Meki Abou Chemail… Quand le maître s’en va, mais que l’héritage demeure
Il est des hommes dont la valeur ne se mesure ni au nombre d’ouvrages publiés ni aux fonctions qu’ils ont occupées, mais à la profondeur de l’empreinte qu’ils laissent dans les esprits et dans les cœurs. Mon maître et ami, l’écrivain et poète Meki Abou Chemail, qui nous a quittés lundi soir après une longue et douloureuse épreuve de maladie, appartenait à cette catégorie rare d’hommes dont l’existence dépasse leur propre personne pour devenir une source de lumière pour les autres.
Pour Jamal Soussi, journaliste et écrivain, cette disparition n’est pas seulement celle d’un homme de lettres ou d’un intellectuel respecté. Elle est avant tout la perte d’un maître qui a profondément façonné son parcours humain, intellectuel et professionnel. Pendant plus de quinze années, Jamal Soussi a eu le privilège de se former auprès de Meki Abou Chemail, d’apprendre à son contact la rigueur de la pensée, l’exigence de la connaissance et la noblesse du verbe.
Le défunt était de ceux qui considèrent que la connaissance ne consiste pas à accumuler des informations, mais à développer une capacité à comprendre les liens qui unissent les faits, les idées et les hommes. C’est lui qui a initié Jamal Soussi aux sciences de la gestion, qui l’a encouragé à explorer l’art de la synthèse intellectuelle et qui lui a ouvert les portes de ce qu’il appelait le « journalisme du regard et de l’analyse approfondie », une approche qui ne se contente pas de relater les événements, mais cherche à en dévoiler les significations, les contextes et les implications.
À son contact, Jamal Soussi a appris que le véritable journaliste n’est pas celui qui reproduit simplement les faits, mais celui qui sait lire derrière les apparences, interroger les évidences et rechercher le sens caché des événements. Cette vision du journalisme et de la pensée critique constitue aujourd’hui encore l’un des héritages les plus précieux que lui a légués son maître.
Meki Abou Chemail possédait également ce don devenu rare : une maîtrise exceptionnelle de la langue arabe. Son discours alliait élégance, précision et profondeur. Ses mots n’étaient jamais de simples phrases ; ils étaient porteurs d’idées, de valeurs et de sagesse. Il enseignait autant par son comportement que par ses paroles, faisant de l’humilité, du respect et de la générosité intellectuelle des principes de vie.
« Si Dieu ne m’avait pas permis de croiser le chemin de Meki Abou Chemail, je ne serais probablement pas devenu le journaliste, l’écrivain et l’analyste que je suis aujourd’hui », confie Jamal Soussi. Une affirmation qui résume à elle seule l’ampleur de l’influence exercée par cet homme d’exception sur plusieurs générations de disciples, d’étudiants et de passionnés de savoir.
Face à cette disparition, Jamal Soussi mesure plus que jamais l’étendue de sa dette morale envers celui qui fut un guide, un mentor et une référence intellectuelle. Une part essentielle de son parcours, de sa manière d’écrire, d’analyser et de comprendre le monde porte encore aujourd’hui l’empreinte de ses enseignements.
Les hommes disparaissent, mais les idées demeurent. Les maîtres s’en vont, mais leurs enseignements continuent de vivre à travers leurs élèves. C’est ainsi que Meki Abou Chemail continuera d’exister : dans chaque réflexion qu’il a inspirée, dans chaque plume qu’il a formée et dans chaque conscience qu’il a contribué à éveiller.
Que Dieu lui accorde Son infinie miséricorde, l’accueille dans Ses vastes paradis et récompense abondamment tout ce qu’il a offert au savoir, à la pensée et à l’éducation. Son départ laisse un vide immense, mais son héritage intellectuel et humain continuera d’éclairer les générations qui ont eu la chance de croiser son chemin.
À Dieu nous appartenons, et à Lui nous retournons.


