jeudi, mai 7, 2026
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CHU Ibn Sina : Réformes profondes ou simple vitrine ?

Un tournant pour le secteur public de la santé au Maroc ?

La rédaction de Maroc Maintenant a reçu un communiqué détaillé du Réseau Marocain pour le Droit à la Santé et à la Vie, mettant en lumière ce qu’il qualifie de « mutation historique » au sein du Centre Hospitalier Universitaire Ibn Sina de Rabat, qui regroupe neuf hôpitaux majeurs et un centre universitaire dentaire.

Dans un ton célébrant les accomplissements, le communiqué affirme que le CHU, longtemps associé à une gestion chaotique, à la saturation et à la corruption, amorce un tournant stratégique sous la direction du professeur Mohcine. Des mesures de réforme ambitieuses y seraient engagées autour des principes de bonne gouvernance, de transparence et d’efficacité.

Mais à la lumière de cette déclaration, une question s’impose :
Des réformes internes suffisent-elles à regagner la confiance d’un public longtemps confronté à des soins fragmentés, des délais démesurés, et un personnel débordé ?

Une relocalisation réussie, mais à quel coût ?

L’une des grandes opérations vantées par le communiqué concerne le transfert des ressources humaines et équipements vers d’autres établissements de la région Rabat-Salé-Kénitra, suite à la démolition prévue du bâtiment principal. Cette opération, présentée comme fluide et consensuelle, suscite toutefois des interrogations : les structures d’accueil sont-elles réellement prêtes ? Et quelles conséquences concrètes pour les patients ?

Fin du « clientélisme sanitaire » ?

Le communiqué affirme également que l’administration actuelle a mis fin à des pratiques opaques, en nommant des responsables selon le mérite et en éliminant les « fonctionnaires fantômes ». Une ambition salutaire, mais encore fragile si elle n’est pas appuyée par un contrôle externe indépendant, car déraciner des réseaux d’intérêt établis dans la santé publique exige plus qu’un renouvellement administratif.

Dialogue social : intention ou révolution ?

Le choix d’instaurer un dialogue continu avec les syndicats sérieux et les professionnels est mis en avant. Toutefois, l’épreuve du terrain reste le seul baromètre fiable : les soignants et personnels administratifs perçoivent-ils une amélioration réelle de leurs conditions de travail ? Ou s’agit-il encore de déclarations d’intention ?

Une réforme locale pour une ambition nationale ?

Le CHU Ibn Sina semble vouloir incarner un modèle dans le cadre du chantier national des Groupements Sanitaires Territoriaux (GST). Pourtant, tant que ces initiatives ne s’inscrivent pas dans une transformation systémique — incluant la formation continue, la digitalisation, la valorisation salariale et la qualité de la relation patient — le risque est grand de voir ces « modèles » rester isolés et inopérants à l’échelle du pays.

Conclusion : entre promesse et vérification

Ce que traverse aujourd’hui le CHU Ibn Sina est sans conteste un moment charnière. Mais si le Maroc veut tourner la page d’une santé publique inégalitaire, il devra convertir les communiqués en vécus, les plans d’action en résultats, et les slogans de « qualité globale » en confiance réelle du citoyen.

Le slogan « Des soins sûrs et une qualité globale, pour le citoyen avant tout » ne prendra tout son sens que s’il devient perceptible au quotidien, dans chaque service, pour chaque patient.

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