vendredi, mars 27, 2026
AccueilActualités« Nominations politiques… quand l’État se transforme en terrain de partage du...

« Nominations politiques… quand l’État se transforme en terrain de partage du pouvoir avant les élections »

Avec l’approche de la fin de chaque mandat gouvernemental au Maroc, un scénario semble se répéter, presque devenu une « règle non écrite » dans la pratique politique : une accélération notable du rythme des nominations aux postes de haute responsabilité, comme si le temps administratif lui-même pressait pour consolider les positions de pouvoir avant le moment décisif électoral. Cette dynamique, qui se renouvelle aujourd’hui à l’approche des élections législatives, soulève une question ancienne sous une forme contemporaine : assistons-nous à une gestion normale du service public, ou à un véritable redécoupage du pouvoir au sein de l’État par des moyens administratifs ?

En apparence, les choses semblent encadrées par un cadre légal clair, les nominations aux postes supérieurs relevant de dispositions constitutionnelles, notamment l’article 92, qui organise leur traitement au sein du Conseil du gouvernement, en accord avec la loi organique régissant ce domaine . Les communiqués officiels insistent également sur le fait que ces nominations visent à « renforcer la compétence et améliorer la performance administrative » . Cependant, une lecture analytique de la situation révèle un écart croissant entre le texte et la pratique, entre le discours de gouvernance et la logique des équilibres politiques.

En profondeur, les accusations se dirigent vers ce que certains observateurs qualifient « d’économie politique des nominations », où les postes de haut niveau deviennent des ressources symboliques et institutionnelles distribuées selon la proximité et la loyauté, plutôt qu’en fonction du mérite. Les médias et certaines données indiquent que des centaines de noms liés à des cercles ministériels ou partisans ont été nommés, au détriment de compétences pourtant qualifiées, soulevant ainsi la question de l’équité et de la transparence dans l’accès aux responsabilités . Ici, il ne s’agit pas seulement de nommer des individus, mais de redessiner la « carte de l’influence » au sein de l’administration.

Cette dynamique prend une signification particulière lorsqu’on la lit dans le contexte du calendrier politique. À l’approche des élections, les nominations dépassent la simple décision administrative ; elles se transforment en outils stratégiques pour implanter des extensions partisanes dans les rouages de l’État, assurant une certaine continuité de l’influence même en cas de changement de majorité. C’est un moment où l’administratif se mêle au politique, rendant difficile la distinction entre service public et service des équilibres partisans.

Le problème ne se limite pas aux intentions ou interprétations ; il affecte directement la performance des institutions. Lorsque les responsabilités sont confiées en dehors du critère de compétence, le résultat, selon plusieurs rapports, est une baisse d’efficacité et une fragilité de la gestion, impactant directement la qualité des politiques publiques et la confiance des citoyens. C’est là que se révèle la dimension cachée de la crise : ce n’est pas seulement une crise de nominations, mais une crise de confiance dans l’État en tant que garant de l’équité et de l’égalité des chances.

La contradiction la plus frappante réside dans l’écart entre ce constat et les directives répétées insistant sur la responsabilité et la compétence. Cette contradiction crée une « dualité institutionnelle » : un discours officiel qui élève les attentes et une pratique sur le terrain qui reproduit les mêmes schémas longtemps critiqués. Comme si le temps politique au Maroc tournait en boucle, et que « Reema revenait à ses anciennes habitudes » à chaque fin de mandat.

Dans ce contexte, la question réelle dépasse la simple critique conjoncturelle : le système administratif et politique marocain dispose-t-il de mécanismes internes pour briser ce cycle ? Ou la logique des nominations restera-t-elle prisonnière des moments d’équilibre politique, changeant de forme sans en changer l’essence ? Et jusqu’à quel point peut-on parler de neutralité du service public, si ses rouages sont remodelés à chaque fin de mandat selon des calculs électoraux ?

Ce qui se joue aujourd’hui ne peut être lu uniquement comme un événement passager ; c’est le reflet d’un dysfonctionnement structurel dans la relation entre politique et administration. Soit les nominations deviennent un outil pour consolider un État fondé sur la compétence, soit elles restent, comme beaucoup le voient, un simple mécanisme de redistribution du pouvoir… sous des formes légales en apparence, mais sujettes à interrogation dans leur substance.

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus

Recent Comments