mardi, avril 21, 2026
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Braka ébranle l’image du gouvernement : échec sur l’emploi et incapacité à contenir la spéculation dans les carburants

Braka ouvre une brèche au sein de la majorité : les chiffres officiels du gouvernement confrontés à la réalité du chômage, de la spéculation et de l’érosion du pouvoir d’achat

L’intervention de Nizar Braka, secrétaire général du Parti de l’Istiqlal et ministre de l’Équipement et de l’Eau, dépasse le simple exercice d’évaluation sectorielle. Elle s’impose comme une lecture politique interne à la majorité gouvernementale elle-même, révélant des fissures dans le récit officiel et interrogeant la capacité réelle des politiques publiques à produire des effets sociaux visibles.

Alors que le discours gouvernemental continue de mettre en avant l’objectif de création d’un million d’emplois à l’horizon 2026, Braka propose une lecture plus nuancée, fondée sur des indicateurs qu’il estime plus proches du terrain. Le chômage, souligne-t-il, n’a reculé que marginalement, passant de 13,6 % à 13 %, un niveau qui demeure élevé malgré une hausse significative de l’investissement public, passé de 230 à environ 380 milliards de dirhams.

Cette divergence entre ambition affichée et résultats tangibles pose une question centrale : l’investissement public, à lui seul, peut-il structurer durablement le marché de l’emploi sans une dynamique équivalente du secteur privé ? Braka lui-même suggère un déséquilibre, pointant une implication insuffisante du secteur privé malgré les orientations royales appelant à un partage plus équilibré de l’effort d’investissement.

En arrière-plan, le marché du travail apparaît fragilisé par des facteurs structurels, notamment les effets du changement climatique. La perte annuelle d’environ 200 000 emplois dans le secteur agricole liée à la sécheresse met en évidence la vulnérabilité de l’économie productive et interroge la notion même de souveraineté économique et alimentaire.

Autre angle sensible : l’insertion des femmes dans le marché du travail. Malgré l’amélioration du niveau de formation, leur participation n’évolue que très lentement, passant de 19 % à 20 %. Ce décalage souligne la persistance de barrières sociales, logistiques et culturelles qui freinent encore leur intégration économique effective.

Sur le plan du pouvoir d’achat, le constat devient encore plus délicat. Si le gouvernement met en avant plusieurs mesures de soutien — subventions, exonérations fiscales, aides ciblées — Braka reconnaît implicitement une détérioration continue de la situation de la classe moyenne, prise en étau entre inflation et rigidité des revenus.

Le secteur des hydrocarbures constitue ici un point de tension majeur. Malgré des mécanismes de régulation annoncés, les prix nationaux des carburants auraient évolué au-delà des tendances internationales, révélant selon lui l’incapacité à maîtriser les comportements spéculatifs et les marges excessives dans la chaîne de distribution.

Cette logique de spéculation ne se limiterait pas aux carburants. Elle s’étend également aux produits alimentaires et au bétail, où des hausses de prix persistent malgré la disponibilité de l’offre. Ce constat alimente une perception sociale de dysfonctionnement des mécanismes de contrôle du marché et de persistance de pratiques opportunistes en période de crise.

Dans cette perspective, Braka introduit la notion de souveraineté alimentaire comme enjeu stratégique majeur. Les fluctuations de production agricole et les perturbations des chaînes d’approvisionnement affectent directement les prix des biens essentiels, renforçant la nécessité d’une réforme structurelle de la politique agricole et commerciale.

À plus long terme, il met également en avant la question sensible des retraites, qualifiée de chantier incontournable mais longtemps différé. L’absence de consensus entre les acteurs concernés a repoussé les réformes attendues, aggravant les déséquilibres financiers et sociaux des régimes existants.

Au-delà des aspects techniques, Braka défend l’idée d’un modèle de réforme qui dépasse les ajustements paramétriques pour aboutir à un véritable pôle public de retraite, capable d’assurer un équilibre entre viabilité financière et justice sociale.

Enfin, sur le plan politique, ses propos s’inscrivent dans une lecture élargie de la prochaine échéance électorale. Celle-ci ne devrait pas, selon lui, être réduite à des considérations conjoncturelles ou à des projets événementiels, mais s’inscrire dans une vision stratégique globale intégrant la réduction des disparités territoriales, la mise en œuvre du chantier de l’autonomie et la construction d’un Maroc à vitesse unique.

Au-delà du constat économique, cette prise de parole traduit une réalité politique plus profonde : l’émergence, au sein même de la majorité, de lectures divergentes sur l’efficacité des politiques publiques. Entre les promesses macroéconomiques et les tensions sociales du quotidien, c’est toute la question de la crédibilité du modèle de développement qui se trouve, une nouvelle fois, mise à l’épreuve.

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