Dans une publication relayée par le journal “Al Maghreb Al Aan” sur la plateforme X, le journaliste Mohammed Ouamous soulève une question sensible qui ravive le débat sur la place des langues dans les institutions élues au Maroc, et plus largement sur les équilibres entre diversité linguistique et représentation identitaire dans l’espace public.
الفرنسية في قلب سوس ماسة: لغة الإدارة أم اختلال صامت في تمثيل الهوية الأمازيغية داخل المؤسسات الجهوية؟ pic.twitter.com/6kkEgJVKbY
— المغرب الآن Maghreb Alan (@maghrebalaan) May 5, 2026
Il s’agit d’une session du Conseil de la région Souss-Massa, tenue à Agadir, dont les travaux auraient été conduits en langue الفرنسية. Un fait qui, au-delà de sa dimension administrative, interroge sur la symbolique linguistique dans une région considérée comme l’un des berceaux historiques et culturels de l’amazighité au Maroc. Une terre où la langue amazighe constitue un marqueur identitaire fort, profondément enraciné dans la mémoire collective.
Ce choix linguistique, tel que rapporté dans la publication, ne relève pas uniquement d’une question de forme. Il ouvre un débat plus large sur la représentation réelle des langues parlées par les citoyens dans les instances de décision régionales. Entre une logique de fonctionnement administratif souvent justifiée par des impératifs de compétence technique et de communication institutionnelle, et une logique de reconnaissance identitaire liée à la diversité culturelle du territoire, la tension demeure visible.
Plus profondément, cette situation renvoie à la question de la mise en œuvre effective du caractère officiel de la langue amazighe, consacrée par la Constitution aux côtés de l’arabe. Malgré cette reconnaissance juridique, son intégration dans les pratiques quotidiennes des institutions publiques, notamment régionales, reste progressive et parfois inégale selon les contextes.
Dans cette perspective, le débat dépasse le simple cadre d’un conseil régional. Il met en lumière un enjeu national plus large : celui de la gestion du pluralisme linguistique dans les espaces de gouvernance locale. Car lorsque la langue utilisée dans les débats institutionnels s’éloigne de celles pratiquées par la population, se pose alors la question de l’accessibilité du citoyen à la décision publique et de sa pleine inclusion dans le processus démocratique.
Enfin, la publication se conclut sur une note symbolique évoquant l’identité amazighe revendiquée par certains acteurs institutionnels. Mais au-delà de cette affirmation personnelle, c’est bien la question structurelle du choix des langues dans les institutions qui demeure centrale : selon quels critères ces choix sont-ils opérés, et dans quelle mesure reflètent-ils réellement la diversité culturelle et linguistique du Maroc contemporain ?
Ainsi, cet épisode, loin d’être isolé, s’inscrit dans une réflexion plus large sur les mutations de l’État marocain face à sa pluralité linguistique, où les institutions régionales deviennent le miroir des tensions subtiles entre héritage, modernité et gouvernance.


