mercredi, juin 24, 2026
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« Au-delà d’Amine Nassour : ce que révèle la confrontation entre Haiker et les cinéastes sur la crise silencieuse entre politique et culture au Maroc »

Entre contrôle politique et défense de la compétence : que révèle la controverse autour d’Amine Nassour et Abdelsamad Haiker sur le cinéma marocain ?

Les déclarations du député Abdelsamad Haiker lors d’une séance de questions orales à la Chambre des représentants n’ont pas constitué une simple intervention parlementaire parmi d’autres. Elles ont rapidement déclenché un débat qui a dépassé les murs du Parlement pour gagner les milieux cinématographiques, culturels et médiatiques. Entre ceux qui considèrent ses propos comme l’expression légitime de la mission de contrôle du Parlement sur les politiques publiques et ceux qui y voient une attaque injustifiée contre des compétences reconnues et des institutions professionnelles établies, une question plus profonde émerge : quelle est aujourd’hui la nature des rapports entre le politique et la culture au Maroc ?

Les informations disponibles montrent qu’Amine Nassour a été nommé à la présidence de la Commission d’aide à la production cinématographique dans le cadre d’une procédure officielle, conformément aux mécanismes institutionnels mis en place par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication et le Centre cinématographique marocain. Cette nomination s’inscrit dans un dispositif composé de représentants de diverses institutions et organisations professionnelles du secteur.

Pour autant, les critiques formulées par Abdelsamad Haiker ne sont pas apparues dans un vide politique. Elles s’inscrivent dans une interrogation plus large concernant la gouvernance des fonds publics consacrés à la culture, les critères de nomination et les garanties de transparence. Dans une démocratie, de telles questions relèvent naturellement du débat public, même lorsque leurs conclusions font l’objet de désaccords.

C’est précisément là que le débat prend une dimension plus complexe. Car il ne s’agit pas seulement d’un homme ou d’une fonction. Il s’agit d’un secteur qui occupe une place particulière dans la construction de l’image du Maroc, dans son rayonnement culturel et dans sa diplomatie d’influence. Le cinéma est à la fois un art, une industrie, un outil de mémoire collective et un vecteur de projection internationale.

La véritable question est donc la suivante : le débat porte-t-il réellement sur Amine Nassour, ou sur l’ensemble du système de soutien au cinéma marocain ?

Le parcours d’Amine Nassour montre qu’il s’est imposé au fil des années comme une figure importante de la scène culturelle marocaine. Son expérience dans le théâtre et dans la création artistique lui a permis d’acquérir une légitimité reconnue par de nombreux professionnels du secteur. Aux yeux de ses soutiens, sa présence à la tête de la commission relève donc d’une logique de compétence et d’expérience plutôt que d’une logique de privilège.

Mais les partisans d’un contrôle renforcé des politiques publiques soulèvent une interrogation tout aussi légitime : la réussite artistique suffit-elle à garantir la confiance dans la gestion des mécanismes de financement public ? Peut-on dissocier totalement la compétence créative des exigences de gouvernance et de transparence ?

Cette tension n’est d’ailleurs pas propre au Maroc. Dans la plupart des grandes industries cinématographiques du monde, des débats similaires apparaissent régulièrement autour de l’attribution des aides publiques, des critères de sélection et des risques potentiels de conflits d’intérêts. Poser des questions sur la gestion des fonds publics ne constitue pas une attaque contre l’art ; mais considérer toute critique comme une hostilité envers la culture peut également fragiliser la confiance dans les institutions.

Ce qui frappe dans cette affaire est que les réactions des professionnels du cinéma ne se limitent pas à défendre Amine Nassour en tant qu’individu. Elles expriment surtout une volonté de protéger la crédibilité des institutions professionnelles et des mécanismes légaux qui encadrent l’attribution des aides. Plusieurs responsables de fédérations et d’organisations du secteur ont insisté sur le fait que l’évaluation d’une commission doit reposer sur ses résultats, ses critères et son bilan, et non sur des jugements préconçus.

Cette controverse met ainsi en lumière une difficulté récurrente dans les politiques culturelles : comment préserver l’autonomie de la création tout en garantissant l’obligation de rendre des comptes lorsque des ressources publiques sont engagées ?

Si le contrôle parlementaire se transforme en accusation sans fondement solide, il risque de nuire aux personnes et aux institutions. Mais si la défense des institutions devient un prétexte pour refuser toute interrogation ou toute évaluation critique, alors c’est le principe même de transparence qui s’affaiblit.

Le cinéma marocain traverse aujourd’hui une phase importante de son développement. Sa présence dans les festivals internationaux, l’évolution de son cadre juridique et les réformes engagées dans le secteur témoignent d’une dynamique réelle. Toutefois, le défi le plus important n’est pas uniquement de produire davantage de films ou de remporter davantage de distinctions.

Le véritable enjeu est de construire une confiance durable entre l’État, les professionnels et la société. Une confiance fondée non sur les déclarations ou les postures, mais sur la clarté des règles, la transparence des procédures et la capacité à répondre aux interrogations légitimes.

Demain, la polémique autour d’Amine Nassour ou d’Abdelsamad Haiker finira probablement par s’estomper. Mais la question qu’elle soulève demeurera : comment le Maroc peut-il protéger la liberté de création contre les tentations de la politisation tout en garantissant une gestion irréprochable de l’argent public ?

C’est sans doute là que réside le véritable débat, bien au-delà des personnes et des circonstances. Un débat qui concerne l’avenir même de la culture marocaine, sa crédibilité institutionnelle et sa capacité à conjuguer liberté, excellence et responsabilité.

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