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CGEM : entre promesses de changement et colère silencieuse des très petites entreprises marocaines

À un moment économique où les discours sur l’investissement et la relance se heurtent à une réalité fragile vécue par les très petites entreprises, les félicitations adressées à la nouvelle direction de Confédération Générale des Entreprises du Maroc dépassent le simple protocole institutionnel. Elles prennent la forme d’une lecture implicite des déséquilibres profonds qui traversent aujourd’hui le tissu entrepreneurial marocain.

L’élection de Mehdi Tazi à la présidence de la CGEM, aux côtés de Mohamed Bachiri comme vice-président, n’apparaît donc pas uniquement comme un changement de gouvernance. Elle remet au centre une question plus sensible : quel modèle de représentation économique peut encore répondre aux réalités d’un tissu productif dominé par des entreprises fragiles, sous-financées et souvent exclues des grands circuits de décision économique ?

C’est dans cet esprit que la Confédération marocaine des très petites, petites et moyennes entreprises inscrit son message de félicitations dans une logique d’attente vigilante plutôt que dans une célébration classique. Car derrière le ton diplomatique du communiqué, se dessine une demande claire : transformer enfin les promesses de soutien aux petites structures en politiques concrètes capables de corriger des déséquilibres devenus structurels.

Les chiffres avancés par l’organisation donnent d’ailleurs à cette interpellation une dimension alarmante. Selon son étude nationale intitulée « La très petite entreprise : un moteur en panne », plus de 52.000 entreprises ont fermé leurs portes au Maroc durant l’année 2025, dont près de 99 % sont des très petites entreprises. Un rythme de disparition silencieux qui traduit moins une crise passagère qu’un essoufflement profond d’une large partie du tissu économique national.

Cette réalité soulève une contradiction de fond. Alors que les très petites entreprises représentent environ 97 % du tissu entrepreneurial marocain et assurent plus de 83 % des emplois du secteur privé, elles continuent, selon les acteurs du secteur, à évoluer dans une forme de marginalisation économique : difficultés d’accès au financement, faiblesse de trésorerie, accès limité aux marchés publics et absence de mécanismes d’accompagnement adaptés à leur taille réelle.

Dans ce contexte, l’appel lancé à la nouvelle présidence de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc pour ouvrir un dialogue structuré avec les représentants des très petites, petites et moyennes entreprises dépasse la simple demande corporatiste. Il pose en réalité la question de la justice économique et de la capacité des institutions patronales à représenter l’ensemble du tissu productif, et non uniquement ses segments les plus puissants.

L’invitation officielle adressée à Mehdi Tazi pour participer au premier Forum national des très petites entreprises, prévu fin juin 2026 à Casablanca, s’inscrit ainsi comme un test politique et symbolique. Car au-delà de la présence institutionnelle, ce rendez-vous pourrait devenir le premier signal d’un possible changement dans la relation entre les centres de décision économique et cette majorité silencieuse de petites structures qui portent une grande partie de l’activité quotidienne du pays.

Au fond, ce moment révèle une interrogation plus profonde sur le modèle économique marocain lui-même : qui produit réellement la richesse ? Qui supporte les fragilités du système ? Et surtout, quelle place l’économie nationale est-elle prête à accorder à ces milliers de petites entreprises qui constituent l’ossature invisible de la stabilité sociale et de l’emploi ?

Car le véritable enjeu de cette nouvelle gouvernance ne résidera pas uniquement dans les discours ou les intentions affichées, mais dans sa capacité à transformer une reconnaissance symbolique des très petites entreprises en intégration réelle au cœur des politiques économiques nationales.

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