mercredi, avril 29, 2026
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Mohamed Ouzzine alerte : l’audiovisuel public glisse vers un marché de la médiocrité et banalise la dégradation du goût et de la conscience collective

Dans une séquence politique qui peut sembler, à première vue, routinière, le député Mohamed Ouzzine a choisi d’ouvrir un front inhabituel au sein du Parlement marocain. À travers une question écrite adressée au ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, il met en lumière ce qu’il considère comme une dérive préoccupante du paysage médiatique national. Mais derrière la vigueur du propos, se dessine un débat bien plus profond, qui dépasse la simple critique de contenus pour interroger un modèle médiatique dans son ensemble, ses valeurs, ses logiques économiques et son rôle symbolique dans la société.

Le texte, dans sa construction et sa tonalité, ne se limite pas à une dénonciation morale. Il repose, en réalité, la question fondamentale de la fonction des médias : le service public remplit-il encore sa mission d’éveil et d’éducation, ou a-t-il progressivement glissé vers une logique de marché où l’audience devient l’unique arbitre ? Lorsque Ouzzine évoque un « marché de surenchères » ou une « arène de chantage », il ne vise pas seulement certaines pratiques marginales, mais suggère une mutation structurelle dans la fabrique de l’information : le sensationnel supplante le sens, l’exposition remplace l’enquête, et les réalités sociales sont réduites à des séquences choc, calibrées pour la viralité.

Au cœur de cette mutation émerge ce qu’il qualifie de « banalisation de la médiocrité ». Cette notion ouvre la voie à une lecture plus sociologique du phénomène : le problème ne réside plus uniquement dans l’existence de contenus faibles, mais dans leur normalisation, voire leur demande implicite par le public. Cette banalisation s’inscrit dans un écosystème hybride, nourri par l’économie du « buzz » numérique et par la pression concurrentielle qui pèse sur les médias traditionnels. Ces derniers se retrouvent, paradoxalement, engagés dans une compétition avec des plateformes qui n’obéissent ni aux mêmes exigences professionnelles ni aux mêmes responsabilités éthiques.

La référence à des programmes à forte audience familiale, tels que Lalla Laaroussa, n’est pas anodine. Ces formats, censés renforcer les liens sociaux et transmettre des valeurs collectives, deviennent — selon le propos parlementaire — des espaces où s’expriment parfois des formes de violence symbolique ou verbale. Une contradiction s’impose alors : le média, censé consolider le tissu social, peut dans certains cas contribuer à son effritement.

Mais l’interpellation la plus sensible porte sans doute sur les mécanismes de régulation. En évoquant l’infiltration des logiques marchandes au cœur même de l’audiovisuel public, Ouzzine place les instances de contrôle face à une question décisive : sont-elles encore en mesure de tracer la frontière entre liberté d’expression et dérive, entre concurrence légitime et dégradation des standards ? Ou bien les mutations numériques ont-elles rendu les outils classiques de régulation obsolètes, voire impuissants ?

Au-delà du cas marocain, ce questionnement renvoie à une tension universelle entre deux modèles : celui du service public, fondé sur la transmission, l’éducation et la responsabilité, et celui du marché, structuré par l’attractivité et la captation de l’attention. Toutefois, la spécificité du contexte marocain — comme le suggère le texte — réside dans le fait que l’audiovisuel public est financé par des fonds publics, ce qui confère à ce débat une dimension éthique accrue : qui décide de ce qui mérite d’être diffusé au nom du citoyen ?

En filigrane, la question écrite révèle une inquiétude plus diffuse, mais profondément ancrée dans la société : celle de la reconfiguration du goût collectif, de la redéfinition progressive des normes du « tolérable » et de « l’inacceptable », notamment chez les jeunes générations, dont une grande partie des représentations se construit désormais à travers l’écran. Lorsque la médiocrité devient familière, le danger ne réside plus dans un contenu isolé, mais dans les critères mêmes qui se redessinent silencieusement.

Ainsi, ce qui pourrait apparaître comme une simple procédure parlementaire se transforme en point d’entrée vers une réflexion plus large sur l’avenir des médias au Maroc. Sommes-nous face à une phase de transition nécessitant une refondation des règles, ou à une dérive appelée à s’installer durablement faute de débat public structuré ? Entre ces deux perspectives, l’enjeu central demeure celui que suggère implicitement le texte : rétablir un équilibre fragile entre liberté et responsabilité, entre attractivité et exigence, et, au fond, entre le droit du public à se divertir et son droit fondamental à une information qui respecte son intelligence.

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