Au moment où les portes de la prison se sont refermées derrière Saad Lamjarred, ce n’est pas seulement le verdict qui est resté dans la salle d’audience. Il y avait aussi la manière dont sa bataille judiciaire avait été menée, les choix opérés par sa défense et les interrogations apparues après le prononcé de la peine.
Le 26 septembre 2026, la cour d’assises d’appel du Val-de-Marne, à Créteil, a condamné Saad Lamjarred à dix ans de réclusion criminelle pour le viol de Laura P. La peine est plus lourde que celle prononcée en première instance en 2023, lorsqu’il avait été condamné à six ans. Le parquet général avait requis huit ans. La décision a été assortie d’un mandat de dépôt.
La différence entre six et dix ans ne constitue pas seulement un chiffre supplémentaire dans un dossier judiciaire. Elle signifie aussi un changement immédiat de situation pour le chanteur marocain, qui comparaissait libre dans cette procédure avant de quitter cette fois le palais de justice pour la prison.
Mais c’est après le verdict qu’une autre lecture de la procédure a commencé à circuler.
Me David Chemmi, avocat de Laura P., a livré à l’AFP son interprétation de la sévérité de la peine. Selon lui, celle-ci pourrait notamment s’expliquer par le profil de l’accusé, mais aussi par ce qu’il a décrit comme une stratégie de défense « particulièrement agressive » à l’égard de la plaignante. Il a estimé que la remise en cause systématique de sa parole ainsi que les attaques dirigées contre les enquêteurs et les experts avaient manifestement été mal perçues par les jurés.
Cette déclaration ne constitue évidemment pas une motivation judiciaire du verdict. Rien, dans les éléments publics disponibles à ce stade, ne permet d’affirmer que la cour aurait condamné Saad Lamjarred à dix ans parce que ses avocats auraient adopté une mauvaise stratégie. C’est l’analyse d’un avocat de la partie civile, formulée après le jugement.
Mais elle touche à une question beaucoup plus concrète qu’un simple commentaire d’après-procès : comment une défense choisit-elle de combattre lorsque la crédibilité de la plaignante, les témoignages, les expertises et le travail des enquêteurs se retrouvent au centre des débats ?
La défense, elle, se trouvait dans une position radicalement différente.
Saad Lamjarred a toujours contesté les faits qui lui étaient reprochés dans cette affaire. Après le verdict, Me Marie Burguburu a annoncé qu’un pourvoi en cassation serait formé. Cette démarche ne constitue pas un nouvel examen des faits comme devant une cour d’assises : la Cour de cassation contrôle essentiellement la correcte application du droit et le respect des règles de procédure.
Entre ces deux positions se trouve toute la complexité du dossier.
La procédure d’appel avait déjà été marquée par un élément extérieur particulièrement sensible : l’enquête sur une tentative d’extorsion de trois millions d’euros liée à la plainte de Laura P. Le procès en appel avait d’ailleurs été reporté en juin 2025 afin de permettre des investigations supplémentaires. En avril 2026, cinq personnes ont été condamnées dans cette affaire d’extorsion, tandis que Laura P. a été relaxée. Sa mère, une avocate, une influenceuse et deux autres personnes ont reçu des peines allant de six mois à deux ans d’emprisonnement avec sursis.
Pour la défense de Saad Lamjarred, ces éléments ne pouvaient évidemment pas être considérés comme secondaires. Ils touchaient directement à la manière dont la partie civile et son entourage pouvaient être perçus dans le procès.
La question était alors de savoir quelle place leur donner dans la stratégie de défense.
Fallait-il insister fortement sur les contradictions, mettre en cause la parole de la plaignante, contester le travail des enquêteurs et des experts, et chercher à faire entrer dans le débat les éléments du dossier d’extorsion ? Ou cette confrontation, poussée trop loin devant les jurés, risquait-elle de produire l’effet inverse de celui recherché ?
Aucune des sources publiques consultées ne permet de répondre à cette question comme à une vérité établie.
Ce qui est établi, en revanche, c’est que la défense a choisi de combattre et que la partie civile a ensuite interprété cette confrontation comme l’un des éléments ayant pu peser sur la perception des jurés. Le reste relève de l’interprétation, et devra être distingué des motifs précis de la décision judiciaire.
Le dossier ne s’arrête d’ailleurs pas à cette condamnation.
Saad Lamjarred fait également l’objet d’une autre procédure en France, distincte de celle de Laura P., concernant des faits survenus en 2018 près de Saint-Tropez. Le 15 mai 2026, la cour d’assises du Var, à Draguignan, l’a condamné à cinq ans de prison pour viol. Il a fait appel de cette décision. Dans cette affaire également, il a toujours contesté les faits.
Il faut donc éviter de fondre les deux dossiers dans une seule histoire judiciaire. Ils concernent des faits différents, des procédures différentes et des décisions différentes.
Pour l’instant, le point le plus concret est ailleurs : Saad Lamjarred a été condamné en appel à dix ans dans le dossier de 2016 et a annoncé, par l’intermédiaire de sa défense, son intention de se pourvoir en cassation.
Derrière les portes de la prison, une autre étape commence donc. Mais le débat sur ce qui s’est passé avant que ces portes ne se referment est loin d’être terminé.
Car la question de savoir si une stratégie de défense peut, dans certaines circonstances, desservir celui qu’elle cherche à protéger ne peut pas être tranchée par une déclaration prononcée après le verdict. Elle suppose de regarder ce qui a réellement été plaidé, ce que la cour a retenu, ce qu’elle a écarté et, surtout, ce que dira la décision dans le cadre du pourvoi annoncé par la défense.
Pour l’instant, entre la lecture de la partie civile et celle de la défense, il reste une différence essentielle : l’une propose une explication du verdict ; l’autre conteste le verdict lui-même.


