Dans un moment culturel où le cinéma est plus que jamais appelé à redéfinir ses rôles — non pas simplement comme un moyen de divertissement, mais comme un outil pour comprendre les transformations profondes qui traversent les sociétés — la ville de وزان se pose à nouveau comme un espace symbolique pour ce défi, en accueillant la deuxième édition du Festival International du Printemps de la Cinéma Afro-Asiatique de Ouezzane. Cette édition ne se lit pas seulement à travers sa programmation, mais également à travers ce qu’elle propose implicitement comme questions sur la place du cinéma venant du Sud et sa capacité à imposer des narrations alternatives face à la domination des modèles établis.
Le communiqué, en apparence, fournit des données techniques : jury, films, sections parallèles. Mais en profondeur, il révèle une tentative de construire un équilibre subtil entre le local et le transfrontalier. Le choix des membres du jury, tels que عثمان أشقرا, David-Pierre Fila et بشرى أهريش, ne reflète pas seulement une diversité géographique, mais traduit une volonté de consolider un dialogue esthétique entre différentes expériences, où les critères ne sont pas uniquement dictés par le goût artistique, mais aussi par une conscience critique des contextes de production et de l’identité.
Quant à la compétition officielle, elle apparaît comme une carte miniature des tensions créatives au sein de l’espace afro-asiatique en mouvement. Du film “الزرقا” du réalisateur داوود أولاد السيد, qui porte en lui-même l’empreinte d’un cinéma marocain imprégné des questions de marginalité et d’identité, à “Waongo” de la réalisatrice Augusta Palenfo, jusqu’à “Wandering Earth” du réalisateur Frant Gwo, nous sommes confrontés à une mosaïque où la langue cinématographique ne crée pas l’unité autant que le souci créatif commun : comment raconter le monde depuis nos propres perspectives ?
Cette même inquiétude se retrouve dans la section “Panorama”, qui, en apparence, semble être un espace hors compétition, mais qui constitue en réalité un laboratoire libre pour l’expérimentation. La projection du film “À QUAND L’AFRIQUE ?” du réalisateur David-Pierre Fila, présenté au Berlin International Film Festival, n’est pas un choix arbitraire : elle fait appel à une question différée depuis longtemps : quand l’Afrique reprendra-t-elle le contrôle de sa représentation visuelle ? Quand passera-t-elle de sujet filmé à sujet créateur de son image ?
Le choix du cinéma chinois comme invité d’honneur ouvre également la porte à une lecture géoculturelle plus large. La Chine, devenue un acteur central de l’économie mondiale, impose également sa présence dans le domaine culturel, et le cinéma y devient un instrument subtil de redistribution des équilibres symboliques. Sommes-nous face à un partenariat culturel équitable ou à une extension du soft power cherchant un pied dans les espaces culturels africains ?
Le programme culturel parallèle n’est pas moins important que les projections elles-mêmes ; il constitue peut-être le cœur battant du festival. Masterclass de David-Pierre Fila sur le film documentaire, table ronde sur les transformations de l’expression visuelle, puis séance de lecture autour du livre “سينما différente” du réalisateur محمد الشريف الطريبق : autant d’éléments qui confirment que l’enjeu ne se limite pas à la projection des films, mais à la production d’un discours à leur sujet. Ici, le cinéma devient non seulement un produit artistique, mais un objet de réflexion, un questionnement au-delà de l’image.
Cependant, l’un des aspects les plus significatifs de cette édition reste celui lié aux jeunes générations. Le convoi cinématographique destiné aux enfants n’est pas un simple événement parallèle, mais un investissement à long terme dans la formation du goût visuel. Dans un pays où la culture cinématographique souffre encore de déséquilibres structurels, ce type d’initiative représente un pari sur l’avenir : quel public voulons-nous former ? Quel cinéma peut se développer sans ce public ?
En conclusion, le Festival International du Printemps de la Cinéma Afro-Asiatique de Ouezzane ne peut être lu seulement comme un événement culturel ponctuel, mais comme un signal de transformations plus profondes dans le paysage cinématographique marocain et afro-asiatique. Il tente de redessiner les cartes de la rencontre entre les deux Suds — africain et asiatique — et d’ouvrir un débat qui dépasse l’écran, interrogeant identité, pouvoir et représentation. Entre ce qui est projeté à l’écran et ce qui est discuté hors de celui-ci, se forme le sens véritable de ce festival : le cinéma comme horizon de réflexion, et non comme simple divertissement.


