L’incident survenu lors de la présentation d’une carte « tronquée » du Maroc pendant les travaux du Conférence des chefs du renseignement militaire des pays du Sahel et de la Méditerranée – 2026 à Tripoli a immédiatement attiré l’attention des observateurs diplomatiques et sécuritaires. Des images officielles du congrès, supervisé par le gouvernement d’unité nationale dirigé par Abdel Hamid Dbeibah, ont révélé l’utilisation d’un fond visuel représentant une carte de la région ne couvrant pas l’intégralité du territoire marocain, ce que les participants présents ont documenté à travers leurs photographies et vidéos.
Cet événement, survenu dans le cadre d’une rencontre consacrée à la lutte contre le terrorisme, l’immigration irrégulière et la criminalité organisée, n’est pas passé inaperçu. Dans un espace de haut niveau sécuritaire et de renseignement, la précision des symboles et des représentations est essentielle, en particulier lorsqu’il s’agit de cartes sensibles à forte charge politique.
En réaction, le ministre des Affaires étrangères du gouvernement libyen désigné par le Parlement, Abdel Hadi Al-Huwij, s’est désolidarisé de cet incident, affirmant que cela relevait exclusivement du gouvernement de Dbeibah et niant tout lien de son administration avec cet événement. Il a souligné la division politique et institutionnelle persistante en Libye : « Cela s’est passé à Tripoli, nous travaillons à Benghazi », tout en rappelant que son gouvernement soutient la position marocaine sur le Sahara, et ne prendrait aucune initiative portant atteinte à l’intégrité territoriale du Maroc.
Cependant, le silence officiel du gouvernement de Dbeibah et l’absence de tout communiqué écrit compliquent la situation. Cet incident survient à un moment où les relations entre Rabat et Tripoli étaient marquées par un rapprochement, notamment avec le soutien du Maroc à la candidature de la Libye au Conseil de paix et de sécurité africain en 2025, initiative qui avait été accueillie favorablement par Tripoli.
L’événement soulève des questions sur la symbolique politique des cartes lors de conférences multilatérales, surtout en présence de puissances européennes telles que l’Italie, la France, l’Espagne, la Grèce, ainsi que la Turquie, l’Algérie et la Tunisie. Les symboles visuels deviennent-ils des instruments d’expression politique indirecte ? L’absence du Maroc à cette rencontre traduit-elle une réserve diplomatique face aux équilibres ayant gouverné l’organisation de ce sommet ?
Ce n’est pas un simple incident protocolaire : il souligne la fragilité du consensus régional et international, et rappelle les enjeux liés à l’utilisation des plateformes sécuritaires pour transmettre des signaux politiques. Ces plateformes devraient pourtant servir à coordonner les efforts face aux défis communs, loin de toute tension concernant des questions souveraines, notamment l’intégrité territoriale du Royaume du Maroc.
Entre la désolidarisation de Benghazi et le silence de Tripoli, la communauté diplomatique et les observateurs régionaux attendent des clarifications officielles de l’organisateur afin d’éviter toute répercussion sur les relations maroco-libyennes. Depuis 2011, Rabat reste un acteur clé dans le soutien à la stabilité institutionnelle libyenne et dans la médiation entre les parties en conflit.
À ce jour, aucune explication officielle n’a été fournie sur la raison de la présentation tronquée de la carte du Maroc, laissant l’incident ouvert à diverses interprétations politiques et diplomatiques et soulignant que les détails symboliques dans les conférences de sécurité ne sont jamais anodins.


