mardi, août 25, 2026
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Les œufs sont disponibles, mais les prix montent : le consommateur paie le prix d’un marché dont il ne comprend pas comment se forment les prix.

Il n’a pas fallu que les œufs disparaissent des marchés marocains pour que leurs prix repartent à la hausse. C’est précisément ce qui rend le mouvement actuel plus intéressant qu’un simple nouveau chiffre affiché sur les marchés de gros.

Il y a quelques semaines à peine, le tableau était différent. L’abondance de la production avait ramené le prix de l’œuf, dans certains circuits, autour de 60 centimes, après plusieurs mois durant lesquels les prix avaient atteint des niveaux nettement plus élevés. Puis la demande a commencé à reprendre une partie de sa vigueur et les prix sont repartis à la hausse, oscillant dans plusieurs villes entre 80 et 90 centimes, jusqu’à atteindre un dirham ou davantage sur certains marchés.

Aujourd’hui, à l’approche de la rentrée scolaire et alors que l’activité estivale se poursuit, la question revient, mais sous un autre angle : si les œufs sont disponibles, pourquoi leur prix ne baisse-t-il pas ?

Les professionnels avancent plusieurs explications.

Khalid Idrissi, secrétaire général de l’Association nationale des commerçants et distributeurs d’œufs de table au Maroc, relie la hausse actuelle à plusieurs facteurs qui se conjuguent : la demande liée à la fête du Mawlid, la poursuite des vacances d’été et l’augmentation de la consommation qui les accompagne, mais aussi les fortes températures et la baisse des liquidités disponibles chez certains opérateurs. Il évoque également le soupçon d’une intensification des exportations vers la Mauritanie.

Ce dernier élément reste toutefois, au regard des données disponibles, un soupçon professionnel et non un fait établi. Le simple fait que des exportations soient évoquées ne suffit pas à démontrer que le marché marocain aurait perdu une partie de son offre à cause de volumes importants expédiés vers la Mauritanie.

D’autres professionnels présentent d’ailleurs une lecture différente.

Aziz Admo estime que le marché connaît actuellement une relative stabilité en termes d’abondance de l’offre, avec une demande intérieure toujours présente, et affirme ne disposer d’aucun indicateur faisant état, à ce stade, d’une activité d’exportation d’œufs vers la Mauritanie. Selon lui, les quantités disponibles sur le marché permettent de répondre aux besoins de la consommation.

C’est ici que se dessine le paradoxe central : le débat ne porte pas tant sur la présence des œufs que sur la manière dont cette abondance se transforme en prix payé par le consommateur.

Sur le marché de gros, le prix de l’œuf moyen se situe actuellement, selon les données professionnelles disponibles, entre 0,93 et 0,95 dirham, tandis que le gros calibre atteint environ un dirham. Ces niveaux sont supérieurs à ceux observés durant la précédente phase d’abondance, lorsque les prix étaient descendus autour de 65 à 70 centimes au départ des exploitations.

Cette volatilité n’est pas nouvelle dans le secteur. En mai dernier, les professionnels faisaient état d’une offre importante et d’une baisse sensible des prix, après une progression de la production supérieure à la demande. La nature rapidement périssable des œufs avait alors contraint les producteurs à réduire leurs prix pour écouler leur production et limiter leurs pertes.

Autrement dit, le Maroc n’est pas simplement passé d’une « pénurie » à une « abondance ». Le marché semble plutôt évoluer dans un système où les prix réagissent rapidement aux variations de la demande, alors que la production ne peut pas s’ajuster au même rythme.

Une autre hypothèse intervient alors, avancée par des professionnels ayant requis l’anonymat : celle de pratiques spéculatives imputées à certains intermédiaires et entreprises, qui achèteraient d’importantes quantités directement auprès des exploitations pour les stocker et, selon ces sources, influencer ainsi les volumes disponibles et pousser les prix à la hausse.

Là encore, ces accusations nécessitent des éléments permettant de les établir. Une hausse des prix ne suffit pas à démontrer l’existence d’un stockage spéculatif ou d’une manipulation du marché. De même, une hausse saisonnière de la demande ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’une spéculation.

Mais le fait que ces deux récits apparaissent au même moment révèle un problème plus profond du marché des œufs : le consommateur ne voit pas la chaîne de formation du prix. Il ne voit que le prix final.

L’œuf quitte l’exploitation à un certain prix, transite par le commerce de gros et la distribution, puis arrive chez le détaillant à un autre niveau. Entre ces étapes existent des coûts réels, mais aussi une zone dans laquelle il devient beaucoup plus difficile, pour le consommateur, de comprendre qui explique réellement l’écart.

Cette tension était déjà apparue lors des précédentes vagues de hausse. En mars, les producteurs évoquaient une production quotidienne proche de 23 millions d’œufs, avec un excédent de production, alors que le prix payé par le consommateur pouvait atteindre 1,50 dirham sur certains marchés.

Quelques semaines plus tard, le scénario s’inversait. L’abondance de l’offre entraînait une forte baisse des prix. En mai, l’œuf se négociait entre 60 et 90 centimes selon les circuits de distribution.

Cette succession rapide de phases raconte quelque chose d’important sur le secteur : le problème ne réside pas toujours dans la quantité produite au Maroc, mais dans la capacité du marché à absorber cette production et à organiser son passage du producteur au consommateur.

La rentrée scolaire pourrait donc constituer un nouveau test plutôt qu’une simple occasion supplémentaire d’augmentation de la demande. Si la consommation continue de progresser alors que la production reste à ses niveaux actuels, les prix subiront naturellement une pression supplémentaire. Si, en revanche, l’offre demeure abondante, la hausse actuelle pourrait rester limitée dans le temps.

La différence entre ces deux scénarios ne sera pas tranchée par les déclarations, mais par l’évolution réelle de la production et de la demande, les coûts de distribution et la confirmation — ou non — de l’existence de volumes quittant effectivement le marché intérieur par l’exportation ou le stockage.

À ce stade, les données disponibles ne permettent pas de parler d’une véritable pénurie d’œufs sur le marché marocain. Les éléments avancés par les professionnels ces derniers mois renvoient plutôt à une production élevée, accompagnée de variations rapides de la demande et des prix.

Voilà pourquoi la hausse de l’œuf jusqu’à un dirham n’est pas, à elle seule, le véritable sujet.

Le sujet est plus large : un marché qui produit en quantité peut passer, en quelques mois, d’un excédent qui fait baisser les prix et fragilise les producteurs à une hausse qui pèse sur les consommateurs. Entre les deux, la chaîne intermédiaire reste la partie la moins lisible pour le citoyen.

C’est précisément ce qui donne à la rentrée scolaire son importance. Non pas parce qu’elle constitue une nouvelle occasion d’acheter des œufs, mais parce qu’elle permettra de voir si la hausse actuelle n’est qu’un rebond temporaire après une période de ralentissement, ou le début d’un nouveau cycle dans lequel les prix deviendraient plus sensibles à la demande qu’à la capacité de la production à y répondre.

Dans un marché aussi volatil, il ne suffit donc pas de savoir combien d’œufs le Maroc produit. Il faut surtout savoir qui détermine leur prix et comment ce prix passe de l’exploitation à la table des ménages.

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