samedi, mars 14, 2026
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Tamazight et rationalité : Oureid met en garde contre les erreurs de l’arabisation

Dans un entretien exceptionnel avec l’institution Amakin pour la qualité de l’éducation, l’écrivain, romancier et penseur marocain Hassan Oureid a éclairé l’avenir des langues dans le système éducatif marocain. Il a affirmé que les récentes transformations sociales offrent la possibilité de se passer de la langue française dans l’enseignement, tout en appelant à une approche raisonnée pour le tamazight, afin d’éviter les erreurs du passé.

Oureid a expliqué, lors de cette rencontre diffusée en ligne jeudi soir, que son rapport avec le français a “évolué”, et que les changements dans la société démontrent que le citoyen marocain est aujourd’hui capable de maîtriser l’anglais, ouvrant la voie à un passage direct vers cette langue, loin de la dépendance historique à la langue française liée à la période coloniale et à l’administration. Il a ajouté : « Il n’est pas nécessaire de rester dans une position symbolique vis-à-vis du français, car elle est attachée à un contexte historique précis. »

Concernant la langue arabe, Oureid a souligné le “manque” de qualité dans l’enseignement, particulièrement pour les matières scientifiques, avertissant que le recours à la traduction pour combler ces lacunes “n’est pas simple et nécessite des normes précises et un consensus sociétal”. Il a insisté sur le fait que l’arabe est avant tout une “langue de civilisation” et non simplement une langue nationale.

Pour le tamazight, le penseur marocain a mis en garde contre un usage fondé sur l’émotion. Il a averti que toute démarche non rationnelle pourrait reproduire l’échec de l’arabisation des sciences après l’indépendance : « On avait cru qu’on pouvait arabiser l’enseignement immédiatement, mais l’expérience a échoué car les politiques reposaient sur l’émotion et les réactions impulsives, et non sur une étude réfléchie ». Il a précisé que la transition du tamazight de l’oral à l’écrit exige une “processus structuré et patient, et ne peut se réduire à une décision politique rapide”.

Oureid a également évoqué les défis sur le terrain, notant que certaines communautés restent attachées à leurs “variantes dialectales” comme le tarifit, le tamazight ou le chleuh, ce qui nécessite “une approche rationnelle et un soutien effectif de l’État”.

D’autre part, il a abordé la place de l’école marocaine à l’ère des transformations numériques et de l’intelligence artificielle, affirmant que le contexte actuel est très différent de celui d’il y a trente ans, et que les écoles doivent tirer parti des outils numériques et de l’IA sans se détacher de leur identité linguistique, culturelle et historique. Il a résumé l’équation ainsi : « Il faut un équilibre entre les constantes et le changement ; l’école marocaine doit préserver ses valeurs et son appartenance, tout en profitant des nouvelles données ».

Oureid a souligné que l’intelligence artificielle représente un véritable défi pour le système éducatif, se demandant : « L’école peut-elle continuer à fonctionner comme avant avec l’IA ? » Il a averti que certaines filières pourraient être menacées face à cette évolution, nécessitant une réflexion sur leurs méthodes d’enseignement.

En somme, Hassan Oureid propose une lecture critique et approfondie de l’avenir de l’éducation au Maroc, conciliant ambition de transformation et réalisme face aux constantes culturelles et linguistiques, avertissant contre la dépendance à l’émotion et appelant à une clarté et une rationalité dans les politiques éducatives, notamment en ce qui concerne les langues nationales.

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