mercredi, mai 27, 2026
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76 milliards de dirhams de soutien public : quand la richesse de l’État se dilue entre promesses de stabilisation des prix et une réalité qui révèle un fossé persistant entre l’argent public et le pouvoir d’achat des citoyens

À un moment où les chiffres croisent la politique et où le “soutien public” devient le miroir de questions plus profondes que de simples équilibres budgétaires, un travail journalistique relance le débat sur la manière dont la richesse publique est distribuée, et sur la frontière de plus en plus floue entre gestion économique et rapports de القوة au sein des sphères de décision.

Le journaliste Youssef El Hirch, intervenant dans l’émission “Min Rabat” diffusée par “Sawt Al Maghreb”, a livré une lecture chiffrée et politique de ce qu’il présente comme des données préoccupantes concernant l’ampleur des soutiens publics destinés à des secteurs stratégiques, notamment agricoles. Selon lui, près de 76 milliards de dirhams auraient été mobilisés à travers différents mécanismes sans que cela ne se traduise de manière tangible par une amélioration du pouvoir d’achat ou une baisse durable des prix sur le marché. Ces chiffres, issus d’une enquête journalistique et non de données officielles consolidées, ouvrent néanmoins un champ de questionnement sur la gouvernance des politiques publiques dans un contexte de tension sociale et économique.

Ce montant global ne renvoie pas à une enveloppe unique, mais à un ensemble de mécanismes imbriqués : coût de la suspension des droits de douane sur l’importation de bovins et d’ovins, exonérations sur les céréales, ainsi que subventions directes liées aux aliments pour bétail, au transport et à certaines mesures conjoncturelles. Cette superposition d’outils rend la lecture du flux de l’argent public particulièrement complexe pour le citoyen, et pose la question de la transparence dans la conception même des politiques de soutien.

Au cœur de cette architecture, la suspension des droits de douane est évaluée, dans cette enquête, à environ 28,7 milliards de dirhams. Présentée initialement comme une mesure visant à stabiliser les prix et à augmenter l’offre sur les marchés, cette décision s’inscrivait dans une logique d’ouverture des importations pour faire face aux tensions inflationnistes. Mais l’enjeu soulevé ici dépasse la mesure elle-même : il concerne son efficacité réelle et la question de savoir si les bénéfices attendus ont effectivement atteint le consommateur final ou s’ils ont été absorbés par les intermédiaires et les circuits d’importation.

La même interrogation apparaît dans le dossier des céréales, où les exonérations douanières auraient atteint environ 21 milliards de dirhams depuis le début du mandat gouvernemental actuel. L’enjeu n’est plus seulement technique mais structurel, lié à l’organisation d’un marché dominé par un nombre limité d’acteurs et à la dépendance stratégique vis-à-vis des importations. Cela soulève, en filigrane, la question de la sécurité alimentaire et du degré de résilience du système économique face aux chocs extérieurs.

Le troisième volet concerne les aides directes, estimées à environ 26,1 milliards de dirhams. Selon les éléments présentés, une part importante de ces aides aurait été orientée vers les aliments pour bétail et le maintien du cheptel, sans pour autant produire une stabilisation durable des prix de la viande rouge ou des sacrifices de l’Aïd. Le débat se déplace alors vers l’efficacité des mécanismes de contrôle et de suivi, ainsi que sur la capacité de l’État à conditionner ses aides à des résultats mesurables et vérifiables.

Dans cette perspective, le soutien public apparaît moins comme un instrument neutre que comme un outil dont l’impact dépend étroitement de son encadrement institutionnel. L’enjeu ne réside pas uniquement dans le volume des ressources engagées, mais dans leur gouvernance, leur traçabilité et leur capacité à produire un effet réel sur les équilibres du marché.

Au-delà des chiffres, c’est la relation entre économie et pouvoir qui se trouve interrogée. Lorsque les politiques publiques croisent des réseaux d’intérêts économiques structurés, la frontière entre décision technique et influence devient plus difficile à percevoir. C’est précisément dans cette zone grise que se construit la polémique, non pas seulement sur l’usage des fonds publics, mais sur la manière dont les choix économiques sont élaborés et sur les logiques qui les sous-tendent.

Dans ce paysage, le citoyen reste l’acteur le plus exposé et le moins en mesure de décrypter la complexité des circuits financiers. Entre des décisions prises dans l’urgence de la conjoncture et une réalité sociale qui ne reflète pas toujours leurs effets, l’écart se creuse entre la promesse des politiques publiques et leur traduction dans la vie quotidienne.

Au terme de cette lecture, aucune conclusion définitive ne s’impose. Mais une interrogation demeure, persistante et centrale : le problème réside-t-il dans le volume du soutien public, ou dans la manière dont il est conçu, distribué et transformé en impact réel sur la société ?

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