samedi, janvier 24, 2026
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Quand la parole dérape au Parlement : que révèle la prise de position d’Abdellah Bouanou sur l’état du débat politique ?

Dans un contexte parlementaire marqué par la montée des tensions discursives et l’affaiblissement progressif de la confiance entre les acteurs politiques, la déclaration publiée par Abdellah Bouanou, président du groupe parlementaire du Parti de la Justice et du Développement (PJD), ne se limite pas à commenter un incident verbal.
Elle met en lumière une crise plus profonde : celle de la parole politique, de la gestion des débats et du rapport au respect institutionnel au sein du Parlement marocain.

Loin d’être une simple réaction, la prise de parole de Bouanou se transforme en un diagnostic politique, révélateur des fragilités qui traversent l’institution législative.

1. Un Parlement vivant, mais une parole qui s’effrite

Bouanou rappelle que la confrontation des idées, parfois vive, est inhérente à tout Parlement dynamique.
Cependant, l’incident survenu lors de la séance des questions orales du 1er décembre 2025 a franchi, selon lui, une limite essentielle : celle du respect de la parole publique.

Les propos tenus par le ministre de la Justice, qu’il qualifie de références étrangères à l’éthique politique du PJD, ne représentent pas seulement un écart de langage ; ils traduisent une détérioration du registre discursif au sein de l’institution.

D’où la première interrogation :
la politique marocaine souffre-t-elle aujourd’hui d’une crise de langage avant même une crise de performance ?

2. Une présidence de séance qui attise plutôt qu’elle n’apaise

La critique la plus forte de Bouanou vise le président de séance, accusé d’avoir aggravé la tension en contrevenant au règlement intérieur.
Ce reproche révèle une inquiétude plus large : la présidence, censée garantir la neutralité et la discipline des débats, serait devenue un facteur de désordre.

Une telle dérive soulève une question centrale :
le Parlement peut-il fonctionner sereinement si l’arbitre du débat devient l’une des sources du conflit ?

Dans une institution où chaque mot peut créer un précédent, la défaillance du rôle d’arbitre fragilise non seulement la séance, mais l’ensemble de l’édifice parlementaire.

3. L’excuse du ministre : un geste symbolique, mais aux limites évidentes

Le ministre de la Justice a présenté ses excuses au député Abdessamad Haiker et au groupe du PJD.
Bouanou reconnaît la valeur morale de cette démarche, mais rappelle que les blessures verbales laissent une empreinte durable.
L’incident, selon lui, devrait être une leçon politique, non un simple accident clôt par une excuse formelle.

À travers sa phrase :

« La parole est une responsabilité qui dépasse la fonction de celui qui la prononce »,
Bouanou souligne une dérive plus profonde :
un affaiblissement du sens de la responsabilité discursive chez certains acteurs politiques.

4. Une opposition qui refuse de céder à la pression

Malgré la tension, Bouanou insiste sur la détermination de son groupe à poursuivre sa mission de contrôle du gouvernement.
Pour lui, l’incident n’est ni un frein ni un prétexte à la prudence : c’est au contraire une raison supplémentaire de renforcer le travail de veille et d’interpellation.

D’un point de vue analytique, ce positionnement pose une question stratégique :
l’incident inaugurera-t-il une phase de polarisation accrue entre majorité et opposition ?

5. Ce que révèle réellement la déclaration de Bouanou

À travers une simple publication, c’est toute une photographie de la scène politique actuelle qui se dessine :

  • un recul notable du respect mutuel dans les échanges ;

  • une gestion des séances fragilisée et contestée ;

  • une montée de la crispation entre gouvernement et opposition ;

  • et une urgence croissante à définir un nouveau cadre éthique pour la parole parlementaire.

L’incident du 1er décembre n’est donc pas isolé : il est le symptôme d’une fatigue institutionnelle qui menace la qualité du débat démocratique.

Conclusion : une déclaration qui dépasse l’incident

La prise de parole d’Abdellah Bouanou ne cherche pas uniquement à dénoncer un comportement ministériel.
Elle révèle une inquiétude plus large concernant la dérive du débat parlementaire vers l’impulsivité, la personnalisation, et parfois même la provocation.

Reste une série de questions ouvertes :

  • Cet incident conduira-t-il à une réforme des règles de gestion des séances ?

  • Le Parlement s’engagera-t-il dans l’adoption d’une charte éthique du discours politique ?

  • Ou assistera-t-on au contraire à la banalisation des écarts verbaux, au risque d’éroder davantage la confiance citoyenne ?

Ce qui est certain, c’est que la crise de la parole n’est pas une crise mineure : elle touche le cœur même de l’institution représentative, là où se construit — ou se dégrade — le lien entre élus et citoyens.

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