jeudi, avril 16, 2026
AccueilActualitésQuand le journalisme devient une fabrique d’illusions : le mythe du retour...

Quand le journalisme devient une fabrique d’illusions : le mythe du retour d’El Himma à la tête du gouvernement

El Himma… quand la “recherche d’information” se transforme en fabrique d’illusions politiques

À l’ère des mutations numériques, certains médias ne se contentent plus de rapporter ou d’analyser l’information ; ils participent, consciemment ou non, à produire des “résumés prêts à consommer” qui ressemblent de plus en plus aux nouvelles logiques des moteurs de recherche : des réponses rapides, séduisantes, mais souvent privées de profondeur contextuelle. C’est dans ce cadre que resurgit la thèse du “retour de Fouad Ali El Himma”, non pas comme une hypothèse solidement étayée, mais comme un récit synthétique, destiné à combler un vide interprétatif plutôt qu’à éclairer la réalité.

Dans cette perspective, les spéculations autour d’une éventuelle nomination du conseiller royal à la tête du prochain gouvernement relèvent davantage d’un nouveau mode de production médiatique : le passage de la “recherche de liens” à l’agrégation de narrations. Ici, le souci d’attractivité prend le pas sur l’exigence de vérification, donnant naissance à des constructions politiques fragiles, nourries davantage par la nostalgie de “l’homme fort” que par une lecture rigoureuse des équilibres institutionnels.

L’invocation récurrente du nom de Fouad Ali El Himma, quinze ans après son retrait volontaire de la scène partisane, ne peut être dissociée d’une crise plus profonde touchant à la fois les élites politiques et médiatiques. Faute de produire des grilles d’analyse renouvelées ou d’identifier les causes structurelles de l’essoufflement partisan, certains acteurs préfèrent recourir à des solutions simplistes : recycler des figures du passé, comme si le temps politique marocain s’était figé à la séquence de 2008.

Or, cette lecture fait abstraction d’une transformation majeure : celle du positionnement même de l’intéressé au sein de l’architecture du pouvoir. Depuis son retour au Cabinet royal, El Himma n’est plus un acteur partisan susceptible d’être réinjecté dans le jeu électoral ; il incarne désormais un rouage central dans la fabrique de la décision stratégique, opérant loin du tumulte de la scène publique. Dès lors, envisager son passage à la primature relève d’une projection simplificatrice, qui ignore la complexité des mécanismes de pouvoir.

La comparaison entre le statut de conseiller royal et celui de chef du gouvernement met en lumière un paradoxe fondamental : là où la primature apparaît, dans le contexte marocain, comme une fonction exécutive encadrée par des équilibres politiques et constitutionnels, le rôle de conseiller s’inscrit dans une sphère d’influence plus discrète mais souvent plus déterminante. Imaginer un “glissement” de l’un vers l’autre revient, en réalité, à inverser la hiérarchie implicite des centres de décision.

Ce débat ne peut être compris sans revenir à la séquence 2008-2011, marquée par la création du Parti Authenticité et Modernité dans un contexte régional et international spécifique. L’expérience, interrompue dans le sillage du Mouvement du 20 février, a redéfini les rapports entre pouvoir et champ politique, consacrant l’idée que certaines fonctions ne peuvent s’exercer qu’en retrait de la scène partisane.

Aujourd’hui, la résurgence de ces hypothèses pose une question centrale : sommes-nous face à une véritable analyse politique ou à une simple production de “résumés médiatiques” recyclant d’anciennes illusions ? Ce discours traduit-il une volonté de comprendre la complexité de l’État, ou bien une tentative de combler le vide interprétatif d’un champ partisan en crise ?

Au fond, il ne s’agit pas tant de Fouad Ali El Himma que d’une crise du regard. Une crise qui enferme certains observateurs dans des représentations dépassées du pouvoir, à un moment où les centres d’influence sont devenus plus diffus, plus imbriqués, et surtout moins réductibles à des figures individuelles.

Ainsi, la “recherche”, dans sa version contemporaine, cesse d’être un outil de compréhension pour devenir un mécanisme de reproduction de l’illusion. Et la politique, au lieu d’être un espace d’analyse exigeante, se transforme en matière première pour des synthèses rapides, capables de satisfaire la curiosité immédiate, mais incapables de saisir la profondeur du réel.

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus

Recent Comments