vendredi, octobre 2, 2026
AccueilActualitésDe « 50 ans d’attente » à « la base d’une solution...

De « 50 ans d’attente » à « la base d’une solution est sur la table » : que dit réellement la rencontre de Mike Waltz avec le Polisario ?

Après sa rencontre à New York avec une délégation du Front Polisario, l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, n’a pas jugé nécessaire d’entrer dans de longs détails sur la formule discutée avec les représentants du mouvement. Il a publié une photo de la réunion sur son compte officiel sur X, puis résumé son message autour de trois idées successives : les populations des camps de Tindouf, selon ses propres termes, « ont attendu 50 ans », elles « méritent de vraies options, et non une autre décennie d’attente », avant d’ajouter la phrase qui replace l’ensemble de la rencontre dans le processus diplomatique en cours : « La base d’une solution est sur la table. »

La rencontre a eu lieu mercredi 30 septembre 2026, et non le 1er octobre comme certaines publications peuvent le laisser penser en raison de la date de circulation de l’information. Le calendrier n’est pas neutre : le Conseil de sécurité s’apprête à revenir sur le dossier du Sahara à l’approche de l’expiration du mandat de la MINURSO, le 31 octobre, mandat renouvelé par la résolution 2797 adoptée le 31 octobre 2025.

La formulation choisie par Waltz mérite d’abord d’être lue littéralement, avant de lui faire dire davantage qu’elle ne dit.

Il n’a pas affirmé que Washington avait découvert une nouvelle solution. Il n’a pas annoncé qu’un accord avait été conclu avec le Polisario. Il n’a pas non plus précisé, dans son message public, ce qui avait été discuté dans le détail pendant la réunion. Il a parlé d’une « base » déjà disponible pour une solution. Le poids de cette formule vient donc moins de la réunion elle-même que de son origine et du moment dans lequel elle intervient.

Les États-Unis occupent une place centrale dans le dossier au Conseil de sécurité, et leur position s’était déjà clairement exprimée lors de l’adoption de la résolution 2797. Le 31 octobre 2025, Washington avait appelé les parties à engager des discussions sérieuses en utilisant la proposition marocaine d’autonomie comme base des négociations visant à parvenir à un règlement juste et durable.

Le texte adopté par le Conseil de sécurité était plus nuancé que la formule américaine. La résolution 2797 appelle les parties à participer aux discussions sans conditions préalables et sur la base de la proposition marocaine d’autonomie, afin de parvenir à une solution politique définitive, mutuellement acceptable. Elle souligne également que l’autonomie véritable peut constituer l’une des solutions les plus réalisables, tout en maintenant la référence à une solution politique négociée et au droit à l’autodétermination dans le cadre retenu par la résolution.

Cette formulation compte, parce que la lecture politique de la résolution ne devrait pas devenir une lecture sélective. Le texte n’a pas proclamé dans son dispositif un règlement définitif de la question de la souveraineté et n’a pas fermé la porte à la négociation. Il a toutefois déplacé le point de départ du processus : la proposition marocaine d’autonomie est devenue la base à partir de laquelle le Conseil de sécurité demande aux parties d’avancer.

C’est dans cette continuité que l’expression de Waltz sur « la base d’une solution » prend son sens, plutôt que comme l’annonce d’une nouvelle initiative américaine.

Le choix de placer les populations des camps de Tindouf au centre du message est également révélateur du registre adopté par le diplomate américain. Son propos n’était pas centré sur les revendications politiques du Polisario, mais sur la durée de la situation dans les camps. Les « 50 ans » évoqués par Waltz constituent une référence temporelle à une situation qui perdure depuis les années 1970. En leur opposant « une autre décennie d’attente », il inscrit le dossier dans une logique de pression en faveur d’un règlement dans un horizon différent.

Cette formulation rejoint d’ailleurs le langage utilisé par Washington lors de l’adoption de la résolution 2797, lorsque les États-Unis avaient insisté sur la nécessité de profiter des semaines suivantes pour engager des discussions sérieuses et progresser dans le courant de l’année.

Mais la rencontre elle-même ne permet pas d’établir que le Polisario aurait accepté ce point de départ ou qu’il aurait adhéré au projet d’autonomie. Rien dans le message public de Waltz ne le dit. Une photographie de réunion ne constitue pas un accord politique.

De même, le diplomate américain n’a pas précisé publiquement ce qu’il entendait exactement par « base d’une solution ». Il est donc possible de rattacher cette formule au cadre déjà établi par la résolution 2797 et à la place donnée à la proposition marocaine d’autonomie dans le processus diplomatique. Il serait en revanche prématuré d’en déduire un accord entre les parties.

L’importance de la rencontre apparaît surtout à travers ce qui l’entoure.

La résolution 2797 n’a pas seulement prolongé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026. Elle a également demandé au secrétaire général de présenter une évaluation stratégique de l’avenir du mandat de la mission dans un délai de six mois, en tenant compte de l’évolution des négociations. Le débat sur la mission onusienne est ainsi davantage lié au processus politique qu’il ne l’était auparavant.

Lors du vote en octobre 2025, la résolution avait obtenu onze voix favorables et trois abstentions, tandis que l’Algérie n’avait pas participé au vote. Ces chiffres ne constituent pas un consensus sur chaque aspect du dossier. Ils décrivent cependant l’environnement institutionnel dans lequel le processus actuel a été placé : une nouvelle résolution du Conseil de sécurité, un mandat de la mission limité dans le temps et des négociations que le Conseil souhaite voir avancer sur la base de la proposition marocaine d’autonomie.

Le Polisario sait, de son côté, qu’une négociation sur la base d’un document ou d’une proposition donnée ne signifie pas que son résultat est décidé à l’avance. Le véritable test interviendra lorsque les parties passeront des déclarations et des positions publiques au contenu concret des discussions. La rencontre de Waltz avec le Polisario ne répond pas encore à cette question.

Elle transmet néanmoins un message américain dont les termes sont difficiles à ignorer : cinquante années d’attente ne constituent pas, aux yeux de Washington, une raison pour attendre encore dix ans, et une base pour parvenir à une solution existe déjà sur la table.

Dans quelques semaines, le dossier reviendra devant le Conseil de sécurité avec le renouvellement du mandat de la MINURSO. La question ne portera alors pas uniquement sur la continuité de la mission, mais aussi sur la manière dont le cadre ouvert par la résolution 2797 sera effectivement utilisé : restera-t-il un cadre politique général, ou conduira-t-il les parties à l’aborder comme le point de départ concret de négociations destinées à rechercher un règlement définitif ?

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus