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Fouzi Lekjaa : quand les conventions deviennent des réalisations politiques, qui porte le résultat et qui en revendique le mérite ?

Lors d’une rencontre partisane tenue à Nador dimanche 20 septembre 2026, Fouzi Lekjaa, membre du bureau politique du Parti authenticité et modernité (PAM) et ministre délégué chargé du Budget, a critiqué ce qu’il considère comme une tendance à se prévaloir des projets et des conventions et à attribuer les réalisations à une formation politique particulière. « Nous n’avons jamais cherché à nous vanter d’une réalisation. Ce qui est fait est pour le Maroc et ceux qui en bénéficient sont les Marocains », a-t-il déclaré, selon les comptes rendus publiés de la rencontre.

La formule paraît simple. Sa portée dépend pourtant de ce qu’elle devient une fois sortie de la salle du meeting. Une convention signée devant les caméras ne signifie pas nécessairement qu’un projet est entré dans sa phase d’exécution. Et un projet lancé ne garantit pas, à lui seul, que les objectifs annoncés seront atteints. Entre l’annonce et le résultat, il existe les étapes du financement, de la mise en œuvre, du suivi et de l’évaluation. C’est à ce moment-là que l’on découvre si le citoyen reçoit effectivement un service, une infrastructure, une opportunité ou une amélioration concrète de ses conditions de vie.

C’est précisément ce qui donne un intérêt particulier aux propos de Lekjaa. Lorsqu’il affirme que ce qui est réalisé appartient au Maroc et que les bénéficiaires sont les Marocains, il pose un principe : l’action publique ne devrait pas devenir une propriété partisane. Mais un principe, aussi clair soit-il, ne règle pas à lui seul la question de la responsabilité. Qui a décidé ? Qui a financé ? Qui a exécuté ? Qui contrôle ? Et qui répond des retards ou des résultats insuffisants ? La formule ne suffit pas à répondre à ces questions.

De la signature d’une convention à la mesure de son impact

Dans le même contexte, Lekjaa a critiqué la transformation des conventions en supports de communication politique, estimant que certains responsables en viennent à dire « j’ai fait ceci, j’ai fait cela », jusqu’à se prévaloir désormais de la simple signature d’une convention.

La vie politique a évidemment besoin de rendre compte de l’action publique. Les gouvernements, les collectivités et les partis ont à expliquer les programmes qu’ils portent et à présenter leurs bilans. La difficulté apparaît lorsque l’annonce finit par tenir lieu de résultat, ou lorsqu’une convention est présentée comme un bénéfice acquis alors que le citoyen ne peut encore mesurer son effet réel.

La question devient plus sensible encore lorsque les projets mobilisent plusieurs institutions : gouvernement, collectivités territoriales, établissements publics ou partenaires économiques. Attribuer une réalisation à un seul acteur peut effacer les contributions des autres. À l’inverse, présenter tout projet comme une œuvre impersonnelle de « l’État » peut rendre plus difficile l’identification de la responsabilité politique. Reconnaître le caractère public d’une réalisation n’empêche donc pas de savoir qui a pris les décisions et qui doit répondre de leur mise en œuvre.

Le sujet n’est pas de supprimer les noms de ceux qui ont travaillé sur un projet, ni d’empêcher les partis de défendre leur bilan. Il est de distinguer la décision politique, le financement, l’exécution et le résultat effectivement obtenu. C’est cette distinction qui donne au bilan public une portée qui dépasse la communication électorale.

Les jeunes : passer de l’attente d’un emploi à la capacité d’entreprendre

Sur la question de la jeunesse, Lekjaa a insisté sur l’accompagnement, la formation et l’encouragement à la création d’entreprises, tout en évoquant la facilitation de l’accès au premier logement. Il a également estimé que laisser les jeunes sans formation, sans accompagnement et sans possibilités d’initiative revient à perdre des ressources humaines dont le Maroc a besoin.

Ces priorités recouvrent plusieurs réalités différentes. Une formation ne produit pas nécessairement un emploi simplement parce qu’elle a été dispensée. Une entreprise ne devient pas viable du seul fait qu’une aide à sa création existe. Et l’accès au premier logement ne dépend pas uniquement d’une mesure administrative ou d’un mécanisme de soutien. Il faut aussi tenir compte des revenus, du financement, de la qualité de l’accompagnement, de l’accès au marché et de la capacité du jeune à supporter durablement le coût du logement.

Le véritable test d’une politique destinée aux jeunes ne se limite donc pas au nombre de bénéficiaires inscrits dans un programme. Il suppose de savoir combien trouvent effectivement un emploi, combien d’entreprises survivent après leur création, combien accèdent réellement au financement ou au marché, et dans quelle mesure les dispositifs de logement atteignent ceux qui rencontrent les difficultés les plus importantes.

Ce sont des questions de suivi et de résultats. Elles nécessitent des données, pas seulement des déclarations sur les priorités.

Aide sociale : qui est éligible et qui doit cotiser ?

Lekjaa a ensuite abordé la question du ciblage des aides sociales. Il a plaidé pour une prise en compte plus précise des revenus réels des ménages et évoqué la possibilité de porter certaines aides de 500 à 1 000 dirhams pour les catégories qui y ont droit.

Dans le même cadre, il a évoqué les difficultés liées à l’Assurance maladie obligatoire, en citant le cas de personnes classées dans des catégories professionnelles qui ne correspondent pas à leur situation réelle : un citoyen considéré comme agriculteur alors qu’il ne l’est pas, ou comme commerçant alors qu’il n’exerce aucune activité commerciale.

La question dépasse alors le montant de l’aide. Elle touche à la manière dont l’administration identifie les bénéficiaires, actualise leurs situations et corrige les erreurs de classification. Une politique sociale ciblée suppose des données suffisamment précises pour distinguer les situations, mais aussi des mécanismes permettant de réviser une classification lorsque les revenus ou l’activité d’une personne changent.

Lekjaa a défendu l’idée selon laquelle l’État doit prendre en charge les cotisations de ceux qui en ont besoin, tandis que les personnes disposant des moyens nécessaires devraient pouvoir assumer leurs propres contributions. La mise en œuvre d’un tel principe exige cependant des critères précis pour déterminer la capacité contributive, ainsi qu’un mécanisme permettant de tenir compte des changements de situation.

Sur ce point, les déclarations rapportées ne détaillent pas encore suffisamment les modalités d’une éventuelle révision des mécanismes existants. C’est précisément à ce niveau que le discours politique devra rencontrer l’administration, les données et les règles d’application.

L’État social ne se résume pas au transfert monétaire

Lekjaa a également refusé de réduire l’État social aux aides directes et à l’Assurance maladie obligatoire. Il a associé son aboutissement à un système de santé garantissant la dignité des Marocains, à une école capable de préparer les enfants des familles marocaines, ainsi qu’à des politiques consacrées à l’emploi, à la formation et au logement.

Cette conception élargit nécessairement le débat. Un transfert monétaire peut aider une famille à faire face à certaines dépenses. Une couverture médicale peut élargir l’accès aux soins. Mais l’efficacité globale d’une politique sociale dépend aussi de la qualité des services, de leur disponibilité, de leur proximité et de leur continuité.

Le citoyen qui cherche à se soigner a besoin d’un service accessible et fonctionnel. La famille qui scolarise ses enfants attend un enseignement de qualité. Le jeune qui cherche à travailler a besoin de compétences utiles et d’un environnement économique capable de créer des opportunités.

Inscrire ces domaines dans un programme ne suffit donc pas. Leur évaluation commence lorsque les politiques publiques produisent des effets observables dans la vie quotidienne.

Que reste-t-il du discours ?

Les comptes rendus disponibles de la rencontre de Nador font apparaître un discours centré sur l’impact concret des projets, sur une conception plus large de l’État social et sur une critique de la personnalisation des réalisations publiques autour des conventions signées.

Mais les déclarations rapportées ne constituent pas, à elles seules, un programme d’exécution détaillé. Elles ne précisent notamment pas les modalités concrètes d’une éventuelle augmentation des aides, les mécanismes de révision des classifications professionnelles ou les indicateurs qui permettraient de mesurer les résultats des politiques évoquées.

C’est à ce niveau que le débat peut passer du discours politique à l’évaluation de l’action publique.

Un projet qui bénéficie aux citoyens peut être présenté comme une réalisation du Maroc. Mais le citoyen a aussi besoin de savoir quelle institution l’a porté, quelles ressources ont été mobilisées, qui en assure l’exécution, quels résultats ont été obtenus et ce qui reste à réaliser.

La formule de Lekjaa — « ce qui est fait est pour le Maroc et ceux qui en bénéficient sont les Marocains » — pose donc une ligne de partage. Elle ne permet pas, à elle seule, de mesurer la qualité d’une réalisation. De même, refuser la logique de la mise en scène politique ne règle pas la question de la responsabilité.

Le critère concret reste ailleurs : dans les informations qui permettent au citoyen de comprendre ce qui a été réalisé, de demander des comptes sur ce qui ne l’a pas été, et surtout de distinguer une convention annoncée d’un résultat devenu réellement visible dans sa vie quotidienne.

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