Soutien à l’importation du bétail et projet de liaison hydraulique : des chiffres lourds et des interrogations persistantes sur la gouvernance et l’efficacité de l’action publique
Dans le cadre de la discussion du bilan d’action du gouvernement à la Chambre des représentants, le dossier du soutien à l’importation des bovins et des ovins a ravivé un débat sensible autour de la transparence dans la gestion des deniers publics et des critères d’attribution des aides étatiques. Des déclarations du président du groupe parlementaire du PJD, Abdallah Bouano, ont mis en avant des données jugées controversées concernant le volume des bénéficiaires et la structuration de ce dispositif.
Selon les chiffres avancés, le soutien global à l’importation du bétail sur la période 2021-2025 aurait atteint environ 61 milliards de dirhams. Ce montant se répartirait entre 13 milliards de dirhams consacrés directement aux opérations d’importation, une aide de 500 dirhams par tête d’un montant total estimé à 470 millions de dirhams, ainsi qu’environ 15 milliards de dirhams liés aux besoins en devises. Présentés dans l’hémicycle, ces chiffres interrogent sur l’impact réel de cette politique sur les prix du marché et sur le consommateur final.
L’un des points les plus sensibles concerne toutefois la concentration des bénéficiaires. Bouano affirme que le nombre total ne dépasserait pas 370 personnes, dont une dizaine de parlementaires. Il évoque également des cas où certains bénéficiaires auraient reçu d’importants volumes de bétail avant de les revendre par la suite, soulevant ainsi des questions sur les mécanismes de contrôle et d’équité dans l’accès aux aides publiques.
Au-delà du seul secteur de l’élevage, le débat s’est élargi à la fiabilité des données relatives au cheptel national, que le député met en doute. Dans un contexte où les prix des sacrifices atteignent des niveaux élevés avoisinant les 5 000 dirhams, la pression sur le pouvoir d’achat des ménages devient un indicateur central de l’efficacité des politiques publiques agricoles et sociales.
Cette tension entre les chiffres officiels et la réalité vécue par les citoyens met en lumière un décalage structurel entre les objectifs affichés des politiques de soutien et leurs résultats concrets sur le marché. Elle relance également la question de la gouvernance des dispositifs de subvention et de leur capacité à garantir une répartition équitable des ressources.
Dans un autre registre, le projet de liaison hydraulique entre les bassins de l’Oum Er-Rbia et du Sebou a également fait l’objet de critiques. Bouano a dénoncé les modalités de passation du marché, évoquant une procédure négociée et un recours à une dérogation datée du 27 décembre 2022, pour un montant global estimé à 5,9 milliards de dirhams réparti entre quatre entreprises. Ce projet stratégique, lié à la question de la sécurité hydrique, se retrouve ainsi lui aussi au cœur des débats sur la transparence des marchés publics.
Entre soutien agricole et grands projets d’infrastructure, c’est une même problématique qui se dessine : celle de la gouvernance des finances publiques dans un contexte de fortes tensions économiques et sociales. Au-delà des chiffres, ce débat renvoie à une interrogation centrale sur l’efficacité réelle des politiques publiques et leur capacité à produire un impact tangible sur la vie quotidienne des citoyens.


