Le ministre de l’Éducation nationale, du Préscolaire, de la Formation professionnelle et de la Qualification, Mohamed Nabil Benabdallah, a annoncé une orientation visant à relever à 40 ans l’âge maximal autorisé pour participer aux concours d’accès aux métiers de l’enseignement.
Cette annonce a été faite mardi 3 novembre 2026, lors de la présentation du budget sectoriel du ministère devant la Commission de l’enseignement, de la culture et de la communication à la Chambre des représentants.
La mesure envisagée pourrait modifier l’une des conditions d’accès à la profession enseignante qui a suscité, ces dernières années, de nombreuses contestations. Elle concerne notamment des diplômés de l’enseignement supérieur qui, malgré leurs qualifications universitaires, se sont retrouvés exclus des concours en raison de leur âge.
Il convient toutefois de distinguer l’orientation politique annoncée du dispositif réglementaire qui permettrait sa mise en application. La déclaration du ministre ne signifie pas, à elle seule, que le seuil de 40 ans est désormais en vigueur, ni que les prochains concours seront automatiquement ouverts à toutes les catégories concernées.
Cette distinction est importante, car le débat sur l’âge d’accès à l’enseignement ne date pas d’aujourd’hui. Les seuils appliqués par le ministère ont d’ailleurs évolué au fil des années et ne reposaient pas sur une limite unique.
De 30 à 40 ans : comment le débat a évolué
L’examen des textes réglementaires montre que la question de l’âge est plus complexe qu’une simple modification d’un chiffre dans un avis de concours.
L’article 42 du décret n° 2.23.819 du 6 octobre 2023, relatif au statut particulier des fonctionnaires du secteur de l’Éducation nationale, fixe à 30 ans l’âge maximal pour participer à certains concours, notamment ceux prévus par les articles 34 et 35, avec une procédure de présélection des candidatures.
En revanche, l’article 43 du même décret prévoit l’ouverture d’autres concours aux candidats âgés de 18 à 40 ans, avec une possibilité de prolongation de la limite maximale jusqu’à 45 ans dans certaines situations liées aux services valables ou susceptibles d’être validés pour la retraite.
Ce dispositif juridique montre que le seuil de 40 ans n’est pas étranger au statut particulier de l’Éducation nationale. Il y figure déjà pour certaines voies de recrutement. La difficulté tient plutôt à la différence entre les conditions d’accès selon les parcours de recrutement et aux modalités de leur application aux concours de qualification des cadres enseignants.
Le concours organisé en novembre 2025 fournit un exemple concret de cette évolution. Le portail officiel du Royaume du Maroc, relayant un communiqué du ministère de l’Éducation nationale, avait annoncé l’organisation de concours d’accès au cycle de qualification des cadres enseignants portant sur 19 000 postes. L’âge maximal des candidats avait alors été fixé à 35 ans, avec des conditions de diplôme comprenant notamment la licence en éducation, certains parcours universitaires spécialisés ainsi que les licences fondamentales ou professionnelles, selon les critères publiés.
L’annonce d’un relèvement à 40 ans ne correspond donc pas nécessairement à un passage uniforme de 30 à 40 ans pour tous les candidats. Il faudra déterminer précisément les concours concernés, les dispositions réglementaires applicables et les conditions qui feront effectivement l’objet d’une modification.
La question avait également été portée devant le Parlement. La Chambre des représentants a enregistré une question orale portant sur la limite de 30 ans imposée aux concours de recrutement des cadres des Académies régionales, en référence notamment aux dispositions statutaires prévoyant un seuil de 40 ans et, dans certains cas, une extension jusqu’à 45 ans.
Une autre question parlementaire avait porté sur les critères retenus pour fixer l’âge maximal de participation aux concours. Ces interventions montrent que le sujet a fait l’objet d’une interpellation institutionnelle, au-delà des revendications exprimées dans l’espace public.
La retraite : le calcul qui explique le choix des 40 ans
Dans son intervention, Benabdallah n’a pas présenté la révision de l’âge comme une revendication sociale isolée des autres obligations liées au recrutement. Il a également évoqué les conséquences du parcours professionnel sur les perspectives de retraite.
Selon les informations rapportées par le média Kech24 à propos de son intervention, le recrutement d’une personne à 45 ans lui laisserait une période professionnelle ne dépassant pas 18 années avant l’âge de départ à la retraite. Un recrutement à 40 ans permettrait, en revanche, un parcours professionnel pouvant atteindre 23 années, sur la base d’un âge de départ fixé à 63 ans.
Ce calcul renvoie à la loi n° 72.14 de 2016, qui a fixé à 63 ans l’âge de mise à la retraite des fonctionnaires et agents relevant du régime des pensions civiles.
Toutefois, la durée de carrière ne suffit pas à elle seule à déterminer les droits à la retraite. Le régime de cotisation, la durée d’affiliation et les règles de calcul de la pension entrent également en ligne de compte. Les 18 années évoquées doivent donc être comprises comme une estimation de la durée professionnelle restante, et non comme une évaluation générale des droits à pension de chaque nouvel enseignant.
Une question mérite ainsi des éclaircissements supplémentaires de la part du gouvernement : le seuil de 40 ans a-t-il été retenu comme un compromis entre l’élargissement du nombre de candidats et la possibilité de leur garantir une carrière suffisamment longue pour constituer des droits à la retraite ? Ou bien le ministère dispose-t-il d’études financières et actuarielles comparant concrètement les scénarios de recrutement à 40 et à 45 ans ?
Les informations publiées à propos de cette déclaration ne présentent pas d’étude actuarielle ni d’estimation financière permettant de répondre à cette interrogation. Il serait donc prématuré de transformer le calcul de durée avancé par le ministre en une évaluation définitive de l’impact de la mesure sur le régime des pensions.
Le dialogue social : un autre dossier qui accompagne l’élargissement du recrutement
L’annonce relative à la révision de l’âge est intervenue lors d’une réunion consacrée également au bilan du ministère et à ses engagements envers les personnels de l’enseignement. Cet élément mérite d’être pris en considération dans l’examen de la politique sectorielle dans son ensemble.
Le secteur de l’éducation doit toujours gérer plusieurs dossiers liés aux accords des 10 et 26 décembre 2023, ainsi que les engagements professionnels et financiers qui en ont découlé.
Selon les informations rapportées par le média Alyaoum24 à propos de la présentation ministérielle, le ministère travaille notamment à la finalisation d’un dispositif d’indemnité complémentaire en faveur des enseignants du primaire et du secondaire collégial, ainsi que de certaines catégories de spécialistes et de personnels administratifs et techniques.
Le ministère a également fait état d’un accord technique avec les syndicats sur une prime annuelle destinée aux personnels exerçant dans les zones éloignées et difficiles d’accès. Un projet d’arrêté conjoint avec le ministère de l’Économie et des Finances serait en préparation en vue de sa signature.
Concernant le statut particulier des professeurs agrégés, le dossier a été transmis aux services chargés de la transition numérique et de la réforme de l’administration le 8 juin 2026. Des réunions se sont ensuite tenues les 23 juillet et 1er octobre de la même année.
Quant à la question du volume horaire de travail, elle a été soumise à la commission permanente chargée du renouvellement et de l’adaptation des programmes et des curricula pour avis.
Ces dossiers ne présentent ni la même nature, ni les mêmes coûts, ni les mêmes intervenants institutionnels. Ils montrent néanmoins que le ministère doit simultanément gérer les ressources humaines déjà en poste, honorer ses engagements sociaux et professionnels, et attirer de nouveaux profils.
Le relèvement de l’âge maximal élargirait le nombre de candidats potentiels. Il ne résoudrait cependant pas automatiquement les difficultés liées au manque d’enseignants, à leur répartition entre les régions et les spécialités, ni à la nécessité de renforcer la formation initiale et continue.
L’ouverture des concours à une tranche d’âge plus large ne devrait pas non plus conduire à un abaissement des critères de compétence. Les épreuves doivent continuer à mesurer les connaissances disciplinaires, les aptitudes professionnelles et la capacité à exercer le métier d’enseignant, indépendamment du fait que le candidat ait 30, 35 ou 40 ans.
Quelles modifications pour transformer l’annonce en décision applicable ?
Il existe une différence entre l’annonce d’une orientation gouvernementale et l’achèvement de la procédure juridique et administrative nécessaire à son application.
L’article 44 du décret n° 2.23.819 renvoie la détermination des conditions, des procédures, des programmes des concours et des critères de présélection à un arrêté de l’autorité gouvernementale chargée de l’Éducation nationale, soumis au visa de l’autorité gouvernementale chargée de la Fonction publique.
Par ailleurs, l’article 42 prévoit expressément des limites d’âge pour certaines catégories de concours.
La publication d’un nouveau dispositif réglementaire sera donc essentielle pour déterminer les dispositions qui seront modifiées, les catégories concernées et la date d’entrée en vigueur de la mesure.
Plusieurs questions pratiques restent ainsi ouvertes :
- Le seuil de 40 ans concernera-t-il tous les concours de recrutement des cadres enseignants ou seulement certaines voies d’accès ?
- L’âge sera-t-il calculé à la date du dépôt de la candidature ou à celle du déroulement du concours ?
- La modification concernera-t-elle également les cadres de soutien pédagogique, administratif et social ?
- La mesure sera-t-elle applicable dès le prochain concours ou après la publication des nouveaux textes réglementaires ?
- Les critères de présélection seront-ils également révisés ou la modification portera-t-elle exclusivement sur l’âge ?
Les réponses à ces questions détermineront la portée réelle de la mesure pour les milliers de diplômés qui attendent une nouvelle possibilité d’intégrer le secteur de l’enseignement.
L’élargissement de la limite d’âge devra également s’accompagner de précisions sur le nombre de postes ouverts, les spécialités recherchées, leur répartition régionale et les capacités d’accueil des Centres régionaux des métiers de l’éducation et de la formation.
L’égalité du droit de candidature ne garantit pas, à elle seule, l’égalité des chances de recrutement lorsque le nombre de postes reste limité ou ne correspond pas suffisamment aux besoins des établissements scolaires.
Un débat qui dépasse la seule question de l’âge
L’initiative annoncée remet sur la table une question plus large concernant les critères d’accès à la fonction publique et la capacité des conditions de sélection à concilier l’égalité des chances avec les exigences du service public.
Un candidat ayant dépassé 35 ans peut disposer d’une expérience professionnelle ou d’un parcours universitaire supplémentaire. Il peut également avoir choisi de se réorienter vers l’enseignement après plusieurs années consacrées à une autre activité. Ces éléments ne remplacent pas automatiquement la formation pédagogique, de même que la jeunesse ne constitue pas, à elle seule, une garantie de compétence professionnelle.
Le critère déterminant doit rester la capacité du candidat à exercer la fonction éducative, après avoir satisfait aux exigences de qualification, de formation et d’évaluation.
Pour le ministère, la révision de l’âge implique aussi une responsabilité supplémentaire en matière de planification des ressources humaines à moyen et long terme. Les établissements scolaires ont besoin d’enseignants qualifiés, d’une stabilité professionnelle permettant d’assurer la continuité pédagogique et d’une politique cohérente en matière de recrutement, de formation et de retraite.
L’annonce de Benabdallah constitue une orientation qui répond à une revendication présente depuis plusieurs années dans le débat public et parlementaire. Sa portée effective reste toutefois conditionnée par sa traduction en dispositions juridiques et réglementaires précises.
Le premier test concret de cette orientation sera le prochain avis officiel de concours après la révision annoncée : quel âge maximal sera retenu, quelles catégories pourront en bénéficier et combien de postes seront effectivement ouverts ?


