À Fès, un nom politique ne revient jamais par hasard dans le débat public, pas plus qu’il ne disparaît sans laisser de traces dans la mémoire collective de la ville. Capitale intellectuelle et espace politique à forte densité historique, Fès ne traite pas les échéances électorales comme de simples rendez-vous périodiques, mais comme des moments de recomposition silencieuse des équilibres locaux. Dans ce contexte, le retour du nom de Hamid Chabat dans les conversations politiques locales, à l’approche des prochaines élections, n’est pas passé inaperçu, même en l’absence de toute déclaration officielle sur un éventuel retour actif sur la scène politique.
En politique, parfois, le simple fait d’être évoqué devient en soi un événement. À Fès, le nom de l’ancien maire et ex-secrétaire général de l’Istiqlal réapparaît au cœur des discussions, des projections et des spéculations, alimentées par l’idée de ce qu’il pourrait représenter dans la configuration électorale à venir. Qu’il s’agisse d’une candidature directe ou d’une influence indirecte à travers ses réseaux sociaux et ses relais locaux, son nom continue d’occuper une place dans l’imaginaire politique de la ville.
Mais au-delà de la personne, c’est sa position dans la mémoire politique de Fès qui retient l’attention. Hamid Chabat reste l’une des figures les plus controversées de l’histoire politique récente de la ville. À différentes étapes, il a su s’imposer comme un acteur central, combinant ancrage populaire et capacité à peser sur les équilibres partisans locaux. Ainsi, sa simple réapparition dans le débat suffit à raviver des interrogations sur la configuration de la compétition électorale et sur la manière dont les rapports de force pourraient être reconfigurés.
Cependant, cette résurgence médiatique et politique dépasse largement le cas individuel. Chaque fois qu’un nom politique ancien revient au centre du débat, une question plus profonde refait surface au sein de la vie partisane marocaine : existe-t-il réellement, dans le pays, d’autres figures capables de remplacer ces acteurs qui ont passé des décennies dans les arènes électorales et maîtrisent parfaitement les codes du jeu politique local ?
C’est ici que le débat quitte les individus pour interroger la structure elle-même. Les partis politiques, qui affirment régulièrement leur volonté de renouvellement et d’ouverture aux jeunes, se retrouvent, à chaque échéance, confrontés aux mêmes visages. Les nouvelles générations, elles, sont souvent cantonnées aux espaces symboliques : forums, conférences, mobilisation électorale de terrain, sans véritable accès aux centres de décision où se construisent les investitures, se négocient les candidatures et se distribuent les positions de pouvoir.
Dans ces conditions, le problème ne réside pas uniquement dans la persistance des anciennes figures, mais dans la difficulté structurelle des partis à produire une relève politique solide et autonome. L’espace de transition vers le leadership reste étroit, contrôlé, et parfois verrouillé par des logiques internes de fidélité, d’équilibre et de continuité organisationnelle.
Ainsi, le retour du nom de Hamid Chabat dans le débat public fassi ne révèle pas seulement la persistance d’une influence symbolique, mais met également en lumière les limites du processus de renouvellement des élites politiques locales. À chaque cycle électoral, les mêmes noms refont surface, non seulement en raison de leur poids personnel, mais aussi en raison de l’absence de figures alternatives suffisamment structurées pour s’imposer dans le jeu électoral.
À Fès, cette situation prend une dimension particulière. La ville, historiquement productrice de cadres politiques, intellectuels et économiques, semble aujourd’hui prise dans une tension entre mémoire et renouvellement. Chaque échéance électorale ravive les figures du passé, comme si l’avenir politique peinait encore à s’incarner pleinement dans de nouveaux visages.
Dès lors, la réapparition du nom de Hamid Chabat ne dit pas seulement quelque chose de lui, mais révèle surtout une dépendance persistante du système politique local à des figures connues, capables de structurer l’espace électoral. Mais elle souligne aussi une question plus fondamentale : le Maroc est-il en train de réussir la transition vers de nouvelles élites politiques, ou reste-t-il prisonnier d’un cycle de reproduction des mêmes acteurs à chaque échéance électorale ?
Au fond, la véritable interrogation n’est peut-être pas de savoir si Hamid Chabat reviendra ou non, mais de comprendre pourquoi le champ politique continue d’avoir besoin de la possibilité même de ce retour. Et c’est peut-être là que se joue, plus que dans tout autre élément, l’avenir des dynamiques politiques locales et nationales.


