Dans une récente contribution, Abdallah Boussouf, secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, livre une réflexion dense sur les transformations en cours dans le système international. À ses yeux, le monde traverse un véritable « travail d’accouchement » d’un nouvel ordre mondial, où l’effritement des fondations européennes se conjugue avec la montée en puissance de nouvelles forces orientales. Une lecture qui invite à interroger la place du Sud global, et du Maroc en particulier, dans cette reconfiguration.
L’Europe en crise existentielle
Boussouf souligne d’abord les fragilités de l’Europe, cœur du G7. La chute du gouvernement de François Bayrou en France, incapable de faire adopter le budget 2026, symbolise une crise plus profonde : explosion des dettes publiques, déficits persistants et érosion de la confiance politique. Le Royaume-Uni, l’Italie et même l’Allemagne sont confrontés à des dynamiques similaires.
Des figures comme le chancelier allemand Friedrich Merz ou le Premier ministre hongrois Viktor Orbán n’hésitent plus à déclarer que l’Union européenne se dirige vers l’effondrement. Boussouf rapproche cette situation de précédents historiques – la crise grecque de 2012 ou celle du Royaume-Uni en 1976 – tout en insistant sur le caractère systémique de la fragilisation actuelle. Une question s’impose : comment une Europe fragilisée peut-elle encore prétendre au leadership mondial ?
L’Orient redessine les équilibres
Face à cette fragilité, Boussouf attire l’attention sur la dynamique orientale, incarnée notamment par le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai tenu en Chine en septembre 2025. Cette rencontre a réuni des dirigeants représentant 40 % de la population mondiale. Le discours du président Xi Jinping fut sans ambiguïté : le nouvel ordre mondial devra être multipolaire, fondé sur la justice et la coopération, et non plus sur l’hégémonie.
La Russie, malgré les sanctions et la guerre en Ukraine, conserve son statut de puissance incontournable. L’Inde, de son côté, reconsidère ses alliances face aux pressions commerciales américaines. À travers ces signaux, Boussouf lit un déplacement accéléré du centre de gravité géostratégique vers l’Est.
Le Sud au cœur de l’équation
La grande interrogation demeure : quelle place pour le Sud global ? Boussouf insiste sur le choix stratégique auquel sont confrontés l’Afrique, le monde arabe et, plus particulièrement, le Maghreb : rester de simples spectateurs des luttes entre grandes puissances, ou bien se positionner comme partenaires à part entière ?
Il cite, à cet égard, le message royal adressé à l’Institut de droit international réuni à Rabat en août 2025 : « Les dynamiques internationales ne sont pas de simples rapports de force entre États. Elles s’appuient sur des valeurs, des principes consensuels et des institutions capables d’organiser la coopération et d’assurer leur pérennité. » Une orientation qui, selon lui, peut servir de boussole pour le Maroc dans ses partenariats atlantiques et africains.
Conclusion ouverte
Pour Boussouf, le nouvel ordre mondial reste en gestation, mais il avertit : le prix de ces transformations pourrait être payé par les peuples eux-mêmes, à travers l’affaiblissement de leurs acquis sociaux et la montée des courants nationalistes et extrémistes.


