vendredi, mars 27, 2026
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« Hydrocarbures au Maroc : 3 entreprises dévorent le marché et 1700 milliards de profits non contrôlés… le citoyen paie le prix »… Citizens Pay the Price »

« Selon le rapport de la commission parlementaire d’enquête de 2017, les sociétés de carburants ont généré environ 1700 milliards de dirhams de profits non contrôlés »

Au cœur du débat économique qui dépasse la simple question des prix du carburant, se dessine au Maroc une réalité complexe de domination par quelques acteurs majeurs du marché des hydrocarbures, leur mode de profit durant les périodes de subvention, et les mécanismes de fixation des prix après la libéralisation. Ce secteur, qui impacte directement le pouvoir d’achat des citoyens et les conditions économiques générales, révèle des interactions entre profits des entreprises, concentration du marché, manque de contrôle et absence de concurrence réelle.

« Qui sont les principaux acteurs du marché des hydrocarbures et quelle est leur part de marché ? »

Selon des données récentes, vérifiées par les rapports de surveillance du marché, le marché marocain des carburants reste concentré entre quelques grands acteurs. D’après les analyses du Conseil de la concurrence, neuf entreprises dominent environ 84 % du marché marocain du carburant, que ce soit pour les importations ou pour la distribution dans les stations-service. 

Malgré l’arrivée de nouveaux entrants ces dernières années, la part de marché reste largement entre les mains de quelques groupes : Africa SMDC avec environ 29 %, Chal 19 %, et Total 12 %. Le reste du marché (moins de 40 %) est réparti entre plus de 20 entreprises plus petites. Cette concentration confère à ces entreprises un rôle stratégique dans la dynamique des prix et la rentabilité du secteur, accentuant le caractère rentier du marché.

Les profits des hydrocarbures : entre subventions et rentabilité réelle

L’un des principaux points de controverse concerne le volume des profits nets réalisés par les entreprises. Les rapports du Conseil de la concurrence indiquent que le marché de la distribution a généré un profit net d’environ 2,3 milliards de dirhams en 2024, sur un chiffre d’affaires total dépassant 77,9 milliards de dirhams, soit une marge nette moyenne de près de 2,9 %, équivalant à environ 0,43 DH par litre de gasoil et 0,61 DH par litre d’essence.

Parallèlement, le groupe Akwa, détenu par Aziz Akhannouch, possède deux branches dans le secteur énergétique : le carburant (Africa SMDC) et le gaz (Africa Gaz). Selon certaines sources économiques, les profits annuels des deux branches atteindraient environ 160 milliards de centimes, dont 75 milliards de centimes pour l’activité gaz (cotée en bourse), tandis que les profits de la branche carburant restent approximatifs, étant donné qu’elle n’est pas cotée en bourse. Une grande partie de ces profits est reversée aux actionnaires plutôt qu’investie pour protéger le consommateur ou développer le marché.

Les subventions passées et leur suppression : problème de mise en œuvre

Le système de subvention des hydrocarbures a longtemps été un instrument clé pour réduire le poids des prix sur les citoyens. Les entreprises présentaient leurs factures au gouvernement et percevaient des subventions sans vérification rigoureuse, selon des témoignages d’anciens responsables gouvernementaux.

Lorsque la suppression des subventions a été décidée pour des raisons économiques et éthiques, le principe était justifié : rationalisation des dépenses publiques et alignement des prix locaux sur les prix internationaux. Initialement, après la suppression, le prix du gasoil était inférieur à 8,50 dirhams, mais l’absence de mécanismes stricts de contrôle des prix a permis à certains acteurs d’augmenter les prix de façon injustifiée, comme le confirment plusieurs rapports du Conseil de la concurrence. 

Ainsi, la décision de supprimer les subventions était correcte dans son principe, mais sa mise en œuvre a révélé des lacunes, notamment l’absence de contrôle pour prévenir les comportements anticoncurrentiels et garantir que les variations internationales se répercutent correctement sur le consommateur.

Enjeu central : intérêt des citoyens ou des entreprises ?

Au fond, le problème dépasse les simples prix ou profits. Il s’agit d’un jeu entre règles de concurrence, lacunes de contrôle et liens entre secteur privé et État. Alors que certains défendent la libéralisation pour attirer l’investissement et moderniser le marché, d’autres dénoncent la faiblesse de la régulation et la concentration des profits. Des sanctions ont déjà été infligées à certaines entreprises pour entente ou pratiques anticoncurrentielles. 

En conclusion, la question essentielle demeure : comment le Maroc peut-il garantir des prix justes pour le consommateur tout en assurant des profits légitimes aux distributeurs ? La réponse nécessite une réforme structurelle, incluant des lois strictes sur la concurrence, une surveillance transparente des prix et des mécanismes clairs pour prévenir toute manipulation par les acteurs dominants.

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