mercredi, octobre 21, 2026
AccueilActualitésLe sport dans la déclaration gouvernementale : quand l’« économie du sport...

Le sport dans la déclaration gouvernementale : quand l’« économie du sport » tient en quelques mots et que le sport de proximité reste à la marge

De ce point de vue, inscrire l’économie du sport parmi les orientations gouvernementales ne constitue qu’une première étape. Encore faut-il l’accompagner d’une vision précisant les secteurs concernés, les mécanismes de financement, les garanties sociales accordées aux travailleurs, les conditions d’investissement et les modalités de répartition des opportunités entre les différentes composantes du paysage sportif. L’enjeu n’est pas seulement d’organiser de grands événements, mais de construire un système capable de créer durablement de la valeur économique et sociale, tout en faisant de la pratique sportive une possibilité de formation, d’emploi et d’intégration.

Daoudi ramène ainsi le débat à la responsabilité du politique dans la définition des choix publics. Les partis et les programmes gouvernementaux ne tirent pas leur importance des slogans qu’ils affichent, mais des décisions qu’ils prennent, des ressources qu’ils mobilisent et des résultats qu’ils permettent de mesurer. Si l’économie du sport est présentée comme un levier de création de richesse et d’emplois, le véritable test consiste à déterminer qui bénéficiera de ces possibilités et comment elles atteindront les clubs, les associations et les pratiquants qui constituent la base quotidienne du sport marocain.

La crise du sport ne s’explique pas par l’absence de diagnostic

Daoudi s’appuie sur les conclusions du Conseil économique, social et environnemental (CESE), ainsi que sur les références nationales consacrées à la situation du sport marocain, pour souligner que les dysfonctionnements du secteur sont connus et que le débat sur leurs causes dure depuis des années. L’étude du CESE sur la politique sportive au Maroc, publiée en 2019, avait évalué la mise en œuvre de la Stratégie nationale du sport à l’horizon 2020. Elle relevait que les résultats obtenus n’avaient pas atteint les objectifs attendus et que le sport n’avait pas occupé la place qui aurait dû lui revenir dans la politique de développement.

Dans son avis de 2022 intitulé L’économie du sport : un gisement de croissance et d’emplois à mettre en valeur, le Conseil a ensuite mis en évidence le potentiel économique et social du secteur, ainsi que la nécessité d’en améliorer la structuration et la gouvernance et d’adapter le cadre juridique à la diversité des acteurs, depuis les clubs de quartier jusqu’aux structures professionnelles du football. Ces deux références ont un intérêt particulier : elles ne réduisent pas la crise aux résultats sportifs. Elles la relient à l’organisation du secteur, aux conditions de financement, à la place des associations et à la capacité du sport à générer des retombées économiques et sociales.

Le problème n’est donc pas que le Maroc manque de rapports ou de diagnostics. Le défi consiste à déterminer dans quelle mesure ces conclusions sont passées des documents de référence aux décisions contraignantes, puis des recommandations générales à des programmes susceptibles d’être exécutés et évalués. Cela ne signifie pas qu’il faille présumer que toutes les recommandations sont restées sans suite. Il faut, au contraire, distinguer ce qui a été annoncé, ce qui est effectivement entré en application et ce que les données disponibles permettent d’établir quant à ses effets sur la pratique sportive.

Entre le diagnostic de 2019 et les recommandations de 2022 : qu’est-ce qui a réellement changé ?

La comparaison entre le rapport du CESE de 2019 et son avis de 2022 sur l’économie du sport ne permet pas d’affirmer que le secteur est resté totalement immobile. Elle ne permet pas davantage de considérer que les recommandations ont été mises en œuvre au seul motif que des programmes ou des mesures administratives ont été annoncés. En 2019, le Conseil appelait à faire de la stratégie nationale du sport une véritable politique publique structurée et à remédier aux difficultés d’application de la loi n° 30-09 relative à l’éducation physique et aux sports. Par la suite, le ministère chargé du secteur a annoncé l’ouverture d’un chantier participatif de révision de cette loi et organisé, le 22 juin 2023, une journée d’étude consacrée aux obstacles à son application. Des mesures visant à renforcer la gouvernance des fédérations sportives ont également été annoncées, notamment une circulaire du 11 mars 2024 relative à la tenue des assemblées générales annuelles et une circulaire du 23 avril 2024 portant sur la procédure d’approbation des statuts des fédérations. Le ministère a indiqué que 52 fédérations sur 57 avaient tenu leurs assemblées générales et que les statuts de 48 fédérations avaient été publiés après approbation. S’agissant de la pratique sportive, les données ministérielles relatives à 2023 font état de 470 281 licenciés, de plus de 2,44 millions de bénéficiaires des programmes Sport pour tous et de 880 850 participants aux tournois de quartier. Ces éléments témoignent de l’existence de démarches institutionnelles et de programmes de pratique effective. Ils ne suffisent toutefois pas à démontrer que la réforme législative est achevée, ni que les recommandations formulées en 2022 sur la révision de la loi et des statuts types, l’amélioration de la situation sociale des sportifs, la mise en place d’un compte satellite du sport et une meilleure répartition des aides et des droits de diffusion ont été pleinement concrétisées. La question pertinente n’est donc pas simplement de savoir si le secteur a évolué, mais de déterminer ce qui a été réalisé sur les plans juridique et financier, ce qui demeure au stade du chantier ou du programme, et quels effets ont réellement atteint les petites associations et les pratiquants des quartiers. Cette évaluation exige des données officielles sur la mise en œuvre des recommandations et sur leurs résultats, avant d’examiner la réalité du « sport des garages », où se mesure la capacité de la politique sportive à atteindre les catégories les moins bien dotées en infrastructures et en ressources.

Que disent les chiffres sur la base de la pratique sportive ?

Parmi les indicateurs mobilisés dans le débat sur l’économie du sport figure le chiffre repris dans l’avis du CESE de 2022 : environ 337 400 pratiquants licenciés, soit moins de 1 % de la population selon les données retenues par le rapport. Ce chiffre doit être considéré comme une donnée citée par le Conseil dans le contexte de son analyse, et non comme une statistique actuelle pour l’année 2026. Il ne faut pas non plus l’utiliser seul pour mesurer l’ensemble de la pratique sportive au Maroc, puisqu’il concerne les licenciés et ne recouvre pas nécessairement toutes les formes d’activité physique exercées en dehors des clubs et des fédérations.

Il soulève néanmoins une question essentielle sur l’étendue de la pratique sportive organisée et sur les obstacles qui empêchent davantage d’enfants et de jeunes d’intégrer un club. Si le sport constitue un levier de santé, d’intégration et d’emploi, l’élargissement de la base des pratiquants devient un objectif de développement, et non un simple indicateur technique relevant des fédérations.

Cette question est également liée à la situation des sportifs, des cadres et des entraîneurs, ainsi qu’à leur accès à l’assurance, à la couverture médicale et à la protection sociale. Une économie sportive ne peut durablement se construire sur une base humaine précaire. La professionnalisation du secteur suppose des règles juridiques et financières garantissant les droits des travailleurs et clarifiant les responsabilités des institutions.

L’économie du sport ne se limite pas aux grands stades

L’un des messages qui ressort de la lecture de Daoudi est que la concentration de l’attention sur les grands projets et le football ne doit pas masquer la diversité réelle de la pratique sportive au Maroc. Le paysage national comprend des disciplines olympiques et non olympiques, des sports individuels et collectifs, des arts martiaux et des disciplines de défense, mais aussi des activités locales portées par de petites associations disposant de ressources limitées.

Cette diversité ouvre des perspectives d’investissement, de formation et d’emploi dont l’impact social peut être important, même si leur volume commercial diffère de celui des grands projets. Chaque discipline a besoin d’entraîneurs, d’arbitres, de gestionnaires, de spécialistes de la préparation physique, de la nutrition, des équipements, de la communication et de l’organisation. Elle a également besoin d’espaces sûrs et encadrés permettant aux pratiquants de progresser.

Il ne s’agit pas de minimiser l’importance du football ou des compétitions internationales, mais d’éviter qu’ils deviennent les principaux critères de répartition de l’attention et des ressources. Si le Maroc ambitionne de développer une économie du sport, cette ambition suppose une vision couvrant l’ensemble de l’écosystème et donnant aux disciplines moins visibles dans les médias de véritables possibilités de structuration et de croissance.

Le « sport des garages » : la périphérie qui révèle les limites du système

Le débat ouvert par Daoudi rejoint l’une des réalités les plus proches de la vie quotidienne : les associations sportives des quartiers populaires, notamment celles qui pratiquent les arts martiaux et les disciplines de défense dans des locaux modestes, couramment désignés sous l’expression de « sport des garages ».

Cette appellation ne décrit pas toujours un simple lieu d’entraînement. Elle renvoie souvent à la réalité d’associations qui travaillent avec des moyens réduits et accueillent des enfants et des jeunes issus de familles qui ne peuvent supporter les coûts d’inscription dans des structures sportives onéreuses. Dans de nombreux cas, le rôle de l’entraîneur ou de l’éducateur dépasse la transmission technique : il comprend l’apprentissage de la discipline, l’orientation, le respect des règles et l’accompagnement des jeunes face au vide social et à certains risques.

Cela ne signifie pas que tous les espaces désignés par cette expression répondent aux exigences de sécurité et d’encadrement, ni que la faiblesse des moyens puisse exonérer les associations de leurs responsabilités. La reconnaissance de leur rôle social doit aller de pair avec la mise en place de conditions de pratique sûres, la qualification des encadrants, le respect des obligations légales, la formation et l’assurance. L’objectif n’est pas d’idéaliser la précarité, mais d’en traiter les causes afin que l’action sportive de proximité ne repose pas exclusivement sur le sacrifice individuel.

C’est ici qu’apparaît toute la portée de la question soulevée par Daoudi, explicitement ou en filigrane : si l’État considère le sport comme un instrument de développement et d’inclusion des jeunes, comment expliquer que les associations qui touchent quotidiennement une partie importante de cette jeunesse demeurent dans une situation financière et organisationnelle difficile ? Comment parler d’une économie sportive productive sans prendre en considération les structures qui forment les pratiquants et les accompagnent avant qu’ils n’accèdent à un grand club ou à une compétition nationale ?

Du travail associatif à l’économie sociale : une proposition qui exige un cadre précis

Daoudi propose d’examiner des modèles économiques et sociaux susceptibles d’aider les petites associations et les clubs à poursuivre leurs activités, tout en réduisant leur dépendance à des aides irrégulières ou aux ressources personnelles des encadrants. Cette piste mérite d’être débattue, notamment si elle permet de concevoir des modèles adaptés à la nature des associations sportives, de préserver leur mission sociale et de leur offrir la possibilité de diversifier leurs ressources et d’améliorer leurs services.

Mais le passage de l’idée à sa mise en œuvre exige une définition juridique et financière précise. Quelle forme convient à chaque catégorie d’acteurs ? À quelles conditions une association peut-elle développer des activités économiques sans perdre sa nature ni s’éloigner de ses objectifs ? Comment séparer les ressources consacrées à l’encadrement sportif des intérêts privés et garantir la transparence de la gestion ?

Le taux de 30 % évoqué par Daoudi dans le cadre de sa réflexion sur les possibilités de soutien à l’investissement doit, quant à lui, être traité comme une proposition nécessitant l’identification du programme ou du dispositif juridique auquel il se réfère. Il ne peut être présenté comme un avantage déjà acquis, automatiquement accessible à toutes les associations. Toute politique applicable suppose de préciser les conditions d’éligibilité, les catégories concernées, la nature des dépenses admissibles ainsi que les organismes responsables du financement et du contrôle.

La révision du cadre juridique du sport, notamment de la loi n° 30-09 et des statuts types des clubs, constitue l’un des chantiers à évaluer au regard de la diversité des réalités sportives. Un club professionnel disposant de ressources humaines, financières et administratives ne fonctionne pas comme une petite association de quartier reposant sur des bénévoles et un entraîneur aux revenus limités. Soumettre tous ces acteurs à des exigences identiques sans tenir compte de leurs capacités respectives risque d’élargir les écarts plutôt que de les réduire.

Investissement sportif : qui en bénéficie et qui reste en dehors du calcul ?

Daoudi place la répartition de l’investissement au cœur du débat. Les grands projets sportifs peuvent fournir des infrastructures importantes, mais ils ne garantissent pas automatiquement l’accès de toutes les catégories de la population aux services sportifs. De même, le volume des investissements ne révèle pas à lui seul l’équité de leur répartition, le nombre réel de bénéficiaires ou la durabilité des emplois créés.

Les politiques sportives devraient donc être évaluées à partir d’un ensemble d’indicateurs complémentaires : nombre de pratiquants, répartition territoriale des clubs, accès aux infrastructures, nombre d’encadrants qualifiés, conditions de travail et de protection sociale, part des petites associations dans les programmes d’aide et résultats obtenus après la fin du financement initial.

Cette approche prend une importance particulière avec les enjeux liés à la Coupe du monde 2030. La préparation de cette échéance peut offrir une occasion de développer les infrastructures, les services et la formation. Elle ne devrait cependant pas devenir l’unique horizon de la politique sportive. L’héritage réel d’un investissement ne se mesure pas seulement aux équipements qu’il laisse derrière lui, mais aussi à sa capacité à élargir la pratique, à améliorer la qualité de l’encadrement et à créer des possibilités durables dans différentes disciplines.

Sport et politique : la crise de confiance ne s’arrête pas aux portes du stade

Daoudi relie la situation du sport à une question plus large : celle du fonctionnement de la vie politique et de la confiance dans les institutions. Au début de son intervention, il évoque le désengagement politique et critique ce qu’il considère comme la transformation de certains partis en espaces d’intérêts particuliers et de relations familiales, au détriment de leur rôle d’encadrement des citoyens et d’élaboration de projets de société.

Ce lien est important, car les politiques publiques ne se construisent pas indépendamment des choix des partis, des orientations gouvernementales et des débats au sein des institutions élues. Le sport nécessite des décisions en matière de budget, de législation, de formation et d’emploi : autant de choix qui relèvent de la responsabilité politique au sens institutionnel du terme.

La portée de cette critique ne réside toutefois pas dans une généralisation à l’ensemble des acteurs, mais dans sa transformation en questions vérifiables. Les programmes gouvernementaux fixent-ils des objectifs sportifs précis et évaluables ? Les ressources allouées et leurs modalités de répartition sont-elles publiées ? Existe-t-il des mécanismes indépendants pour mesurer les résultats des politiques ? Les associations, les professionnels et les sportifs peuvent-ils participer à l’élaboration des décisions qui les concernent ?

En l’absence de tels repères, le citoyen peine à distinguer l’orientation annoncée de la réalisation effective. Lorsque les promesses se répètent sans indicateurs clairs de responsabilité, la confiance dans les institutions et dans l’utilité de la participation publique s’affaiblit. La réforme du sport ne peut donc être dissociée de celle des processus de décision publique et de l’établissement d’une responsabilité fondée sur des résultats mesurables.

Les Assises nationales du sport : d’une référence historique à la mise en œuvre

La réflexion de Daoudi invite à revenir aux références nationales qui ont abordé l’avenir du sport, en particulier les Assises nationales du sport organisées à Skhirat les 24 et 25 octobre 2008, ainsi qu’aux orientations formulées à cette occasion.

L’intérêt de rappeler cette étape est de montrer que la réforme du sport n’est pas un chantier récent et que plusieurs difficultés débattues aujourd’hui renvoient à des questions anciennes : gouvernance, financement, encadrement, infrastructures et élargissement de la pratique. Mais une référence historique ne saurait remplacer une évaluation contemporaine. Il faut déterminer quelles orientations ont été concrétisées, lesquelles ont rencontré des obstacles, quelles conditions ont changé et quelles nouvelles décisions sont nécessaires.

Le retour à ces documents devrait contribuer à construire une mémoire institutionnelle permettant d’éviter la répétition des mêmes diagnostics sans examen des causes de leur mise en œuvre incomplète. Toute nouvelle stratégie doit préciser ce qu’elle hérite des programmes précédents, ce qu’elle entend modifier, comment ses résultats seront mesurés et qui assumera la responsabilité de son exécution et de son suivi.

Sport et développement : que faut-il changer dans les prochaines années ?

La réflexion de Daoudi permet de dégager plusieurs questions opérationnelles qui devraient accompagner toute nouvelle vision gouvernementale du sport.

La première concerne l’élargissement de la pratique sportive organisée : comment permettre aux enfants et aux jeunes d’accéder à des espaces sûrs et encadrés, notamment dans les quartiers et les territoires qui disposent de moins d’équipements ?

La deuxième porte sur le cadre juridique et financier des clubs et des associations. Comment l’adapter à la diversité de leurs dimensions et de leurs missions, afin que les petites structures puissent poursuivre leurs activités sans être dispensées des exigences de transparence et de sécurité ?

La troisième concerne la situation professionnelle et sociale des entraîneurs, des éducateurs et des sportifs. Quelles mesures peuvent leur garantir de meilleures conditions de travail, une couverture médicale, une assurance et une protection sociale ?

La quatrième porte sur la construction d’une économie sportive diversifiée, qui ne se limite ni au football ni aux grands événements, mais intègre les disciplines individuelles et collectives, les arts martiaux et les services liés à la formation, aux équipements et à l’organisation.

La cinquième question concerne la responsabilité publique : quels indicateurs le gouvernement utilisera-t-il pour évaluer sa politique sportive ? Comment les citoyens, les associations et les professionnels pourront-ils vérifier que les ressources consacrées au secteur ont réellement permis d’élargir la pratique, d’améliorer les services et de créer des emplois ?

Ces questions ne diminuent en rien l’importance des grands projets. Elles les inscrivent dans une vision plus globale, où les infrastructures constituent un moyen de développer la pratique et non une fin en soi.

Le message de Daoudi aux responsables : annoncer une orientation ne suffit pas

Daoudi relève la répétition des formulations au futur dans le discours gouvernemental et estime que les engagements relatifs au secteur sportif doivent se traduire par des mesures concrètes, faute de quoi ils risquent de rester au stade des déclarations et des programmes.

La différence entre une orientation politique et une véritable politique publique ne se mesure pas au nombre de fois où le secteur est cité. Elle dépend de l’existence d’objectifs précis, d’échéances annoncées, de ressources identifiées, de responsabilités clairement définies et de mécanismes d’évaluation et de reddition des comptes. Lorsqu’il est annoncé que le sport contribuera à la création d’emplois, il faut préciser les métiers concernés, les conditions d’intégration des travailleurs, les programmes de formation, les garanties sociales et les méthodes permettant de mesurer les emplois effectivement créés.

De même, si le sport est présenté comme un instrument d’inclusion sociale, il devient nécessaire de connaître le volume des aides destinées aux associations de quartier, le nombre de jeunes bénéficiaires et la disponibilité d’espaces de pratique répondant aux exigences de sécurité. Quant à l’objectif de développer l’économie du sport, il nécessite un cadre encourageant l’investissement tout en garantissant l’équité des possibilités, la protection des travailleurs et une répartition qui ne concentre pas les ressources entre un nombre limité de disciplines ou d’institutions.

La responsabilité ne relève pas d’un seul acteur. Elle commence par la clarté des choix gouvernementaux, puis s’étend à l’administration, aux fédérations, aux clubs, aux associations et au secteur privé. Chacun doit pouvoir rendre compte de ce qu’il a accompli, de ce qui n’a pas été réalisé et des raisons qui expliquent les retards, au lieu de se limiter à se renvoyer la responsabilité ou à réaffirmer des intentions.

Conclusion : le « sport des garages », révélateur du sérieux de l’économie sportive

L’intérêt de la réflexion de Mohamed Daoudi tient à ce qu’elle déplace le débat : au-delà de la place du sport dans la déclaration gouvernementale, elle interroge sa position dans le modèle de développement du pays. L’économie du sport ne commence pas uniquement dans les grands stades, les contrats et les investissements massifs. Elle commence aussi à la base de la pratique, avec l’entraîneur qui accompagne les enfants, l’association qui ouvre un espace sportif dans un quartier disposant de peu de ressources et les conditions qui permettent à ces initiatives de durer et de se développer.

Reconnaître le rôle social de ces associations ne suffit cependant pas. Il faut traduire cette reconnaissance en politiques claires, en cadre juridique adapté, en soutien évaluable et en meilleures conditions professionnelles et sociales, tout en garantissant la gouvernance, la sécurité et la transparence. Le sacrifice individuel peut permettre de lancer une initiative, mais il ne peut durablement compenser l’absence d’un système pérenne.

Le « sport des garages » est ainsi bien davantage qu’une expression désignant la précarité de certains lieux d’entraînement. Il constitue un test de la capacité de la politique sportive à atteindre les catégories disposant de peu de ressources et à reconnaître que le développement du sport ne se mesure pas uniquement au nombre d’infrastructures ou aux résultats internationaux. Il se mesure aussi à la capacité du pays à offrir au plus grand nombre la possibilité de pratiquer un sport et d’y progresser.

Le défi lancé par Daoudi aux responsables consiste donc à passer d’un diagnostic répété au fil des années à une mise en œuvre vérifiable, et de l’annonce des ambitions économiques à la mesure des emplois, des possibilités d’intégration et de l’élargissement de la pratique réellement produits. Le succès de l’économie du sport ne se jouera pas uniquement dans les projets les plus visibles, mais également dans les quartiers où les projecteurs ne se tournent pas, et au sein des associations qui attendent que leur contribution sociale cesse de reposer sur des efforts individuels fragiles pour devenir une composante reconnue d’une politique sportive nationale cohérente.

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus