont toujours pas accès à des infrastructures sportives de proximité ou à de véritables programmes de détection des talents ?

C’est précisément là que réside l’un des paradoxes majeurs du sport marocain. L’essentiel des débats porte souvent sur les équipes nationales, les athlètes d’élite et les participations internationales. Pourtant, la base de la pyramide sportive demeure le maillon le plus fragile de tout l’édifice.

La comparaison avec les grandes nations olympiques met davantage en lumière cette réalité. Aux États-Unis, le Comité Olympique ne se limite pas à un rôle administratif ou protocolaire. Il évolue au sein d’un écosystème complet associant universités, centres de recherche, secteur privé, collectivités territoriales et programmes de détection précoce des talents. Au Royaume-Uni, les contre-performances des années 1990 ont conduit à une profonde refonte du modèle sportif national, fondée sur l’investissement massif dans les infrastructures, les sciences du sport et l’accompagnement des athlètes sur le long terme.

En France, en Australie ou encore au Canada, les comités olympiques ne constituent pas de simples structures de coordination. Ils sont intégrés à une vision nationale globale qui accompagne l’athlète depuis son plus jeune âge jusqu’au podium olympique. L’objectif n’est pas seulement de préparer une participation, mais de construire durablement une culture de la performance.

Le Maroc se trouve encore dans une situation différente. Les fédérations sportives présentent des niveaux de développement très contrastés. Certaines disposent d’une organisation solide et de résultats probants, tandis que d’autres continuent de chercher leur stabilité institutionnelle avant même d’envisager une ambition olympique. Dans ce contexte, les mécanismes d’accompagnement et les programmes de formation risquent de produire des effets limités s’ils ne s’inscrivent pas dans une stratégie nationale cohérente reliant l’école, l’université, les collectivités locales, les clubs et les structures de haut niveau.

Par ailleurs, les observateurs du mouvement sportif marocain constatent que les méthodes d’accompagnement actuelles ne diffèrent pas fondamentalement de celles qui ont marqué les précédentes olympiades. Certes, les nouvelles conventions introduisent désormais des mécanismes de suivi et d’évaluation plus réguliers, ce qui constitue une avancée sur le plan méthodologique. Mais cette évolution répond-elle réellement à la question essentielle de la rentabilité sportive et du retour sur investissement ?

Les performances enregistrées ces dernières années par certains athlètes marocains sont indéniables. Cependant, nombre d’entre elles semblent davantage liées à des parcours individuels exceptionnels, à l’engagement de certains entraîneurs ou à la dynamique particulière de quelques fédérations qu’à l’existence d’un véritable système olympique intégré. Dès lors, une interrogation sensible apparaît : les institutions sportives marocaines produisent-elles réellement l’excellence, ou bien l’excellence continue-t-elle à émerger malgré les limites du système ?

L’ordre du jour de cette Assemblée Générale soulève également une autre question, plus discrète mais non moins importante. Aucun point n’a été consacré à l’application des dispositions statutaires relatives au remplacement des membres ayant perdu la qualité qui leur permettait de siéger au sein du bureau exécutif. Une question qui peut sembler purement technique mais qui touche en réalité aux principes de gouvernance et au respect des règles internes d’une institution censée représenter l’exemplarité dans le paysage sportif national.

Le débat devient encore plus intéressant lorsque l’on rappelle que l’invitation à l’Assemblée Générale est adressée à l’ensemble des présidents de fédérations sportives, alors que le droit de vote et de candidature demeure réservé aux seules fédérations olympiques reconnues par le Comité International Olympique. Cette situation soulève elle aussi des interrogations sur la représentativité et sur la participation effective de l’ensemble des acteurs du sport marocain aux processus de décision.

Au fond, la véritable question ne concerne ni le montant du budget qui sera adopté, ni le nombre de conventions qui seront signées, ni même le volume des formations qui seront organisées dans les années à venir. La question essentielle est ailleurs : combien de champions olympiques ces politiques permettront-elles réellement de produire ?

Car la valeur d’un comité olympique ne se mesure ni au nombre de réunions qu’il organise ni au volume des rapports qu’il approuve. Elle se mesure au nombre de champions qu’il contribue à faire émerger, aux disciplines qu’il aide à développer et aux rêves sportifs qu’il transforme en réalités.

Et lorsqu’on observe aujourd’hui le paysage sportif marocain, une interrogation plus profonde encore demeure ouverte : le Maroc possède-t-il véritablement un système olympique capable de produire durablement la performance, ou continue-t-il à célébrer, d’une olympiade à l’autre, des exploits individuels qui masquent la fragilité structurelle de l’édifice sportif national ?

C’est sans doute cette question qui devrait figurer en tête de chaque Assemblée Générale, avant tous les rapports financiers et administratifs. Car c’est la seule qui engage véritablement l’avenir.

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