mardi, avril 7, 2026
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« Rabat sous tension : l’appel d’Abdelouahed Ziyat révèle le manque de transparence et réactive le défi de confiance citoyen-État »

Dans un moment urbain délicat que traverse la capitale Rabat, la question de la confiance entre citoyens et institutions refait surface — non pas à travers les grandes politiques publiques, mais à partir de détails du quotidien qui, en apparence techniques, révèlent en profondeur des enjeux sociaux et politiques sensibles. L’appel du militant associatif Abdelouahed Ziyat ne peut être lu comme un simple fait isolé, mais plutôt comme un symptôme d’un déséquilibre plus large dans la gestion de la relation avec les habitants, notamment dans des quartiers à forte densité historique et sociale.

Dans des zones comme Abi Regreg (ancien Douar Doum), Al Farah (ancien Douar Al Hajja), ainsi que Rachad et Al Maâdid, ce qui s’est produit dépasse le cadre d’un simple recensement. Il s’agit d’une intervention soudaine dans l’espace privé des citoyens, à travers la collecte de données personnelles et la prise de photos, sans encadrement communicatif clair ni référence explicite à un cadre légal. Ici, la question ne se limite pas à « qui mène cette opération ? », mais s’élargit à « qui a le droit d’accéder à la vie des citoyens ? », interrogeant ainsi le cœur du contrat implicite entre l’État et la société.

Ce qui frappe dans cette affaire, c’est le décalage temporel et institutionnel. Alors même que le recensement général piloté par le Haut-Commissariat au Plan vient de s’achever, une nouvelle opération de terrain émerge dans l’opacité, sans communication officielle de la part des institutions concernées, qu’il s’agisse du Ministère de l’Aménagement du Territoire National, de l’Urbanisme, de l’Habitat, du conseil communal ou des autorités territoriales. Ce silence ne constitue pas seulement un déficit de communication, il crée un vide interprétatif que les rumeurs et les inquiétudes viennent rapidement combler.

Dans ce contexte, les habitants élaborent leurs propres hypothèses : s’agit-il d’une phase préparatoire à des projets de restructuration urbaine ? D’un prélude à des opérations de relogement non annoncées ? Ou simplement d’une démarche administrative mal coordonnée ? Ces interrogations, bien que spéculatives, trouvent leur légitimité dans un passé marqué par des transformations urbaines souvent conduites de manière verticale, sans réelle implication des populations concernées.

Sur le plan juridique, l’appel soulève une question centrale : celle de la protection des données personnelles. Au Maroc, cette mission relève de la Commission Nationale de Contrôle de la Protection des Données à Caractère Personnel, censée autoriser toute collecte ou traitement de données. L’absence de référence explicite à ce cadre légal renforce les doutes et transforme une opération potentiellement administrative en source d’inquiétude légitime.

Politiquement, cette situation met également en lumière une faille dans la représentation. Le silence des élus de la circonscription Rabat–Chellah, tel que dénoncé par Ziyat, ne peut être interprété comme une simple absence de réaction, mais comme une défaillance du rôle de médiation entre citoyens et institutions. Dans des moments d’incertitude, l’élu est censé porter les questions, exiger des réponses et garantir la transparence.

Quant à la déclaration d’une source officielle niant toute opération de démolition à ce stade, elle reste insuffisante pour dissiper les inquiétudes. Le problème ne réside pas uniquement dans l’acte de démolir, mais dans l’absence de vision claire et partagée quant à l’avenir de ces quartiers et de leurs habitants.

En profondeur, cette affaire réactive une interrogation fondamentale sur le modèle de développement urbain : peut-on restructurer sans restaurer la confiance ? Peut-on transformer sans associer ? L’expérience montre que le coût de l’opacité dépasse souvent celui de la transparence, tant sur le plan social que politique.

L’appel de Abdelouahed Ziyat dépasse ainsi le cadre conjoncturel pour devenir une interpellation plus large des modes de gouvernance. Il plaide pour un passage d’une logique technocratique fermée à une approche participative ouverte, où le citoyen n’est pas seulement objet de recensement, mais acteur du devenir de son territoire.

Ce qui se joue aujourd’hui dans les quartiers de Youssoufia dépasse le local : c’est un test grandeur nature de la capacité des institutions à convaincre qu’elles agissent avec les citoyens, et non sur eux. La réponse commence par une information claire, se construit par un dialogue sincère, et s’achève par une confiance qui ne se décrète pas — mais se mérite.

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