mercredi, septembre 23, 2026
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Lekjaa place le pouvoir d’achat au cœur du programme du PAM : des intermédiaires à la réforme de l’État social

L’intervention de Fouzi Lekjaa, membre du bureau politique du Parti Authenticité et Modernité (PAM), lors du meeting électoral organisé à Kénitra, place le pouvoir d’achat au centre du débat sur le programme présenté par le parti aux électeurs avant le scrutin du 23 septembre. Les détails avancés par Lekjaa montrent toutefois que la question dépasse la simple réduction des prix. Elle s’étend à la manière dont les produits parviennent au consommateur, ainsi qu’aux mesures envisagées dans les retraites, la protection sociale, la fiscalité et les services publics.

L’une des principales propositions présentées par Lekjaa concerne la création de sociétés régionales chargées du transport, de la distribution des produits de consommation et du développement des réseaux correspondants, avec une ouverture du capital aux commerçants, selon des règles qu’il souhaite claires et transparentes. L’objectif affiché est de réduire le nombre d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur, afin de limiter les hausses de prix intervenant au cours de la circulation des marchandises.

Cette proposition soulève une question pratique qui précède toute appréciation de ses résultats : comment les prix évolueront-ils réellement si les circuits de distribution sont réorganisés, et qui assumera le coût de création, de gestion et de contrôle de ces sociétés ? La réduction du nombre d’intermédiaires peut contribuer à diminuer certains coûts, mais le prix final dépend également du transport, du stockage, de l’énergie, des marges commerciales, de la concurrence et de la fiscalité. L’efficacité du dispositif devra donc être mesurée à partir de ses effets sur le marché, et non de la seule annonce d’une nouvelle architecture de distribution.

Du soulagement de la facture à la redistribution des revenus

Le programme proposé intervient sur plusieurs fronts. En plus de la réorganisation de la distribution, Lekjaa a évoqué un dispositif visant à alléger la facture d’électricité des ménages à faible consommation, selon des conditions qui seraient définies dans le programme. Il a également proposé de porter la pension minimale de retraite à 3 000 dirhams par mois et d’améliorer les conditions de bénéficiaires, notamment les veuves, en matière de pension du conjoint décédé. Ces propositions s’inscrivent dans une approche qui relie le pouvoir d’achat au revenu disponible des ménages et aux dépenses qu’ils supportent, plutôt qu’au seul prix des produits.

Sur l’impôt sur le revenu, Lekjaa a évoqué une révision du barème applicable aux salariés, avec des augmentations potentielles du revenu net comprises entre 1 500 et 4 000 dirhams par mois, selon les niveaux de salaire et les prélèvements concernés. Il a également défendu, dans une précédente intervention à Agadir, une révision des tranches et des mécanismes d’exonération, dans l’objectif d’alléger la charge fiscale pesant sur les revenus faibles et moyens, selon l’orientation présentée par le parti.

La différence entre l’annonce d’une réforme fiscale et l’augmentation effective du montant versé sur le compte bancaire passe par des détails qui ne figurent pas dans le chiffre global : nouvelles tranches, seuils d’exonération, nombre de bénéficiaires et incidence sur les recettes publiques. Ce sont ces éléments qui détermineront l’impact réel de la mesure pour chaque catégorie de salariés.

Concernant les aides sociales directes, le parti propose de porter le montant minimal de l’aide à 1 000 dirhams par mois, tout en révisant les critères d’éligibilité. Lekjaa a critiqué la prise en compte de certains biens modestes, comme une bicyclette ou une motocyclette utilisée dans le cadre du travail, parmi les éléments susceptibles d’influencer l’accès à l’aide. Il a appelé à privilégier le revenu réel du ménage et son besoin d’assistance.

Il a également défendu l’idée que l’accès à un emploi ou le lancement d’une activité économique par le chef de famille ne devrait pas entraîner automatiquement la suppression de l’aide. Dans cette conception, le soutien devrait accompagner le ménage durant la période de transition, jusqu’à ce que sa situation lui permette de s’en affranchir.

Le débat prend ici une direction différente de la simple augmentation du montant de l’allocation. Il porte sur la manière de mesurer le besoin social et sur la possibilité de faire du soutien public un accompagnement temporaire vers une amélioration des conditions de vie, plutôt qu’un facteur susceptible de décourager l’acceptation d’un emploi ou la création d’une petite activité. La traduction de cette idée en politique publique exige toutefois des règles précises de détermination des revenus, de réévaluation de l’éligibilité et de prévention des erreurs ou des abus.

L’État social entre couverture et qualité du service

Lekjaa a consacré une partie de son intervention à la jeunesse, en reliant son accompagnement à la formation et à l’accès au marché du travail. Il a évoqué l’encadrement, le financement et l’appui technique destinés aux jeunes souhaitant créer leurs entreprises. Il est également revenu sur la santé et l’éducation, qu’il présente comme des composantes de l’État social défendu par le PAM, estimant que la couverture sanitaire perd une partie de son efficacité lorsque le citoyen ne trouve ni médecin, ni médicament, ni service digne au sein de l’établissement de santé.

Cette approche place le financement au même niveau que la capacité effective des établissements à fournir les prestations attendues. La couverture sanitaire prend en charge une partie du coût des soins, tandis que son effet quotidien dépend de la disponibilité des ressources humaines, des médicaments, des infrastructures et des services. Dans l’éducation, Lekjaa a lié la réforme à la formation des enfants et des jeunes, ainsi qu’aux valeurs de citoyenneté et d’intégration sociale.

Plusieurs propositions de nature différente se retrouvent ainsi sous un même intitulé : l’État social. Certaines concernent directement les revenus, d’autres l’organisation du marché, et d’autres encore la réforme des services publics. Les résultats attendus ne sont pas identiques, pas plus que les délais de mise en œuvre ou les institutions responsables de chaque chantier.

Les chiffres financiers appellent des précisions

La dimension financière soulève une question distincte de celle de la nature des engagements sociaux. Des comptes rendus de la rencontre de Kénitra ont rapporté une estimation du coût global du programme à environ 190 milliards de dirhams sur cinq ans, avec un objectif de maintien du déficit budgétaire autour de 3 %.

D’autres chiffres ont toutefois circulé dans les présentations antérieures de Lekjaa concernant le programme du PAM. En septembre, des articles ont évoqué une enveloppe de 350 milliards de dirhams sur cinq ans, soit 70 milliards par an. Le 21 septembre, Le Site Info a publié, pour sa part, un montant global de 390 milliards de dirhams, dont environ 314 milliards provenant du budget général de l’État.

L’écart entre 190, 350 et 390 milliards de dirhams ne peut pas être traité sur le plan éditorial comme une simple différence de formulation. Il peut s’expliquer par des périmètres de calcul différents, une actualisation des estimations ou une distinction entre plusieurs programmes et sources de financement. Les éléments disponibles ne suffisent cependant pas à établir la raison exacte de cet écart. Le chiffre retenu dans la version définitive du programme doit donc faire l’objet d’une clarification officielle : que couvre-t-il, qu’exclut-il et quelle part serait effectivement supportée par le budget général de l’État ?

La même exigence s’applique à l’objectif de maintien du déficit à 3 %. Ce chiffre ne peut être dissocié des hypothèses de croissance, de l’évolution des recettes fiscales, des dépenses publiques existantes et du coût des nouveaux engagements. Dans d’autres présentations, Lekjaa a déjà lié le financement du programme à des hypothèses relatives à la croissance et aux finances publiques.

Du discours électoral à l’épreuve de l’exécution

Lekjaa a rejeté la qualification de promesses électorales pour les engagements du parti, les présentant comme un programme de décollage économique et social. Lors de la rencontre, il a repris le slogan : « Pas de promesses, pas d’engagements… Lekjaa dispose du concret », en associant la restauration de la confiance à l’exécution et à la reddition des comptes.

Il a appelé les participants à voter pour le candidat du Parti Authenticité et Modernité lors du scrutin du 23 septembre, en insistant sur le fait que le contrôle des élus devait commencer après le vote et ne pas attendre la fin du mandat. Il a également évoqué sa tournée à Arabatoua et dans plusieurs communes du Gharb, où il dit avoir constaté des difficultés liées aux services et aux infrastructures de base.

L’horizon qu’il a présenté s’étend jusqu’en 2031. À cette échéance, selon la vision exposée, les revendications des citoyens devraient dépasser les questions de routes, d’eau, d’électricité, de santé et d’éducation, pour s’orienter vers de nouvelles exigences de développement. Cette évolution reste toutefois liée à la capacité de traiter les priorités qui préoccupent aujourd’hui les ménages, ainsi qu’à la manière de transformer les engagements annoncés en programmes dotés de calendriers, de ressources et de responsabilités clairement définis.

La rencontre de Kénitra a ainsi rassemblé un ensemble étendu de propositions : réorganisation de la distribution, soutien aux revenus, réforme des retraites, révision fiscale, redéfinition des critères d’aide sociale, accompagnement des jeunes et réforme de la santé et de l’éducation. L’évaluation de chaque mesure dépendra de ses modalités précises et de ses effets mesurables. Les divergences entre les estimations financières devront également être clarifiées avant que l’un de ces chiffres puisse être retenu comme référence définitive du programme.

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