mardi, avril 14, 2026
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Un excédent sous tension : équilibre financier ou stabilité comptable fragile au cœur des finances publiques marocaines ?

À un moment où les indicateurs des finances publiques semblent traduire une forme d’équilibre comptable maîtrisé, les données publiées par la Trésorerie Générale du Royaume révèlent en réalité une architecture bien plus complexe qu’un simple excédent budgétaire. Derrière les chiffres, se dessine une dynamique où s’entrelacent évolution de la fiscalité, pression des dépenses, poids de la dette et reconfiguration progressive des équilibres structurels des finances publiques marocaines.

Selon les statistiques arrêtées à fin mars 2026, le Trésor affiche un excédent budgétaire de 6,5 milliards de dirhams, contre 5,9 milliards un an plus tôt. Ce solde positif, en apparence rassurant, repose toutefois sur un équilibre global incluant un solde excédentaire de 21,2 milliards de dirhams provenant des comptes spéciaux du Trésor et des services de l’État gérés de manière autonome. Ce détail technique est loin d’être anodin : il interroge la nature même de l’équilibre affiché, entre amélioration réelle des fondamentaux et effets de construction comptable liés à la structure des comptes publics.

Sur le plan des recettes, la trajectoire est clairement haussière. Les recettes ordinaires brutes atteignent 123,42 milliards de dirhams, en progression de 8,3 %. Cette évolution est principalement portée par la hausse des impôts directs et indirects, ainsi que des droits d’enregistrement et de timbre. En revanche, les droits de douane reculent, tout comme certaines recettes non fiscales. Ce basculement met en lumière une tendance de fond : le financement de l’État repose de plus en plus sur la fiscalité intérieure, tandis que les ressources liées au commerce extérieur ou aux revenus non fiscaux perdent progressivement du poids relatif.

Mais cette dynamique de recettes s’accompagne d’une montée parallèle des dépenses ordinaires, qui s’établissent à 108,33 milliards de dirhams, en hausse de 4,9 %. Cette progression est alimentée par l’augmentation des dépenses de biens et services, mais surtout par la hausse du coût des intérêts de la dette. Ce dernier élément apparaît désormais comme une variable structurelle lourde, qui réduit mécaniquement les marges de manœuvre budgétaires et renforce la dépendance de l’équilibre global à la soutenabilité de l’endettement.

Dans ce contexte, le solde ordinaire dégage un excédent de 15,09 milliards de dirhams, contre 10,7 milliards un an auparavant. Une amélioration numérique réelle, mais qui s’inscrit dans un environnement où les dépenses progressent simultanément sur plusieurs fronts, notamment le fonctionnement, l’investissement et le service de la dette.

S’agissant du budget général, les dépenses émises atteignent 151,96 milliards de dirhams, en hausse de 6 %. Cette évolution s’explique par la progression des dépenses de fonctionnement, d’investissement, ainsi que des charges de dette budgétisées. Elle confirme la persistance d’une pression structurelle sur les finances publiques, dans un contexte où l’investissement public demeure un levier essentiel d’accompagnement des transformations économiques et sociales.

Par ailleurs, les comptes spéciaux du Trésor enregistrent des recettes de 67,7 milliards de dirhams pour des dépenses de 47,3 milliards, dégageant un solde positif de 20,4 milliards. Toutefois, ces flux spécifiques, par leur nature technique et leur logique d’affectation, nécessitent une lecture prudente, dans la mesure où ils peuvent refléter des mécanismes de transfert ou des opérations ponctuelles, plutôt qu’une dynamique économique linéaire.

Enfin, les services de l’État gérés de manière autonome affichent des recettes de 737 millions de dirhams, en légère progression par rapport à l’année précédente. Un niveau marginal dans l’architecture globale, mais qui participe néanmoins à la photographie d’ensemble des finances publiques.

Au total, ces données ne se limitent pas à constater un excédent budgétaire. Elles dessinent plutôt une phase de transition où l’amélioration des recettes fiscales coexiste avec la montée des charges de dette et la rigidité croissante des dépenses. Le solde positif, dans cette perspective, apparaît moins comme un aboutissement que comme un équilibre conjoncturel, suspendu entre consolidation fiscale et tensions structurelles persistantes.

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