Le ministre Ahmed El Bouari a annoncé que quelque 352 000 éleveurs au Maroc ont perçu le premier volet du soutien étatique aux aliments composés et à la préservation des femelles moutons‑chèvres, entre le 5 et le 10 novembre. Il a précisé que ce montant s’élève à 1,45 milliard de dirhams (≈145 milliards de centimes), soit ce que la filière recevait en une année entière.
Mais ce chiffre imposant soulève une question centrale : à qui l’argent est‑il réellement parvenu ? 715 000 dossiers, 60 % de messages… où est la transparence ?
Le ministre indique que près de 715 000 dossiers ont été transmis au fonds concerné, dont 60 % des bénéficiaires ont reçu une SMS d’information. Le nombre de comptes bancaires validés est de 488 000.
Que sait‑on des 40 % non contactés ? Sont‑ils moins méritants ? Moins influents ? Pourquoi leur dossier ne figure‑t‑il pas dans un bilan public détaillé ? Changement de modèle ou cosmétique ?
El Bouari évoque une « gouvernance inédite » : auparavant, l’aide se présentait sous forme de « sacs d’aliments (10 à 30 sacs) », avec des cas de sur‑et sous‑distribution. Aujourd’hui, l’aide est censée cibler « les éleveurs participant au recensement, selon le nombre de têtes, qu’il s’agisse de moutons, chèvres ou bovins ».
Mais : sur quelle base technique a‑t‑on fixé nombre de têtes = montant d’aide ? Le cahier des charges, les critères, les listes constituées – rien n’est publié.
Eau rare, filière affaiblie
Le ministre reconnaît que si la filière agricole a besoin de 5 milliards m³ pour l’irrigation, elle n’en reçoit qu’environ 420 millions m³ (≈ 8 % des besoins). Or selon des études, le Maroc est fortement exposé aux impacts de la variabilité climatique : températures en hausse, pluies de plus en plus irrégulières. Open Knowledge +1
Cette réalité pose la question : peut‑on renforcer la filière ovine‑caprine simplement par des transferts monétaires si les conditions structurelles (eau, pâturages, alimentation) restent fragiles ?
Le contexte mondial : un secteur à risque
Au‑delà des frontières, la filière d’élevage est confrontée à des défis globaux : la réduction des précipitations, l’augmentation des coûts des aliments, la pression sur les pâturages. Au Maroc même, les cheptels de bovins et ovins ont chuté de 38 % en neuf ans. Africanews+1
Ceci rappelle qu’un soutien ponctuel ne suffit pas : il doit s’intégrer dans une stratégie d’adaptation climatique. Vers plus de justice et d’efficacité
Pour que cette aide soit véritablement juste et efficiente :
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publier les listes des bénéficiaires par région et nombre de têtes ;
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rendre publiques les critères de sélection et les méthodes de calcul ;
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procéder à un audit externe de l’aide précédente et des dispositifs d’avant‑2025 ;
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rattacher le dispositif à une réforme structurelle : irrigation, alimentation, formation, adaptation au climat.
Le véritable enjeu n’est pas uniquement : « à qui donner ? » mais bien « qui décide et comment ? ».


