jeudi, avril 23, 2026
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Akhannouch brandit “50 réalisations”, mais avoue l’impuissance de l’État face aux spéculateurs et à la flambée des prix

Dans un moment politique chargé de chiffres et de promesses, Aziz Akhannouch a choisi de condenser cinq années d’action en une équation à double entrée : « 50 réalisations » d’un côté, et un appel direct aux éleveurs à ne pas laisser le marché aux « intermédiaires spéculatifs » de l’autre. Une déclaration qui, en apparence, relève d’un rappel à la responsabilité, mais qui, en profondeur, révèle une tension structurelle entre le récit d’un État social en construction et la réalité d’un marché qui échappe encore en partie aux mécanismes de régulation.

Le narratif gouvernemental se veut cohérent et maîtrisé : stabilité financière, équilibres macroéconomiques, investissements dans les infrastructures, et consolidation progressive de ce qui est présenté comme un « État social ». Dans cette logique, l’accord social du 30 avril 2022 est érigé en moment fondateur, aux côtés de mesures telles que la revalorisation des pensions de retraite ou les allègements fiscaux. Il s’agit de démontrer que la transformation engagée dépasse les indicateurs pour s’inscrire dans une nouvelle philosophie de l’action publique.

Mais en dehors de ce récit officiel, une autre histoire se dessine, plus proche du vécu quotidien : une flambée des prix de la viande, un pouvoir d’achat fragilisé, et un sentiment diffus que les « réalisations » ne se traduisent pas suffisamment dans la vie réelle. Dans ce contexte, l’injonction à « ne pas laisser le marché aux spéculateurs » prend une autre dimension : elle devient, en creux, l’aveu d’un dysfonctionnement dans les circuits de distribution, malgré les milliards de dirhams injectés pour soutenir la filière.

Le point saillant du discours du chef du gouvernement réside dans ce glissement de responsabilité. En pointant du doigt les « intermédiaires », tout en interpellant directement les éleveurs, il opère une redistribution implicite des responsabilités au sein de la chaîne économique. Le recours à un registre quasi moral — responsabilité « devant le Roi, la Nation et le gouvernement » — traduit une tentative de mobilisation collective, mais soulève une question essentielle : la régulation des prix peut-elle reposer sur un appel à la conscience, ou exige-t-elle une refonte structurelle des mécanismes du marché ?

Au fond, cette séquence met en lumière une contradiction majeure : un État qui affirme avoir mobilisé près de 13 milliards de dirhams pour soutenir les éleveurs, tout en constatant que les prix restent élevés. Cela suggère qu’une partie de la valeur s’évapore dans des circuits opaques, où les intermédiaires jouent un rôle déterminant dans la formation des prix. Le « spéculateur » n’apparaît plus comme une figure marginale, mais comme le symptôme d’un déséquilibre plus profond dans l’économie informelle.

Sur le plan politique, Aziz Akhannouch tente d’imposer l’idée que « l’histoire s’écrit par les décisions et non par les slogans », face à une opposition qui conteste l’impact réel de ces décisions. Pourtant, l’enjeu dépasse le registre discursif : il réside dans la capacité à réduire l’écart entre performances macroéconomiques et perception sociale. Car pour le citoyen, l’État social ne se mesure pas aux accords signés, mais au prix du kilo de viande et à la stabilité de son niveau de vie.

Économiquement, le débat relance une interrogation centrale sur la gouvernance des filières agricoles : qui fixe réellement les prix ? Qui capte les bénéfices du soutien public ? Et où se crée — ou se perd — la valeur ajoutée ? Autant de questions qui dépassent le seul secteur de l’élevage pour toucher aux fondements mêmes du modèle de développement.

Socialement, la persistance de ce décalage risque d’éroder la confiance dans l’action publique, surtout lorsque le discours officiel entre en dissonance avec l’expérience quotidienne. Lorsque l’on demande aux éleveurs de jouer un rôle dans la baisse des prix, cela peut être perçu comme un signe que les instruments de l’État ne suffisent plus, et que la responsabilité devient diffuse, au risque de diluer la redevabilité.

En définitive, l’appel à « ne pas laisser le marché aux spéculateurs » dépasse la simple formule politique. Il marque une séquence révélatrice dans la relation entre l’État, le marché et la société. Une séquence où la crédibilité de l’action publique ne se jugera pas à l’aune des annonces, mais à celle d’un indicateur simple et implacable : la baisse effective des prix dans le quotidien des citoyens.

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