La vidéo publiée par l’ancien sélectionneur national Walid Regragui sur ses réseaux sociaux ne constitue pas seulement un message d’adieu émotionnel adressé aux supporters marocains. Elle apparaît également comme une tentative de figer dans la mémoire collective une étape marquante de l’histoire récente du football national, avant la clôture officielle d’un cycle technique qui a suscité à la fois admiration et interrogations.
À travers des séquences retraçant les moments forts de son passage à la tête des « Lions de l’Atlas », le coach a accompagné son message du slogan symbolique : « Dima Maghrib… Dieu – Patrie – Roi… Merci ». Un discours chargé d’émotion qui met en avant la dimension identitaire et patriotique associée à son parcours.
Cependant, au-delà de cette dimension symbolique, la fin de son mandat ouvre un débat plus large sur l’évaluation réelle de cette période. Nommé en août 2022, Regragui a inscrit son nom dans l’histoire en conduisant le Maroc à la quatrième place lors de la Coupe du Monde de la FIFA 2022, une performance inédite pour le football africain et arabe. Cet exploit a placé le Maroc au centre de la scène internationale et a rehaussé le niveau d’exigence autour de l’équipe nationale.
Mais le bilan ne peut être analysé uniquement à travers cet exploit mondial. La défaite en finale de la Coupe d’Afrique des Nations face à l’équipe du Sénégal national football team, le 18 janvier dernier, a ravivé les discussions sur la capacité du staff technique à transformer la dynamique créée au Qatar en titres continentaux. Cette rencontre a marqué un tournant symbolique, confirmant que le football moderne repose autant sur la régularité des performances que sur les moments de gloire.
Derrière le débat sportif se profile toutefois une interrogation plus structurelle : celle de la gestion financière et de la gouvernance institutionnelle. Durant son mandat, le sélectionneur et son staff ont bénéficié de rémunérations élevées, dans le cadre de contrats supervisés par la Fédération Royale Marocaine de Football. Ces engagements contractuels soulèvent aujourd’hui une question légitime dans l’espace public : les montants engagés sont-ils strictement corrélés aux résultats obtenus ? Et surtout, quels mécanismes de contrôle et d’évaluation accompagnent ces investissements financés en grande partie par des ressources publiques et para-publiques ?
La transition technique intervient dans un calendrier serré. Les médias annoncent l’imminence de la nomination officielle de Mohamed Ouahbi comme nouveau sélectionneur national, une décision qui devrait être confirmée lors d’une conférence de presse prévue au sein du Complexe Mohammed VI de Football. Ce choix marque le début d’une nouvelle phase à l’approche des échéances internationales.
Le temps est compté : le Maroc se prépare activement pour la Coupe du Monde 2026, dont le coup d’envoi est prévu dans quelques mois. Dans cette perspective, le nouveau staff technique devra rapidement structurer son projet, définir sa liste et consolider une identité de jeu cohérente avant les matchs amicaux programmés contre l’Équateur national football team et le Paraguay national football team, rencontres qui serviront de test avant les grandes compétitions.
Au-delà du simple changement d’entraîneur, cette transition soulève une réflexion plus profonde sur le modèle de gouvernance du football marocain : comment passer d’une logique centrée sur les performances ponctuelles à une approche institutionnelle fondée sur la transparence, l’évaluation continue et la responsabilité financière ?
Ainsi, le départ de Regragui ne constitue pas uniquement la fin d’un chapitre sportif, mais également un moment charnière pour interroger l’équilibre entre ambition sportive, gestion des ressources et exigence de redevabilité au sein du système footballistique national.


