Dans une matinée judiciaire qui pourrait sembler ordinaire au sein du tribunal de première instance de Rabat, un dossier inscrit au rôle de l’audience vient troubler la routine des salles d’audience. Ce qui devait être une simple étape procédurale prend progressivement la forme d’un révélateur silencieux, où le droit, la politique et la parole publique se croisent dans une zone de tension de plus en plus visible.
L’affaire, prévue pour être examinée le mardi 2 mai 2026, ne se limite pas à un contentieux classique lié à la diffamation ou à l’injure. Elle s’inscrit, dès ses premiers contours, dans une dynamique plus large où le conflit dépasse les individus pour toucher l’organisation politique à laquelle ils appartiennent, à savoir le parti de l Mouvement Populaire, acteur historique du paysage partisan marocain.
D’un côté, se trouve le secrétaire général du parti Mohamed Ouzzine, en qualité de plaignant. De l’autre, apparaît Mostafa Lakhssam, ancien champion du monde devenu acteur politique, président de la commune d’Imouzzer Kandar et membre du conseil national du même parti, visé par une plainte directe portant sur des accusations de diffamation, d’injures et de propos jugés attentatoires à la réputation.
Mais derrière la qualification juridique des faits, se dessine une réalité plus complexe. Le dossier ne naît pas d’un vide, mais s’inscrit dans une succession de tensions internes qui, au fil du temps, ont quitté les espaces fermés de la délibération partisane pour s’exprimer au grand jour, notamment à travers les plateformes numériques et les médias en ligne.
Selon les éléments disponibles, la plainte déposée le 22 mai 2026 fait état de propos diffusés dans le cadre d’un entretien vidéo sur la plateforme YouTube, jugés par le plaignant comme contenant des allégations mensongères, des atteintes à la vie privée et des propos attentatoires à son honneur et à sa considération. Il est également question de répétition de déclarations publiques considérées comme injurieuses et dégradantes.
Au-delà du langage juridique, ce dossier met en lumière une transformation plus profonde du champ politique marocain. Les conflits internes aux partis ne se règlent plus uniquement dans les instances organiques traditionnelles, mais se déplacent de plus en plus vers l’espace judiciaire, révélant ainsi une fragilisation des mécanismes internes de médiation et de régulation des désaccords.
Dans ce contexte, la sphère numérique joue un rôle déterminant. Les déclarations politiques ne restent plus confinées à des cercles restreints, mais sont amplifiées, commentées et archivées dans un espace public élargi, où chaque mot peut potentiellement devenir une pièce à conviction. Cette nouvelle réalité redéfinit les frontières entre expression politique, responsabilité juridique et exposition médiatique.
Ainsi, ce dossier dépasse largement la confrontation entre deux figures publiques. Il interroge la capacité des formations politiques à gérer leurs propres contradictions internes sans recourir systématiquement à l’arbitrage judiciaire, et pose plus largement la question du déplacement progressif dudu politique vers le judiciaire
À l’approche de la première audience, la véritable interrogation ne porte plus seulement sur le contenu des décisions judiciaires à venir, mais sur ce que cette affaire révèle d’un système politique où les tensions internes, faute de régulation politique suffisante, semblent de plus en plus se résoudre dans l’arène des tribunaux.


