La séance consacrée à l’examen de la mi-mandat gouvernementale n’a pas pris la forme d’un simple exercice institutionnel de présentation des bilans. Elle s’est transformée en un véritable espace de confrontation politique, où Abdallah Bouanou, président du groupe parlementaire du Parti de la justice et du développement, a entrepris de reconfigurer le rapport entre les chiffres officiels et la réalité sociale, en plaçant l’action de l’exécutif face à une lecture fondée sur l’impact concret dans la vie quotidienne des citoyens.
Dès l’ouverture de son intervention, le député a choisi de sortir du cadre strictement économique pour rappeler les avancées liées à la question de l’intégrité territoriale, soulignant les acquis diplomatiques du Maroc sous la conduite du Roi, ainsi que le rôle des institutions sécuritaires et militaires dans le renforcement du positionnement international du pays. Toutefois, cette mise en perspective n’avait rien d’un simple hommage. Elle visait surtout à établir une distinction nette entre les réalisations de l’État dans sa dimension souveraine et la performance du gouvernement en tant qu’organe de gestion, suggérant que les succès nationaux ne sauraient être instrumentalisés pour embellir une évaluation gouvernementale controversée.
Dans la continuité, Bouanou a remis en cause le calendrier de présentation du bilan gouvernemental, estimant que son annonce à quelques mois de la fin du mandat en réduit la portée et interroge sa finalité réelle. Selon lui, cette démarche ressemble davantage à une opération de communication politique anticipée qu’à un véritable exercice de reddition des comptes, dans un contexte où les citoyens attendent des résultats tangibles plutôt que des projections discursives.
Sur le plan institutionnel, l’intervention a pris un ton plus critique en s’attaquant au fonctionnement de la relation entre l’exécutif et le pouvoir législatif. Le député a évoqué une baisse notable de l’implication du Chef du gouvernement dans les mécanismes de contrôle parlementaire, notamment à travers la faiblesse des réponses aux questions orales et écrites. Cette situation est interprétée comme le signe d’un déséquilibre progressif dans l’architecture de la reddition des comptes.
Mais le point le plus sensible de son intervention a concerné les accusations de conflits d’intérêts, notamment dans les secteurs des hydrocarbures et de l’énergie. Bouanou a soulevé des interrogations sur les liens possibles entre certaines décisions publiques et des intérêts économiques privés, relançant ainsi un débat ancien sur la transparence dans la gestion des secteurs stratégiques et sur la capacité des institutions à garantir une concurrence équitable.
Le dossier des subventions publiques à l’importation du bétail a également occupé une place centrale dans son analyse. Le parlementaire a mis en doute l’efficacité de ces dépenses publiques massives, soulignant leur faible impact sur les prix de la viande, qui demeurent élevés. Cette contradiction entre effort budgétaire et résultat économique pose, selon lui, une question essentielle : celle de la destination réelle des soutiens publics et de leur efficacité sociale.
Dans le même prolongement, il a établi un lien direct entre ces politiques et la dégradation du pouvoir d’achat, évoquant notamment la hausse des prix des denrées de base et les difficultés croissantes des ménages. L’inflation des produits alimentaires et énergétiques n’est plus présentée comme une simple donnée économique, mais comme un facteur structurant du malaise social.
L’intervention a également abordé la question des tensions sociales, à travers l’augmentation des mouvements de protestation observés ces dernières années. Pour Bوانو, ces manifestations ne constituent pas des épisodes isolés, mais l’expression d’un climat de frustration accumulée face à des politiques publiques jugées insuffisamment efficaces.
Sur le plan macroéconomique, il a exprimé des réserves quant aux chiffres officiels de la croissance, leur opposant une lecture plus prudente de la réalité économique. De même, l’objectif de création d’un million d’emplois a été qualifié de difficilement atteignable dans le contexte actuel du marché du travail.
Enfin, la question des nominations administratives a été évoquée sous l’angle de la gouvernance, avec des critiques portant sur la prédominance supposée des logiques partisanes au détriment des critères de compétence, ce qui interroge, selon lui, la neutralité de l’administration publique.
Au terme de son intervention, Bouano propose une lecture globale d’une gouvernance qu’il juge déséquilibrée, marquée par un écart persistant entre les indicateurs macroéconomiques et les réalités sociales vécues. Au-delà des chiffres et des discours, c’est finalement le terrain, selon lui, qui impose sa propre vérité.


