lundi, août 17, 2026
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Du champion du monde à la quatrième place… Le Maroc est-il devenu un terrain d’expérimentation pour les entraîneurs ?

Le Maroc est-il devenu un terrain d’expérimentation ouvert aux entraîneurs, dans le football masculin comme dans le football féminin ? Un technicien arrive avec un grand palmarès international, signe un contrat à un montant élevé, bénéficie de primes et d’avantages, puis, lorsque les résultats se dégradent ou que les objectifs ne sont pas atteints, apparaissent les explications habituelles : pression, tension, état psychologique des joueurs ou des joueuses, blessures, fatigue, malchance ou circonstances particulières. Mais la question qui devrait précéder toutes ces justifications est beaucoup plus simple : si un entraîneur est payé cher parce qu’il est censé être expérimenté et capable de trouver des solutions, qui le sanctionne lorsqu’il ne les trouve pas ? Et qui assume la responsabilité de l’argent qui lui a été consacré ? Un entraîneur professionnel n’est pas recruté pour expliquer l’échec après qu’il s’est produit, mais pour l’anticiper, le prévenir et préparer son équipe à y faire face. Lorsque chaque résultat négatif peut être expliqué sans qu’une responsabilité claire ne soit engagée, la question dépasse alors le simple cadre sportif et touche à la gouvernance et à la reddition des comptes, particulièrement lorsque des ressources importantes pourraient aussi servir à la formation, aux infrastructures et au développement des nouvelles générations.

C’est précisément sous cet angle qu’il faut regarder l’expérience de l’Espagnol Jorge Vilda à la tête de la sélection nationale féminine. Le Maroc ne l’a pas recruté parce qu’il était un entraîneur inconnu à la recherche d’une opportunité. Il est arrivé au Royaume quelques semaines seulement après avoir conduit l’Espagne au titre mondial en 2023. Avant cela, il avait passé plusieurs années au sein du système espagnol des sélections de jeunes, remportant des titres européens et atteignant des phases finales mondiales. Son nom portait donc une promesse claire : transférer au Maroc l’expérience d’une école qui avait produit une championne du monde et permettre à une sélection marocaine déjà en pleine ascension de franchir un nouveau palier.

C’est là que surgit le premier paradoxe. Vilda n’a pas pris en main une équipe qui devait se reconstruire à partir de zéro. Sous Reynald Pedros, le Maroc avait atteint la finale de la CAN 2022, avant de participer à la Coupe du monde 2023 et d’atteindre les huitièmes de finale, devenant ainsi la première sélection arabe à franchir la phase de groupes d’un Mondial féminin. Le recrutement de Vilda portait donc une ambition supérieure au simple maintien de ce niveau. Il fallait que l’expérience espagnole apporte cette accélération qui sépare une équipe capable de rivaliser d’une équipe capable de gagner.

Or, le bilan continental n’a pas encore produit cette rupture. Lors de la CAN 2024, disputée au Maroc en 2025, les Lionnes de l’Atlas ont atteint une deuxième finale consécutive avant de s’incliner face au Nigeria sur le score de 3-2, après avoir pourtant mené 2-0. En 2026, leur parcours s’est arrêté en demi-finale face au Cameroun aux tirs au but, avant une nouvelle défaite aux tirs au but contre l’Algérie dans le match pour la troisième place, synonyme de quatrième rang continental. Le Maroc reste donc loin du titre, alors qu’il avait déjà atteint la finale avant l’arrivée de Vilda et qu’il l’a de nouveau atteinte sous sa direction.

Le critère d’évaluation doit ici rester précis. Il serait injuste de dire que Vilda a échoué à maintenir le Maroc parmi les grandes nations africaines : les résultats disent le contraire. Mais conserver la place d’une sélection parmi les meilleures n’est pas la même chose que la faire progresser. Un entraîneur qui hérite d’une équipe au début d’un projet est jugé sur sa capacité à la faire monter en puissance. Celui qui prend en main une sélection déjà finaliste de la CAN et huitième de finaliste du Mondial est confronté à une autre exigence : qu’a-t-il réellement ajouté ? A-t-il amélioré la capacité à gérer les grands rendez-vous ? A-t-il apporté de nouvelles solutions ? A-t-il élevé le niveau collectif ? Et surtout, a-t-il commencé à préparer la génération appelée à prendre le relais des joueuses qui ont construit cette période historique ?

Les qualifications pour les Jeux olympiques de Paris ont également laissé un signal difficile à ignorer. Le Maroc avait battu la Zambie 2-1 à l’aller, avant de s’incliner 2-0 au retour et de voir disparaître son rêve olympique. Il serait excessif d’attribuer cette élimination au seul entraîneur, mais cette rencontre s’inscrit dans une série de rendez-vous qui invitent à interroger la capacité de la sélection à gérer les moments décisifs, alors même qu’elle bénéficiait d’un élan exceptionnel après son parcours historique au Mondial 2023.

L’enjeu le plus profond se situe peut-être derrière les résultats immédiats. Le Maroc a développé ces dernières années un vivier de jeunes joueuses et obtenu des résultats encourageants dans les catégories d’âge, mais le passage des sélections U17 et U20 vers l’équipe première reste encore insuffisamment structuré. Ce chantier ne relève évidemment pas de Vilda seul : il implique les clubs, la direction technique et les différentes sélections nationales. Mais le sélectionneur de l’équipe A demeure un acteur essentiel de cette transition. Et puisque l’une des grandes valeurs de son parcours espagnol résidait justement dans son expérience du travail avec les jeunes, il est légitime d’interroger l’impact concret de cette expertise sur le football féminin marocain.

La question financière, elle aussi, mérite d’être abordée avec précision. Plusieurs médias ont évoqué pour Vilda une rémunération annuelle d’environ 200 000 euros, contre quelque 170 000 euros lorsqu’il était sélectionneur de l’Espagne. Ces chiffres doivent être considérés comme des données rapportées par la presse tant que la Fédération n’en publie pas officiellement les détails contractuels. Mais le fond du problème ne dépend pas uniquement du montant. Plus le coût d’un recrutement est élevé, plus les objectifs, les critères d’évaluation et les mécanismes de responsabilité doivent être clairs. Une rémunération importante n’est pas en soi un problème lorsqu’elle correspond à une performance importante. Le problème apparaît lorsque l’écart entre l’investissement consenti et la valeur ajoutée produite devient difficile à mesurer.

Il serait tout aussi facile et injuste de faire de Vilda le responsable unique de tout ce qui arrive à la sélection. Les blessures font partie du football, la pression psychologique existe et les grands matchs comportent toujours une part d’incertitude. Mais ces facteurs ne peuvent pas devenir des réponses permanentes. Un entraîneur rémunéré à un niveau professionnel est précisément payé, entre autres, pour préparer son équipe à ces contraintes, prévoir des alternatives, gérer la pression et réduire autant que possible leur impact, plutôt que de les invoquer après le coup de sifflet final.

L’affaire dépasse donc largement Jorge Vilda. Elle renvoie à la manière dont le football national est géré lorsque les grands noms s’accompagnent de grands contrats, tandis que la responsabilité des résultats se disperse entre l’entraîneur, son staff, les joueuses et les circonstances, sans que l’on sache clairement qui doit finalement rendre des comptes. Le public marocain n’a pas seulement le droit de connaître les conditions générales d’un investissement sportif ; il a aussi le droit de savoir quels objectifs ont justifié cet investissement, comment ils sont mesurés et ce qui se passe lorsqu’ils ne sont pas atteints.

Vilda est arrivé au Maroc comme champion du monde. Il a réussi à maintenir les Lionnes de l’Atlas parmi les meilleures équipes du continent, les a conduites à une finale et à une demi-finale de CAN, et les a accompagnées vers la qualification pour la Coupe du monde 2027. Il serait donc excessif de qualifier son expérience d’échec total. Mais il serait tout aussi difficile de parler de réussite complète au seul motif que la sélection continue d’atteindre les phases avancées des compétitions. Le Maroc avait déjà atteint ces étapes avant son arrivée.

La question qui demeure n’est donc pas seulement de savoir si Vilda doit rester ou partir. Elle est plus profonde : qui a fixé les objectifs de son contrat ? Qui évalue les résultats ? Et qui rend des comptes lorsque les objectifs ne sont pas atteints ? Car l’argent consacré au sport national n’est jamais un chiffre isolé de la société. Chaque investissement devrait produire une valeur identifiable, mesurable et défendable devant le public. Les expérimentations peuvent être nécessaires dans le football, mais elles deviennent coûteuses et difficilement acceptables lorsqu’aucun mécanisme clair ne permet d’en assumer les conséquences. À ce moment-là, le débat ne porte plus sur un entraîneur en particulier, mais sur toute une gouvernance qui doit répondre à une question simple : qui contrôle ceux qui contrôlent ?

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