Dans un contexte politico-judiciaire où s’entrecroisent enjeux personnels, sensibilité de l’argent public et financements électoraux, l’affaire de l’ancien parlementaire Rachid El Faïk revient au centre du débat. Les déclarations de sa défense révèlent de nouveaux éléments liés à sa situation en milieu carcéral et au devenir d’une plainte financière encore ouverte à plusieurs scénarios, sur fond de divergences de récits entre les parties concernées.
Selon les précisions apportées par son avocat au barreau de Fès, Mohamed Hassi, son client, actuellement détenu, envisagerait d’entamer une grève de la faim pouvant aller jusqu’à des conséquences extrêmes, pour protester contre ce qu’il considère comme une absence d’écoute effective concernant une plainte qu’il a déposée. Celle-ci porterait sur un litige financier l’opposant à des acteurs politiques, dont le nouveau secrétaire général du Rassemblement National des Indépendants, Mohamed Chouki, autour de montants supposément liés à des engagements pris durant une période électorale.
D’après la version de la défense, l’origine du différend remonterait à un accord portant sur un montant global avoisinant 800 millions de centimes, que plusieurs parties devaient réunir. Il est avancé que le plaignant aurait contribué à hauteur de 200 millions de centimes, avant qu’une partie ne lui soit restituée (environ 80 millions), laissant un reliquat de 100 millions de centimes non réglé. Cette situation est interprétée par la défense comme un manquement aux engagements financiers, voire une atteinte à la confiance contractuelle.
Ces éléments, tels que présentés, demeurent toutefois au stade d’allégations de la défense, en l’absence de conclusions judiciaires définitives. Le dossier serait, selon les mêmes sources, entre les mains du parquet, qui aurait procédé à une première audition du concerné, sans que celle-ci ne soit approfondie, en raison notamment de son état de santé, empêchant un examen exhaustif des faits.
Ce relatif arrêt de la procédure soulève des interrogations d’ordre juridique sur la régularité du traitement de la plainte, mais aussi sur l’effectivité du droit au recours pour une personne en situation de détention. La question devient d’autant plus sensible lorsqu’elle touche à des flux financiers supposés liés à des périodes électorales, ce qui renvoie directement à la problématique de la transparence du financement politique et à la confiance des citoyens.
La défense affirme par ailleurs que plusieurs relances ont été effectuées depuis l’établissement pénitentiaire, sans qu’une nouvelle audition approfondie ne soit programmée, ce qui serait perçu comme un vide procédural nécessitant la reprise de l’enquête dans des conditions plus complètes, permettant d’examiner l’ensemble des éléments invoqués.
Dans un registre parallèle, l’avocat critique certaines couvertures médiatiques de l’affaire, estimant qu’elles s’éloignent du langage juridique rigoureux au profit de formulations à connotation interprétative ou sensationnaliste. Il insiste sur le fait que ce type de litige doit rester strictement encadré par les mécanismes judiciaires, seuls habilités à trancher un différend de nature financière.
Au-delà du cas individuel, cette affaire ravive un débat plus large sur les interactions entre politique et argent dans le contexte électoral, ainsi que sur les mécanismes de reddition des comptes des acteurs publics, même après la fin de leurs mandats ou leur implication dans d’autres affaires judiciaires.
En effet, Rachid El Faïk a déjà été associé, selon des données judiciaires publiques, à des affaires liées à l’urbanisme, à la corruption et à la dilapidation de fonds publics, ayant conduit à sa déchéance de son mandat parlementaire et à une condamnation pénale.
Toutefois, la dimension nouvelle introduite par cette plainte soulève une interrogation centrale : s’agit-il d’un litige financier isolé, ou d’un fragment d’un système plus large de relations financières nouées durant les périodes électorales ?
En définitive, le dossier semble se structurer autour de trois niveaux imbriqués : un niveau judiciaire lié à l’issue de la plainte et à la conduite de l’enquête, un niveau des droits fondamentaux concernant les garanties procédurales du détenu, et un niveau politico-financier qui interroge la transparence et la régulation des financements électoraux.
Entre ces dimensions, une question demeure en suspens : les institutions compétentes vont-elles approfondir l’enquête et garantir l’audition complète de toutes les parties, ou le dossier restera-t-il prisonnier d’un entre-deux, entre version défensive et inertie procédurale, au risque d’alimenter davantage le doute sur l’articulation entre justice, politique et argent ?


