vendredi, avril 17, 2026
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« Houria Boutayeb de retour : le soft power marocain franchit l’Atlantique vers l’Amérique latine »

Après une absence de plus de quinze ans de l’antenne, le retour de Houria Boutayeb ne se limite pas à un simple événement professionnel, mais s’apparente à un repositionnement symbolique au sein d’un paysage médiatique en pleine mutation, où les bulletins d’information ne se contentent plus de transmettre les nouvelles, mais deviennent des instruments d’influence et de construction de représentations. Dans ce contexte, son expérience aux côtés de Zoubida Fathi s’inscrit dans un projet qui dépasse les frontières de l’écran pour se rapprocher d’une logique de « diplomatie médiatique » sur laquelle le Maroc mise pour son extension vers l’Amérique latine.

Ce qui se déroule dans le plateau de Al Aoula n’est pas qu’une évolution de forme ou de contenu, mais une transformation de fonction : passer d’un média destiné au public intérieur à un média redéfinissant la position du Maroc dans la géographie symbolique mondiale. Le choix conscient de la langue espagnole et l’orientation vers l’espace latino-américain reflètent une compréhension croissante que les batailles d’influence ne se jouent plus seulement dans les capitales politiques, mais aussi dans les espaces de l’image et du discours.

L’expérience du duo Fathi–Boutayeb exploite cette transformation avec une intelligence complexe : elle combine une longue expérience de terrain et une capacité analytique académique, faisant de la matière médiatique quelque chose qui dépasse la superficialité du reportage pour construire une narration cohérente sur le Maroc dans ses relations avec l’Autre. Ici, la nouvelle n’est pas présentée comme un simple fait, mais comme une entrée vers une réinterprétation des relations internationales sous un angle culturel et humain, où la télévision devient une plateforme de production de sens, et non un simple canal de diffusion.

Le choix du Pérou comme point de départ n’est pas anodin, mais reflète la volonté d’explorer de nouvelles sphères d’influence hors des circuits traditionnels. L’entretien réalisé au sein de la résidence diplomatique de l’ambassadeur du Pérou au Maroc ne s’est pas limité à l’aspect officiel, mais s’est ouvert à la profondeur culturelle et civilisationnelle, en utilisant intelligemment des éléments comme la cuisine péruvienne comme médiateur symbolique du rapprochement. C’est un choix stratégique, car le soft power se construit souvent à partir de détails qui dépassent la politique pour toucher le quotidien et l’humain.

En profondeur, ce projet converge avec la vision plus large que le Maroc porte dans le cadre de l’Initiative Atlantique marocaine, où la géographie n’est plus un obstacle mais une opportunité de remodeler les champs d’influence. Ainsi, la langue espagnole se transforme d’un simple outil de communication en levier stratégique permettant de repositionner le Maroc au sein d’un espace culturel et économique allant de l’Afrique du Nord au cœur de l’Amérique latine.

Ce que Boutayeb et Fathi proposent n’est donc pas seulement un programme télévisé, mais un modèle illustrant comment le service public peut se transformer en acteur de la politique étrangère informelle. Un modèle qui pose une question essentielle : sommes-nous témoins de l’émergence d’une « doctrine médiatique » marocaine nouvelle, consciente que l’influence au XXIe siècle se construit autant par l’image que par les positions politiques ?

Dans cette perspective, le retour de Houria Boutayeb est moins lié au passé qu’engagé dans le combat du futur : un combat mené par la caméra mais décidé sur les cartes de l’influence.

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