Entre fuites de départs et question de compétence : pourquoi l’État ne cherche-t-il pas les hommes de la prochaine étape avant de chercher des remplaçants ?
Au Maroc, le même scénario semble se répéter chaque fois qu’une échéance institutionnelle ou politique importante approche. L’histoire commence souvent par une fuite discrète qui s’infiltre dans les médias et sur les réseaux sociaux, avant de devenir un sujet de débat public. Très vite, l’attention se focalise davantage sur ceux qui pourraient quitter leurs fonctions que sur ceux qui seraient capables de construire l’avenir.
C’est dans ce contexte que circulent aujourd’hui des informations évoquant un possible départ de Fayçal Laâraichi de la Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision (SNRT) ainsi que celui d’Abdelhamid Addou de la Royal Air Maroc, après les célébrations de la Fête du Trône.
Mais la véritable question n’est peut-être pas de savoir qui partira. Elle est plutôt de savoir qui viendra ensuite. Plus encore, elle concerne les mécanismes par lesquels sont choisis les responsables appelés à diriger les institutions stratégiques qui incarnent l’image du Maroc à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières.
Car lorsqu’on observe la SNRT, il ne s’agit pas simplement d’un groupe audiovisuel public. Il s’agit d’un outil majeur de souveraineté, d’influence et de rayonnement national. Les grandes nations ne mesurent pas la puissance de leurs médias uniquement à travers les taux d’audience ou le volume des programmes diffusés, mais aussi par leur capacité à défendre les intérêts stratégiques de leur pays, à expliquer ses choix, à accompagner ses grandes causes et à produire un récit national crédible dans un monde où l’information est devenue un champ de bataille permanent.
Depuis plus de deux décennies, l’État marocain a investi des ressources considérables dans le secteur audiovisuel public. Les chaînes se sont multipliées, les infrastructures se sont modernisées et les budgets ont augmenté. Pourtant, une interrogation demeure : l’influence a-t-elle progressé au même rythme que les investissements ? Le service public audiovisuel est-il devenu une véritable force de soft power capable de porter la voix du Royaume sur les scènes régionale et internationale ?
La même réflexion s’impose à propos de la Royal Air Maroc. Une compagnie aérienne nationale n’est pas un simple opérateur de transport. Elle représente un levier économique, touristique, diplomatique et stratégique. Son efficacité influence directement l’attractivité du pays, sa connectivité internationale et sa capacité à accompagner les grands projets de développement.
Derrière le débat sur le maintien ou le départ de certains dirigeants se cache cependant une interrogation plus profonde : les institutions marocaines souffrent-elles d’une crise d’hommes ou d’une crise de sélection des élites ?
Cette question ouvre naturellement une autre réflexion, plus audacieuse encore : pourquoi tant de compétences nationales reconnues, ayant fait leurs preuves sur le terrain, restent-elles éloignées des centres de décision lorsque vient le moment de renouveler les responsabilités ?
Dans ce cadre, le nom du journaliste, écrivain et dirigeant sportif Jamal Soussi apparaît comme l’exemple d’un profil dont le parcours alimente inévitablement le débat sur la compétence et la légitimité. Fort de plus de trente années d’expérience dans le journalisme, l’analyse politique, économique et sportive, il s’est distingué par une production intellectuelle quotidienne qui dépasse le simple traitement de l’actualité pour proposer une lecture stratégique des événements, de leurs causes profondes et de leurs implications nationales et internationales.
Son expérience ne se limite pas au domaine médiatique. Elle s’étend également au monde du sport, à travers son implication dans le développement et la structuration des sports de combat modernes au Maroc, ses responsabilités à la tête de la Fédération Royale Marocaine de Jiu-Jitsu Brésilien et d’Arts Martiaux Mixtes, ainsi que ses liens avec plusieurs institutions sportives continentales et internationales. Un parcours qui conjugue gestion, communication, vision stratégique et conduite de projets.
Il ne s’agit pas ici de défendre une personne en particulier, mais de poser une question plus large : comment un pays riche en compétences peut-il continuer à chercher ses dirigeants dans un cercle restreint alors que de nombreux profils expérimentés démontrent quotidiennement leur capacité à produire des résultats, à porter des projets et à incarner une vision ?
Les expériences internationales les plus réussies montrent que le renouvellement institutionnel ne consiste pas seulement à remplacer des individus. Il implique l’introduction de nouvelles idées, de nouvelles méthodes et de nouvelles ambitions. La réforme ne commence pas lorsqu’un responsable quitte son bureau ; elle commence lorsqu’une institution trouve une personnalité capable de lui donner un nouveau souffle et une nouvelle direction.
La SNRT a besoin de plus qu’un gestionnaire administratif. Elle a besoin d’une vision capable de considérer l’information comme un enjeu de souveraineté nationale. Le sport marocain a besoin de plus qu’un simple administrateur ; il a besoin de dirigeants convaincus que le sport est également une industrie économique, un instrument diplomatique et un moteur de cohésion sociale. Quant aux établissements publics dans leur ensemble, ils ont besoin de responsables capables d’associer expertise, expérience de terrain, capacité d’innovation et proximité avec les citoyens.
Ainsi, les fuites concernant d’éventuels départs apparaissent finalement moins importantes que la question restée sans réponse : le Maroc dispose-t-il aujourd’hui de mécanismes suffisamment efficaces pour identifier, valoriser et promouvoir ses meilleures compétences nationales vers les plus hautes responsabilités ?
Car au bout du compte, des responsables partiront, d’autres arriveront. Mais le véritable défi demeurera inchangé : veut-on simplement changer les occupants des postes ou transformer la manière même de concevoir la responsabilité publique ?
Les nations ne progressent pas parce qu’elles remplacent des visages par d’autres. Elles progressent lorsqu’elles font de la compétence, de l’expérience, de la vision et du mérite les critères naturels de l’accès aux responsabilités. Ce jour-là, la question ne sera plus de savoir qui quitte la scène, mais qui possède réellement la capacité de conduire le Maroc vers la prochaine étape de son développement.


