samedi, juillet 11, 2026
AccueilActualitésEntre le vacarme des stades et le silence des mines… Quand le...

Entre le vacarme des stades et le silence des mines… Quand le football révèle la véritable bataille du Maroc autour de la richesse et de la conscience citoyenne

Toutes les défaites ne se mesurent pas au tableau d’affichage, et toutes les victoires ne se célèbrent pas sur un podium. Alors qu’une large partie de l’opinion publique marocaine continuait d’analyser les conséquences de la défaite de la sélection nationale face à la France, le journaliste Ayyoub Ramdani a choisi de déplacer le regard vers un sujet qu’il considère infiniment plus déterminant pour le destin des citoyens : la richesse nationale, sa création, son accumulation et, surtout, sa répartition. Entre les émotions suscitées par quatre-vingt-dix minutes de football et le silence des marchés financiers, il suggère qu’une histoire autrement plus importante est en train de s’écrire.

À première vue, sa publication semble commenter l’actualité sportive. En réalité, le football n’y est qu’un prétexte pour mettre en lumière une contradiction profonde de la société marocaine. Les grands événements sportifs monopolisent l’attention collective, saturent les réseaux sociaux et alimentent les débats populaires, tandis que des mutations économiques majeures se déroulent dans une relative discrétion, alors même qu’elles influencent durablement le niveau de vie, les perspectives de développement et les équilibres sociaux du pays. Le match devient ainsi un miroir révélant davantage la hiérarchie des priorités nationales que le niveau réel d’une équipe sur le terrain.

Pour illustrer son propos, l’auteur évoque la société Managem, devenue l’une des entreprises les plus valorisées de la Bourse de Casablanca grâce à la flambée historique des cours mondiaux de l’or. Lorsque les métaux précieux atteignent des niveaux records, les entreprises minières voient naturellement leur valeur boursière et leurs bénéfices progresser de manière spectaculaire. Ce mécanisme relève de la logique des marchés internationaux. Mais, dans le contexte marocain, il ouvre une interrogation qui dépasse largement les performances financières : qui bénéficie réellement de cette richesse ? Quelle part de cette création de valeur revient effectivement à la collectivité nationale ?

À partir de là, le débat quitte le seul terrain économique pour rejoindre celui des politiques publiques. Les ressources naturelles ne constituent pas uniquement des actifs financiers ; elles représentent un patrimoine stratégique dont la vocation est aussi de soutenir le développement national. Les profits générés par l’exploitation des richesses minières nourrissent donc un questionnement légitime sur leur traduction concrète en investissements dans l’éducation, la santé, les infrastructures, la recherche scientifique, la protection sociale et la réduction des inégalités territoriales. Le débat ne consiste pas à opposer la réussite économique aux exigences sociales, mais à rechercher un équilibre durable entre création de richesse et justice distributive.

Cette réflexion prend une dimension particulière dans le contexte économique international actuel. La hausse exceptionnelle du prix de l’or ne résulte pas uniquement des performances industrielles des entreprises minières. Elle est aussi alimentée par les tensions géopolitiques, les incertitudes qui traversent l’économie mondiale, les fluctuations des marchés financiers et la recherche de valeurs refuges par les investisseurs. Une partie significative des bénéfices exceptionnels provient donc d’un environnement mondial exceptionnel. Dès lors, la véritable question devient celle de la capacité du Maroc à transformer cette conjoncture favorable en levier de développement durable, au lieu de limiter les retombées à une simple embellie financière.

Le message le plus profond du texte réside cependant ailleurs : il s’agit d’une critique implicite de ce que l’on pourrait appeler « l’économie de l’attention ». Les sociétés contemporaines ne se disputent plus seulement les richesses matérielles ; elles se disputent également le temps, les émotions et l’attention des citoyens. Le football, par sa puissance symbolique et affective, capte naturellement une immense partie de cette attention. À l’inverse, les grandes questions liées aux finances publiques, aux ressources naturelles ou à la gouvernance économique demeurent souvent confinées aux rapports spécialisés, alors qu’elles façonnent durablement les conditions de vie des populations.

C’est précisément dans cette perspective que l’auteur évoque la « bataille de la conscience ». Il ne s’agit nullement de minimiser le rôle du sport ni de remettre en cause la légitimité de soutenir l’équipe nationale. Le football demeure un puissant facteur de cohésion sociale et de fierté collective. Mais il ne devrait jamais occulter les débats essentiels portant sur la qualité de l’enseignement, l’efficacité du système de santé, l’indépendance de la justice, les libertés publiques, la dignité des citoyens, la bonne gouvernance ou encore la gestion équitable des richesses naturelles.

En filigrane, cette réflexion renvoie à une interrogation fondamentale qui traverse toutes les sociétés modernes : la puissance d’une nation se mesure-t-elle à ses performances sportives ou à sa capacité de produire de la richesse, de la redistribuer équitablement et d’améliorer durablement les conditions de vie de sa population ? Les victoires sportives renforcent le sentiment national, mais elles ne remplacent ni une école performante, ni un hôpital efficace, ni une économie créatrice d’emplois, ni des institutions solides. Ces missions relèvent avant tout de la qualité des politiques publiques et de la capacité des institutions à transformer les ressources nationales en progrès collectif.

Sur le plan institutionnel et juridique, cette réflexion renvoie directement aux principes de bonne gouvernance, de transparence et de reddition des comptes dans la gestion des ressources naturelles, principes consacrés par la Constitution marocaine. Elle invite également à s’interroger sur le rôle des institutions de contrôle, du Parlement et des mécanismes de régulation économique afin de garantir un équilibre entre l’encouragement de l’investissement privé et la préservation de l’intérêt général.

Socialement, cette publication met en évidence un décalage grandissant entre l’économie telle qu’elle apparaît dans les indicateurs financiers et celle que vivent quotidiennement les citoyens. Les bénéfices des grandes entreprises peuvent progresser rapidement tandis que le pouvoir d’achat, les services publics ou les perspectives d’emploi évoluent à un rythme beaucoup plus lent. Cette dissociation nourrit inévitablement le sentiment que la croissance économique ne profite pas de manière équitable à l’ensemble de la société.

Au fond, cette publication ne constitue ni un simple commentaire sur un match de football, ni une réaction aux performances d’une entreprise cotée en Bourse. Elle propose une redéfinition de ce que devrait être la véritable victoire nationale. Une victoire qui ne se limite pas aux succès sportifs, mais qui se mesure à la capacité d’un pays à transformer ses richesses naturelles en écoles plus performantes, en hôpitaux plus accessibles, en une justice plus indépendante, en davantage d’opportunités économiques et en une société plus juste. C’est à cette condition que les exploits sportifs deviennent le reflet d’une réussite nationale globale, et non un substitut aux débats essentiels sur le développement, la gouvernance et le partage de la richesse.

Articles connexes

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_imgspot_imgspot_imgspot_img

Les plus lus

Recent Comments