mardi, mai 12, 2026
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Du “retour de l’être aimé” à la Chambre des représentants : comment le charlatanisme numérique est devenu une économie de l’illusion révélant les fragilités sociales et les limites du droit à l’ère digitale au Maroc

Dans une scène devenue presque ordinaire, il suffit aujourd’hui d’ouvrir un téléphone pour se retrouver face à un univers parallèle : des publicités promettant de “ramener l’être aimé”, de “lever le sort”, de “soigner par des pratiques spirituelles” ou encore de “prédire l’avenir” contre rémunération. Entre curiosité, espoir et fragilité personnelle, ces contenus s’infiltrent dans le quotidien numérique et transforment l’écran en un espace marchand où l’illusion est soigneusement mise en scène.

C’est dans ce contexte que la députée du Parti Authenticité et Modernité, Hanane Atrekin, a adressé une question écrite au ministre de la Justice, appelant à renforcer le contrôle des contenus liés à ce que certains qualifient désormais de “charlatanisme numérique” sur les plateformes en ligne. Une initiative qui relance un débat plus large que la simple régulation des réseaux sociaux : celui des limites entre protection des citoyens, liberté numérique et responsabilité des institutions.

En réalité, la question ne semble pas se réduire à un vide juridique. Plusieurs observateurs estiment que l’arsenal légal marocain permet déjà de sanctionner les formes d’escroquerie, qu’elles soient traditionnelles ou numériques. Le véritable défi réside plutôt dans l’application de ces textes dans un environnement digital en constante mutation, où les pratiques évoluent plus vite que les mécanismes de contrôle, mais aussi dans le niveau de sensibilisation numérique d’une partie importante des utilisateurs.

Plus profondément, cette problématique renvoie à une dimension sociale difficile à ignorer. La montée de ces pratiques s’inscrit dans un contexte de fragilités économiques, de pressions psychologiques et parfois de perte de confiance dans les réponses institutionnelles classiques. Dans cet espace d’incertitude, les promesses rapides et simplifiées du monde numérique trouvent un terrain fertile, où l’illusion devient une réponse provisoire à des attentes réelles.

Dans le même temps, cette initiative parlementaire a suscité un débat politique sur les priorités de l’action législative. Certains estiment que la lutte contre l’escroquerie en ligne est nécessaire et urgente, tandis que d’autres considèrent que les urgences nationales restent ailleurs : pouvoir d’achat, chômage, réforme de l’éducation et de la santé, ainsi que les grands chantiers législatifs à fort impact direct sur la vie des citoyens.

Ainsi se pose une question plus large que le fait divers numérique lui-même : s’agit-il uniquement de réguler une dérive des réseaux sociaux, ou de repenser le lien entre société, vulnérabilités sociales et transformation numérique ?

Au fond, le débat dépasse largement la “charlatanerie en ligne”. Il met en lumière une tension permanente entre un monde numérique qui promet des solutions immédiates et une réalité sociale qui exige des réponses structurelles, plus lentes mais plus profondes. Entre ces deux temporalités, se dessine une interrogation centrale sur le rôle des institutions face à des phénomènes qui évoluent plus vite que les lois censées les encadrer.

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