Loin de considérer les élections comme une simple échéance institutionnelle, Abdelrahim Rmah les inscrit au cœur d’une problématique plus profonde : celle de la crédibilité de l’État, de la confiance citoyenne et du sens même de l’action politique. Dans son analyse sur le renforcement des institutions élues, il ne se limite pas à décrire des dysfonctionnements ; il met en lumière une crise structurelle qui interroge les mécanismes de production des élites et la capacité du système politique à se réformer de l’intérieur.
À l’approche des législatives de 2026, son propos prend des allures d’avertissement : il ne s’agit pas seulement de préparer un scrutin, mais de tester la solidité du lien entre institutions et société, dans un contexte marqué par de profondes mutations sociales, économiques et culturelles.
Rmah commence par un point en apparence technique : le processus des investitures. Pourtant, derrière cette procédure, il révèle une transformation majeure du fonctionnement des partis politiques.
Autrefois structurées autour de consultations internes et d’une certaine prise en compte des bases militantes, les investitures semblent aujourd’hui de plus en plus déterminées par la capacité à gagner, parfois au détriment des principes.
Ce glissement n’est pas anodin. Il produit, selon lui, des élus dont la légitimité politique et morale est fragilisée, ce qui affecte directement la qualité des institutions.
Dès lors, une question s’impose : comment bâtir des institutions solides si leur point d’entrée est lui-même défaillant ?
Sur un terrain plus sensible, Rmah aborde la question de l’usage de l’argent illicite dans les élections. Il ne s’agit plus, dans son analyse, d’une dérive ponctuelle, mais d’un phénomène qui tend à se structurer.
L’argent devient un levier central de conquête électorale, au point de redessiner les équilibres de représentation.
Mais ce qui frappe dans son raisonnement, c’est le contraste historique qu’il évoque : une époque où les électeurs pouvaient accepter l’argent sans pour autant accorder leur voix. Cette forme de résistance morale semble aujourd’hui s’éroder.
Derrière ce constat, une interrogation implicite surgit : assiste-t-on à une transformation des valeurs collectives sous l’effet des pressions économiques, ou à une banalisation progressive des pratiques contestables ?
Dans les deux cas, l’impact est lourd : une perte de crédibilité des institutions et un affaiblissement du pacte démocratique.
Rmah s’attarde ensuite sur les programmes électoraux, qu’il décrit comme de plus en plus similaires, au point d’effacer les clivages idéologiques.
Lorsque les différences entre partis deviennent imperceptibles, la politique perd sa fonction première : offrir un choix.
Ce brouillage s’accompagne, selon lui, d’un décalage manifeste entre discours et pratiques : entre les promesses électorales, l’action gouvernementale et les lois adoptées.
Il en résulte une image dégradée du Parlement, non pas en raison du volume législatif, mais à cause de l’impact limité des lois sur les libertés publiques, la justice sociale et les droits fondamentaux.
Ainsi, la crise n’est pas seulement institutionnelle ; elle est aussi symbolique.
Dans ce contexte, l’abstention électorale n’apparaît plus comme une énigme, mais comme une conséquence logique.
Pour Rmah, elle traduit une rupture progressive entre les citoyens et les institutions, nourrie par le manque de clarté, les soupçons de corruption et l’absence de résultats tangibles.
Dès lors, une interrogation s’impose : les campagnes de sensibilisation suffisent-elles à mobiliser les électeurs, ou faut-il s’attaquer aux causes profondes de la défiance ?
En se projetant vers les échéances de 2026 et 2027, Rmah insiste sur la ضرورة d’une réflexion au-delà du moment électoral.
Le problème, selon lui, ne réside pas uniquement dans les textes juridiques, mais dans leur application, notamment au niveau des collectivités territoriales, où la présence d’élus soupçonnés de corruption affecte la gouvernance locale et l’image globale des institutions.
Le défi est donc double : garantir la transparence et restaurer la confiance.
Enfin, Rmah conclut sur une question centrale : la moralisation de la vie politique.
Sans mécanismes effectifs de contrôle et de sanction au sein des partis et des institutions, toute réforme reste incomplète.
Son constat est sans détour : les partis politiques peinent à assumer leur rôle de régulation interne, se montrant souvent tolérants face aux تجاوزات de leurs élus.
D’où sa proposition de mettre en place des instances dédiées à l’éthique, à tous les niveaux, afin de réhabiliter la dimension morale de l’engagement politique.
Au fond, l’analyse d’Abdelrahim Rmah dépasse la seule question électorale. Elle met en évidence une tension profonde entre les ambitions affichées de renforcement institutionnel et les pratiques qui en compromettent la réalisation.
Entre partis en quête de victoire, citoyens en retrait et institutions fragilisées, une question demeure suspendue :
peut-on réformer les résultats du jeu politique sans en repenser les règles fondamentales ?


