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Le RNI après le recul électoral : Mohamed Choukri ouvre la porte du prochain gouvernement et laisse la décision au Conseil national

Le communiqué du bureau politique du Rassemblement national des indépendants (RNI), publié le 30 septembre 2026, place le parti devant trois tâches simultanées : interpréter son recul dans les résultats électoraux, gérer la transition d’Aziz Akhannouch vers la présidence de Mohamed Choukri, et déterminer sa place dans le prochain gouvernement. Entre ces trois dossiers, le bureau politique a choisi d’annoncer sa disponibilité à participer au gouvernement, tout en renvoyant la décision finale au Conseil national, convoqué samedi 3 octobre à Rabat.

Cette formule laisse au parti une marge de manœuvre dans les consultations politiques, sans arrêter à l’avance la forme de sa participation ni ses éventuelles conditions. Le communiqué affiche donc une orientation claire en faveur de la poursuite de l’action gouvernementale, tout en laissant à l’instance partisane compétente le soin de prendre la décision définitive, à la lumière des consultations et des données de la nouvelle étape.

La réunion, présidée par Mohamed Choukri mardi 29 septembre au siège central du parti à Rabat, ne portait pas uniquement sur les élections. L’ordre du jour, tel qu’il apparaît dans le communiqué, comprenait l’évaluation de la période politique qui a suivi le scrutin ainsi que l’examen des orientations et des choix devant encadrer l’action du parti durant la prochaine phase. Mais l’enchaînement des positions adoptées montre que le RNI cherche déjà à passer de l’évaluation du résultat à la gestion de sa place dans la nouvelle majorité gouvernementale, tout en maintenant la question du recul électoral dans le champ de la révision politique et organisationnelle.

Le problème est que le communiqué ne fournit aucun détail chiffré permettant de mesurer l’ampleur de ce recul. Il ne précise pas non plus les sièges perdus, les régions où le parti a été le plus affecté, ni les facteurs électoraux auxquels il attribue cette évolution. Lorsqu’il affirme que le RNI demeure une force politique importante, il s’agit donc d’une appréciation formulée par sa direction, qui ne remplace pas une lecture indépendante et détaillée des résultats.

Le recul reconnu par le bureau politique mérite pourtant d’être observé de près. Le parti aborde cette nouvelle étape après cinq années passées à la tête du gouvernement. Cette période lui fournit un bilan qu’il peut défendre à partir des réformes engagées et des politiques publiques conduites, mais elle l’expose également directement au coût politique des décisions prises pendant cette période et à la manière dont celles-ci ont été perçues par les électeurs. Le communiqué reconnaît cette dimension, sans toutefois identifier les secteurs dans lesquels elle aurait pu se traduire électoralement ni mesurer son éventuel impact.

Les résultats officiels permettent de mieux situer le changement. Le Parti authenticité et modernité (PAM) a obtenu 97 sièges, contre 66 pour le RNI et 65 pour l’Istiqlal, selon les résultats définitifs annoncés par le ministère de l’Intérieur le 25 septembre. Le RNI passe ainsi de la première place obtenue lors des élections de 2021 à la deuxième place, avec un écart de 31 sièges par rapport au parti arrivé en tête.

Ces chiffres donnent un contenu concret à la situation à laquelle le RNI doit désormais répondre. Le maintien d’un groupe parlementaire de 66 élus lui assure une présence importante dans la nouvelle configuration, mais le passage de la première à la deuxième position constitue une modification réelle de son poids relatif dans la carte électorale.

Le communiqué ne développe pas cette question. Il insiste plutôt sur une campagne électorale menée dans les différentes régions du Royaume, sur la mobilisation des militants, la discipline et le contact direct avec les citoyens, avant d’appeler à écouter les messages exprimés à travers les urnes.

Une distinction apparaît alors entre l’évaluation interne de la campagne et le résultat produit par le scrutin. Le parti peut considérer avoir déployé une forte présence de terrain et défendu correctement son bilan. Cela ne suffit toutefois pas à expliquer pourquoi le nombre de ses sièges a diminué, ni à déterminer si cette évolution est liée au bilan gouvernemental, au choix des candidats, aux configurations locales, à la concurrence électorale ou à d’autres facteurs.

Le communiqué, à lui seul, ne permet pas de trancher ces questions.

Du bilan d’Akhannouch à l’étape Choukri

Le bureau politique consacre une place importante à Aziz Akhannouch, saluant son rôle dans la gestion de la majorité gouvernementale, le maintien de sa cohésion et la continuité de son fonctionnement pendant toute la législature.

Il exprime également sa satisfaction à l’égard du bilan des ministres issus du RNI et des réformes et chantiers engagés dans plusieurs secteurs, qu’il présente comme des transformations dont les effets devraient se prolonger dans le temps.

Cette partie du communiqué remplit une fonction politique claire : fixer la lecture que le parti fait de ses cinq années de gouvernement au moment où son résultat électoral recule. Mais cette lecture reste celle du parti. Son appréciation objective suppose d’examiner les engagements annoncés, ceux qui ont effectivement été réalisés, ceux qui restent en cours et leurs résultats concrets pour les citoyens.

Le communiqué ne revient pas, en revanche, sur les décisions gouvernementales qui ont fait l’objet de critiques et ne précise pas si le parti entend modifier certaines priorités économiques, sociales ou politiques. La volonté annoncée de renouveler les outils de travail et de renforcer la présence de terrain et la communication ouvre cette possibilité, mais elle demeure, à ce stade, une orientation générale.

Pour Mohamed Choukri, la présidence du parti intervient dans une configuration différente de celle qui prévalait lorsque Aziz Akhannouch dirigeait à la fois le gouvernement et le RNI. Le nouveau président doit désormais gérer un parti qui a perdu la première place électorale, participer aux discussions sur la future majorité et superviser une réflexion interne qui ne peut se limiter à la défense du résultat.

Cela ne signifie pas qu’un changement de ligne ou de direction soit annoncé. Le communiqué ne contient aucun élément permettant de l’affirmer.

Participation au gouvernement : une disponibilité annoncée, des conditions encore inconnues

Le RNI annonce sa disponibilité à participer au prochain gouvernement, en invoquant la volonté de poursuivre les chantiers ouverts, de consolider les acquis et de contribuer aux défis de la prochaine étape.

Le communiqué ne précise cependant ni les portefeuilles que le parti souhaiterait conserver ou obtenir, ni les conditions politiques qu’il entendrait poser, ni les éventuelles limites de sa négociation.

Cette position doit être replacée dans la nouvelle configuration parlementaire. Avec 66 sièges, le RNI demeure l’une des principales forces de la Chambre des représentants et un acteur susceptible d’entrer dans les calculs de la prochaine majorité. Mais le nombre de sièges ne suffit pas à déterminer la nature de sa participation ni son poids futur au sein du gouvernement.

Ces éléments dépendront des négociations entre les formations concernées.

Le contexte politique a d’ailleurs déjà évolué. Des informations publiées le 30 septembre ont fait état du début des consultations menées par Fatima-Zahra Mansouri, présidente du PAM, pour la formation de la nouvelle majorité gouvernementale, avec notamment une rencontre à Rabat avec une délégation du RNI.

L’annonce de la disponibilité du RNI intervient donc alors que les consultations sont déjà engagées.

La décision du bureau politique de convoquer le Conseil national le 3 octobre et de lui confier la délibération et la décision sur la participation au prochain gouvernement constitue, de son côté, un choix institutionnel. Le communiqué ne dit pas si cette saisine répond à des divergences internes ou à des réserves concernant les conditions de participation. Rien ne permet, à ce stade, de l’affirmer.

Ce qui est établi, c’est que le parti souhaite conserver la possibilité de participer à la prochaine majorité et qu’il n’a pas encore arrêté publiquement la forme définitive de cette participation.

La capacité du RNI à transformer son poids parlementaire en influence sur le programme gouvernemental et sur la répartition des responsabilités apparaîtra donc dans les négociations à venir, plutôt que dans la seule déclaration de disponibilité.

La félicitation à Mansouri et le message de transition

La félicitation adressée à Fatima-Zahra Mansouri occupe une place significative dans le communiqué, qui insiste sur la portée institutionnelle de la présence d’une femme à de hautes responsabilités.

Le message intervient au moment où la formation arrivée en tête des élections est appelée à prendre la tête du prochain gouvernement.

Il serait excessif d’y voir davantage qu’une position politique et institutionnelle clairement assumée par le RNI. Le parti qui dirigeait le gouvernement sortant se retrouve désormais face à une future cheffe de gouvernement issue du parti arrivé en tête, tout en affirmant sa volonté de contribuer à la prochaine équipe gouvernementale.

Ces éléments dessinent le cadre de la relation politique à venir, sans permettre d’en déterminer à l’avance la forme.

Dans le reste du communiqué, le RNI réaffirme ses positions sur la question nationale et l’intégrité territoriale du Royaume, ainsi que son engagement derrière Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour la défense des intérêts supérieurs du pays.

Il s’agit de positions constantes dans la communication institutionnelle du parti et le texte ne fait pas apparaître, sur ce point, de changement de ligne.

Reste le rendez-vous du 3 octobre.

Le Conseil national devra se prononcer sur la participation au prochain gouvernement, alors même que les consultations sur la majorité se poursuivent. La portée de cette décision dépendra notamment de ce qui l’accompagnera : le degré de clarté sur le programme, les priorités retenues, les responsabilités envisagées et la manière dont le parti entend traduire dans les faits son appel à renouveler ses méthodes de travail.

Le communiqué annonce une disponibilité à participer, défend le bilan gouvernemental, reconnaît le recul électoral et renvoie finalement la décision au Conseil national.

L’explication de la perte de la première place, tout comme la définition précise de ce que le RNI entend tirer de ses cinq années au gouvernement, restent en revanche ouvertes dans le texte. Le bureau politique n’y apporte pas encore de réponses détaillées.

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